BAYARD

Pierre Terrail 1er, l'arrière-grand-père du chevalier, avait construit en 1404, au lieudit Bayard, une maison forte, qu'on appelait alors une tour. Ce lieudit était situé dans le mandement d'Avalon, formé des communes actuelles de St-Maximin et de Pontcharra en Dauphiné. Jusque vers 1550, cette tour appartiendra à la famille Terrail et notre chevalier y est très probablement né.

La majorité des auteurs le font naître en 1476, suite à une déclaration approximative de Champier. Vu le déroulement de sa carrière, il est difficile d'admettre cette date ; il vaut mieux situer sa naissance en 1474 ou peut-être même en 1473. On sait peu de choses sur l'enfance du jeune Bayard ; elle s'est déroulée à Pontcharra sur cette colline de Brâme-Farine qui borde le château et qui doit son nom très probalement à la présence de loups.

La jeunesse de Bayard a dû être marquée par un père grand blessé de guerre et une mère pieuse, Hélène Alleman, issue d'une des plus puissantes familles dauphinoises et dont le frère, Laurent Alleman, était évêque de Grenoble. Pierre Terrail a d'ailleurs été accueilli quelque temps à l'école de l'évêché de Grenoble, où il aurait appris au moins à lire et à signer son nom.

A cette époque, dans les familles nobles, seul l'aîné des enfants héritait du domaine. Les autres devaient se tourner vers les armes ou vers les ordres (le rouge ou le noir). Puisqu'il est entré en pagerie, Pierre Terrail ne devait pas être l'aîné, ni l'héritier du domaine, à moins qu'il ait renoncé à une partie de ses privilèges au bénéfice de son frère Georges.

Accompagné par un lieutenant du gouverneur, le futur chevalier quitte le giron familial le 8 avril 1486, à l'âge de 12 ou 13 ans, pour se présenter à la cour du jeune duc Charles 1er de Savoie, fixée alors temporairement au château de la Pérouse à Montmélian. Pendant 4 ans, à la cour de Savoie, résidant surtout à Turin, il apprendra la condition de page. Durant l'hiver 1486-87, le duc va attaquer son beau-frère, le marquis de Saluces, et, puisque les pages accompagnaient le seigneur, Bayard a probablement participé à cette guerre contre Saluces où il a pu servir comme estafette.

Après la mort précoce du duc en 1490, la régente Blanche, effrayée par l'état des finances, restreint le train de vie de la cour ; Pierre Terrail, surnommé Riquet puis Piquet, doit revenir à Grenoble où il est sans doute recueilli par le gouverneur Philippe de Bresse, oncle du roi de France, auquel il va le présenter. Mais c'est un autre neveu de Philippe, le jeune Louis de Luxembourg, comte de Ligny, qui prendra Bayard à son service. Il semble que le page aille poursuivre alors sa formation guerrière en Picardie – autre zone frontière – auprès du capitaine Louis d'Ars, commandant les troupes de Ligny.

Louis XI avait été un roi très ambitieux, soucieux d'agrandir à tout prix le domaine de France. Son fils Charles VIII, épris de combats, voulait poursuivre dans cette voie en allant conquérir le royaume de Naples qui avait appartenu au 13e siècle à l'un de ses aïeux, Charles d'Anjou.

Il franchit les Alpes en 1494 et s'avance sans obstacle jusqu'à Naples. Pierre Terrail l'accompagne au sein de la compagnie de Ligny. Mais une coalition italienne se forme contre les Français qui doivent en hâte quitter le pays conquis. Elle leur coupe la route près de Parme, à Fornoue, et le 6 juillet 1495, leur livre une courte bataille dont les Français sortiront à grand peine vainqueurs. Le jeune Bayard, âgé d'à peine 20 ans, y a peut-être combattu, au sein d'une armée dont la bravoure sera qualifiée de furia francese.

L'année suivante, Pierre Terrail rejoint le Dauphiné pour y régler la succession de son père ; selon certains auteurs, il serait alors devenu seigneur de Bayard.

En 1498, Charles VIII meurt à 27 ans d'un accident. Son successeur Louis XII revendique non seulement le royaume de Naples, mais également le duché de Milan où avait régné la famille de sa grand-mère Visconti. En été 1499, l'armée française, avec Bayard et son capitaine Ligny, passe encore les Alpes et, dès octobre, prend facilement Milan au duc Ludovic le More. Le gros de l'armée se retire, Bayard reste en garnison en Lombardie.

En février 1500, les hostilités recommencent. Ludovic a reconstitué une armée et reprend Milan. Un épisode rocambolesque se serait alors produit, la capture de Bayard par Ludovic le More : poursuivant seul dans la campagne un groupe de cavaliers ennemis, Bayard pénètre à leur suite dans Milan. Fait prisonnier, il est conduit à Ludovic, qui le traite avec honneur, lui rend ses armes, sa monture et sa liberté ! Cet épisode serait caractéristique des mœurs de l'époque et de l'esprit de chevalerie, mais il est très certainement inventé.

En avril, par suite d'une défection de son contingent suisse, Ludovic est fait prisonnier (il sera enfermé pendant 10 ans, jusqu'à sa mort, à Loches ; ce traitement peu chevaleresque fait douter de la réalité de l'épisode précédent). Les Français soumettent tout le Milanais et une troupe, dont celle de Ligny, reste en garnison à Milan. Bayard est nommé peu après guidon de la compagnie ; c'est son premier grade militaire. Bien qu'il se produisent quelques escarmouches, commence alors une période de répit et, selon certains auteurs, c'est peut-être là qu'aurait été conçue Jeanne Terrail, la fille naturelle de Bayard.

Louis XII s'accorde bientôt avec Ferdinand d'Espagne pour se partager le royaume de Naples et y envoie son armée. Notre chevalier séjourne dans les Pouilles, à Minervino-Murge, où il garde les terres du comte de Ligny, marié à une princesse italienne. Bien vite, Français et Espagnols s'affrontent et les hostilités reprennent. Bayard s'illustre au siège de Canosa di Puglia. Il fait partie des onze champions qui combattront sans résultat, mais avec brio, onze Espagnols devant Trani (1502). Peu après, un duel d'honneur l'opposera au chef espagnol Sotomayor, redoutable guerrier que Bayard blessera à mort. Ces exploits, racontés plus tard par Champier et enjolivés par le Loyal serviteur, ont dû rendre dès lors le chevalier célèbre en France, en Savoie, en Italie3 et même en Espagne.

En octobre 1503, l'armée, après la défaite de Cérignola, se replie sur les bords du Garigliano, au nord de Naples ; là, sur un pont de bateaux, Bayard a tenu tête seul face à 200 Espagnols. Cette action d'éclat, entrée dans la légende, porte à son comble la réputation de Bayard [Cependant, Guichardin ne dit pas un mot de Bayard dans les cinq pages qu'il consacre à la bataille du Garigliano]. Mais l'armée française capitule à Gaëte. Louis XII signe une trêve avec l'Espagne, abandonne Naples, mais conserve le Milanais.

En 1507, le roi part réprimer une révolte à Gênes. Bayard, qui a quelques problèmes de santé et se faisait soigner à Lyon, se joint malgré tout à l'expédition. Il se distingue dans la prise du bastillon où il attaque au premier rang ; le lendemain, Gênes capitule et Louis XII y entre victorieux. Deux ans plus tard, selon certains auteurs, le roi nomme Bayard capitaine et lui confie une compagnie de gens d'armes (30 lances4 et une unité d'infanterie).

Louis XII, Maximilien d'Autriche et le pape Jules II s'allient pour déclarer la guerre à la république de Venise qui étend démesurément ses possessions. Les hostilités s'ouvrent en mai 1509 par une éblouissante victoire française à Agnadel ; les Français occupent Vérone et une partie du Frioul. Les Vénitiens se ressaisissent, reprennent Padoue et cherchent à désagréger l'alliance ennemie. Maximilien se retire du conflit ; puis en 1510, Jules II se retourne contre la France, entraînant avec lui, dans la Sainte Ligue, les mercenaires suisses qui, pendant cinq ans, refuseront leurs services au roi de France. C'est le début du déclin de la puissance française dans le Milanais.

En 1512, Gaston de Foix et Bayard font reculer le pape et dégagent Ferrare, puis occupent Bologne. Bayard marche sur Brescia, alors aux mains des Vénitiens, il est grièvement blessé au cours de l'attaque de la ville ; transporté chez de riches bourgeois, il protégera l'honneur de ses hôtes, sauvera leur maison du pillage et même distribuera à leurs filles l'argent remis par ses hôtes en remerciement de sa protection.

A peine guéri, il rejoint Gaston de Foix devant Ravenne pour participer à une victoire éclatante et coûteuse, où Gaston de Foix trouve la mort (1512). Dans un combat autour de Pavie, Bayard est à nouveau blessé ; il rentre se faire soigner à Grenoble. L'armée, épuisée, revient en France. Bayard va combattre ensuite en Navarre, puis en Picardie contre Henry VIII d'Angleterre qui a envahi la France. Il sera une seconde fois fait prisonnier à Guinegatte (1513, bataille peu glorieuse dite journée des éperons), mais sera libéré contre une rançon payée par Louis XII.

En 1514, le pape Léon X succède à Jules II. Venise redevient l'alliée de la France. Mais c'est une année triste pour la cour de France, où séjourne alors Bayard. Anne de Bretagne meurt à 38 ans, sans avoir donné de successeur au roi. Louis XII se remarie avec la fille du roi d'Angleterre, Marie Tudor. Elle a 18 ans, lui 52 et il meurt trois mois plus tard, le 1er janvier 1515.

Son cousin François 1er devient roi de France. Le 20 janvier, il nomme Bayard lieutenant général du Dauphiné. Pendant neuf ans, jusqu'à sa mort, il va se distinguer dans sa province par son dévouement et ses compétences d'administrateur : il lutte contre les fléaux, la peste, la famine, les inondations ... et contre les pillards qui profitaient sans vergogne des calamités ; il apportera aussi un minimum d'humanité dans les prisons de Grenoble.

Le nouveau roi est décidé à reconquérir le duché de Milan. Mais les Suisses bloquent les cols nordiques, les plus accessibles, dont celui du Mont-Genèvre. En août, Bayard est chargé de préparer le passage des Alpes par un col haut-alpin, plus méridional. On ne sait pas s'il est passé avec quatre compagnies par le Queyras (le col de La Croix , le col Agnel – collem Agni – selon Rivail ou par l'Ubaye (le col Maurin) à plus de 2600 m d'altitude, mais leur traversée n'a pas été éventée par les armées gardant le marquisat de Saluces : à Villafranca, la petite troupe française surprend et fait prisonnier en plein banquet le capitaine papal Prosper Colonna et ses cavaliers. Quant au gros de l'armée française, elle passe par le col de Larche en Ubaye où elle aménage une route ; elle évitera ainsi les garnisons suisses dont une partie s'enfuit, libérant le Mont-Genèvre, où passera alors l'artillerie lourde.

Le 13 septembre 1515, l'armée campe au sud de Milan occupée par les Suisses qui partent à l'assaut des Français : c'est la bataille de Marignan, remportée au bout d'une trentaine d'heures surtout grâce à l'artillerie et avec l'aide des Vénitiens. Le roi a participé au combat. Selon Symphorien Champier, au soir de la victoire, donc le 14 septembre, de nombreux jeunes nobles sont armés chevaliers par leur capitaine et, sur sa demande insistante, François Ier lui-même a été adoubé par Bayard. Aymar du Rivail écrit : ... et finito conflictu Rex a Bayardo fieri miles voluit (le combat terminé, le roi voulut être fait chevalier par Bayard).

En ce mois de septembre, François Ier signera avec les Suisses un traité de paix qui, malgré son coût élevé, devait s'avérer définitif.

On trouvera, page 1515, une relation plus détaillée de cette expédition vers Milan.

Dès 1520, le nouvel empereur germanique Charles Quint, également roi d'Espagne, accentue les menaces aussi bien en France qu'en Italie. L'invasion par les Flandres doit être contenue et Bayard est chargé de défendre Mézières pour interdire la marche vers Paris (1521). L'armée impériale – dans laquelle ne régnait pas une entente parfaite – démoralisée par d'habiles stratagèmes, finit par lever le siège. Cette action mémorable sera récompensée par l'octroi du grand collier de Saint-Michel à Bayard qui, de plus, se verra affecter désormais une compagnie de 100 lances.

Bayard a été nommé lieutenant général du Dauphiné par François Ier le 20 janvier 1515. C'est une nomination surprenante et très honorifique. A cette époque, les provinces étaient dirigées par un gouverneur, noble de haut rang n'y résidant pas et s'en souciant très peu. C'est son adjoint, le lieutenant général, qui, en fait, dirigeait la région. En 1515, le Dauphiné avait pour gouverneur le duc de Longueville (Dunois III). Bayard exercera sa fonction pendant plus de 9 ans, jusqu'à sa mort.

On connaît mal cette facette de l'œuvre de Bayard ; Champier n'en parle pas, peut-être à cause de la partialité de ses sources ou de sa trop grande précipitation dans l'écriture de son livre. Les premières informations sur le sujet semblent être données dans le livre d'Expilly ; on en trouvera aussi dans celui Camille Monnet, dans les actes des Rencontres Bayard de 1997 et dans Histoires croisées (article de Georges Salamand).

La peste est le principal fléau auquel Bayard a été confronté. Elle sévissait épisodiquement depuis 1348, était très contagieuse et provoquait beaucoup de décès. Bayard dut prendre des mesures pour restreindre la contagion (isolement des malades, restrictions de circulation ...) et assurer des soins corrects aux pestiférés grâce à une réquisition de médecins. C'est en 1520 que sévit l'épidémie la plus violente de l'histoire du Dauphiné.

Il s'est attaché également à limiter les effets des inondations du Drac, qui faisaient périodiquement le malheur de Grenoble. On sait qu'il n'a pu hélas y apporter de solutions définitives, pas plus d'ailleurs que Lesdiguières ne le fera un siècle plus tard. C'est seulement sous Louis XIV que le Dragon sera à peu près maîtrisé.

Bayard eut à défendre sa province contre des bandes de brigands qui profitaient des catastrophes pour piller la région. On sait par exemple qu'il a défait une bande à Moirans en mai 1523. Il poursuit également les spéculateurs qui opprimaient le peuple dans les mêmes circonstances.

Le témoignage majeur sur la qualité de son activité administrative est fourni par la piété et la douleur de la foule nombreuse assistant à ses funérailles – dont Champier dit qu'elles furent dignes d'un prince –. En effet, Bayard s'était fortement impliqué dans l'aide aux deshérités, aux malades, aux pestiférés et même aux prisonniers, exigeant que tous soient correctement traités et nourris. Il n'hésitait pas à couvrir les frais de cette assistance en payant de sa poche. A propos de son action humanitaire, nombre d'historiens font remarquer que Bayard n'a pas été beaucoup aidé par son cousin l'évêque, bien moins compatissant que lui à la misère humaine, particulièrement imbu de sa fonction et plein de mépris pour les consuls. C'est pourtant ce cousin qui sera à l'origine du livre de Champier.

En 1523, l'armée royale prépare la reconquête du Milanais, mais le roi est retenu en France par la révolte du connétable de Bourbon. L'amiral Bonnivet commence le siège de Milan ; Bayard échoue devant Crémone et revient au sud de Milan. Bourbon, qui a offert ses services à l'empereur, commande l'armée ennemie, mais il est sujet à la jalousie des généraux. Bayard est très gêné par la trahison de son ami le connétable et par la nécessité de combattre contre lui.

Bonnivet est blessé et l'armée française, peu motivée, entame une retraite prudente : elle rejoint Novare le 8 avril 1524, traverse la Sesia à Romagnano et, le 29 au soir, bivouaque près de Rovasenda. Le lendemain matin, l'armée repart. Bayard, à l'arrière-garde, est assailli par des cavaliers ennemis ; vers midi, il reçoit un coup d'escopette au flanc droit ; descendu de cheval, il est fait prisonnier. On le dépose au pied d'un arbre : il est visiblement touché à mort. Selon Champier, les chefs ennemis viennent à son chevet et lui manifestent leur compassion. Au duc de Bourbon venu le plaindre, il aurait répondu fièrement (selon du Bellay) : monsieur, il n'y a point de pitié pour moy, car je meurs en homme de bien, mais j'ay pitié de vous, de vous voir servir contre votre prince, votre patrie et votre serment.

Bayard meurt le 30 avril 1524, près de Rovasenda. Il a été pleuré sincèrement par les Français et par les Espagnols, qui, selon la tradition, auraient fait dire pour lui une messe à Roasio dans la chapelle de la Madonna dei Cerniori.

Ramené à Grenoble le 20 mai, il a été inhumé le 26 août dans la chapelle du couvent des Minimes de la Plaine à Saint-Martin-d'Hères. Une incroyable série de fausses manœuvres, tant au 19e avec le préfet d'Haussez qu'au 20e siècle sous l'occupation allemande, ont abouti à la disparition probablement définitive des restes de Bayard. A la collégiale Saint-André de Grenoble se trouve un mausolée funéraire que la Restauration a élevé à sa mémoire ; sur la place du même nom, on trouve une statue sculptée par Raggi. A Pontcharra, sa ville natale, une statue équestre porte son regard vers le château de ses ancêtres.

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luther

 Théologien et réformateur allemand (Eisleben, Thuringe, 1483-Eisleben, Thuringe, 1546).

Il n'y a qu'une histoire, à l'intérieur de laquelle, étroitement mêlés, coexistent les courants de pensée, les idéologies, les intérêts économiques et les forces politiques les plus divers. « Animal politique », suivant Aristote (Politique), l'homme est le produit de son environnement avant de devenir personne, objet de l'histoire avant de peut-être la modeler et l'orienter à son tour. Si, comme Luther, il parvient au premier rang des acteurs d'une époque, en l'achevant et en la faisant basculer vers les temps modernes, il n'en reste pas moins enserré dans un réseau d'influences et de conflits entre pouvoirs opposés. Le génie lui-même, si l'on voit son revers, n'est qu'un bouchon de liège ballotté sur les flots apparemment insensés de son temps.

L'histoire sociopolitique de la fin du Moyen Âge n'a été que trop rarement mise en relation organique avec celle des débuts de la Réforme. Et Luther, défiguré par ses hagiographes autant que par ses calomniateurs, est apparu comme un bloc erratique défiant les injures des temps. C'est l'historiographie marxiste qui, à la suite de la grande étude d'Engels sur la guerre des Paysans (1850), l'a remis dans son temps et, en quelque sorte, restitué à l'humanité. Depuis, les ouvrages d'Ernst Bloch et, récemment, ceux d'un jeune dramaturge allemand, Dieter Forte, en réhabilitant Thomas Münzer et le mouvement anabaptiste, ont mis en lumière le jeu politique – notamment du Vatican, du jeune empereur Charles Quint et de l'Électeur de Saxe – et l'exceptionnelle habileté du banquier Jakob Fugger « le Riche » qui, à la fois, ont permis la réussite de Luther et imposé à son œuvre des limitations lourdes de conséquences.

Qu'il l'ait su ou non, voulu ou non, Luther a été un pion sur l'échiquier des grands maîtres de la deuxième décennie du xvie s. Quelle que fût sa décision, à partir du moment où l'équilibre des forces adverses lui évitait le sort de Jan Hus, il était l'otage de l'un des camps en présence. Sans doute eut-il la chance ou l'intelligence de choisir le moins mauvais, celui de Frédéric III le Sage. Mais, du coup, il créait entre la nouvelle Église évangélique et le pouvoir politique une relation d'interdépendance qui, au cours des siècles, a plus contribué à enchaîner le témoignage prophétique qu'à faire surgir entre les sujets des princes une volonté adulte d'exercice démocratique des responsabilités politiques. Aussi nombreux sont-ils ceux pour qui, en Allemagne et ailleurs, la fidélité évangélique commande aujourd'hui de sortir dans ce domaine des impasses luthériennes…

Dire cela ne signifie nullement réduire la grandeur d'un homme ; c'est au contraire le reconnaître dans sa réalité contingente, difficile et ambiguë. Ce n'est pas nier, mais, bien au contraire, affirmer lucidement que, son histoire spirituelle se situant en pleine pâte historique, elle va attester dans le temps présent l'actualité permanente de l'incarnation. Que la parole et toute la vie de Luther aient été d'un bout à l'autre des actes politiques (conditionnés par l'environnement et influant sur lui) n'en diminue en rien l'originalité et le caractère décisif, au contraire.

Si nous croyons que la Parole oriente l'histoire de façon décisive, c'est à travers ce tissu infiniment serré et jamais complètement discernable que s'effectue son action. Qu'elle ne soit pas le produit des circonstances signifie précisément que c'est « à travers l'enchaînement des circonstances », dont Luther parle avec une certaine amertume, qu'elle fait son chemin.

D'ailleurs, l'histoire des interprétations de Luther est fort instructive ; elle offre un miroir de chacune des époques et de ses tendances idéologiques. Si l'on suit, par exemple, la série des célébrations centenaires de 1517, on constate qu'en 1617 l'orthodoxie luthérienne a honoré en lui le fondateur génial d'un système théologique codifié en une nouvelle scolastique (alors que Luther, s'il est un théologien puissant, s'est avant tout préoccupé de l'actualité prophétique de la Parole et non de l'élaboration d'un système) ; en 1717, on le présente comme l'homme d'un drame intérieur exceptionnel et, partant, comme l'ancêtre des piétistes et des romantiques à venir (alors que, si le moment subjectif tient chez lui une place considérable, toute sa recherche est axée sur la découverte d'une objectivité libératrice) ; en 1817, c'est l'homme de la rupture avec le magistère infaillible que l'on évoque, l'ancêtre de la philosophie des lumières, le pionnier de la tolérance et de l'humanité (alors que, s'il est ennemi de tout obscurantisme, Luther, loin de rejoindre les humanistes, cherche à donner à la foi une autorité sûre) ; en 1917, c'est comme homme allemand qu'on le glorifie, l'ancêtre et le véritable fondateur d'une culture originale et d'une Allemagne indépendante, alors que, encore une fois, il assiste comme effaré à « l'enchaînement des circonstances » et qu'il ne fait appel aux princes qu'en désespoir de cause. Il n'y a pas chez lui de nationalisme, mais l'acceptation réaliste des conditions et limites humaines qui sont les siennes. Et pourtant, qui nierait qu'il a contribué, de manière effective et objective, à l'apparition de la conception allemande de l'État autoritaire ?

Si Nietzsche voit en lui à la fois le libérateur de l'homme et donc du surhomme, il le condamne en même temps comme l'organisateur involontaire d'une sacrilège « jacquerie de l'esprit » ; si, avec Erik H. Erikson, les freudiens voient en lui le dramatique liquidateur d'un complexe paternel et d'une aliénante religion du Père, les marxistes, à la suite d'Engels, saluent en lui le promoteur malheureux d'une révolution sociopolitique dont il n'a pas eu le courage d'assumer les conséquences : pour le 450e anniversaire de 1517, la République démocratique allemande l'a célébré comme un de ses pères idéologiques.

Chacune de ces lectures de Luther est extrêmement suggestive et, parfois, fascinante, mais il n'y a pas de doute : le vrai Luther échappe à toute définition ; sa grandeur complexe est de toutes les transcender. Il reste l'homme qui surprend toujours.

Né dans une famille de petits-bourgeois d'origine paysanne, Martin Luther passe ses premières années entre un père rude et intéressé et une mère sensible et superstitieuse, à Eisleben, puis à Mansfeld, en Saxe. Sa foi d'enfant est très fortement marquée par les colères et les châtiments paternels, en quoi il ne tarde pas à voir des échos de la sévérité et du jugement divins et, par la croyance de sa mère, de l'omniprésence des esprits bons et malins de la création invisible. (L'analyse brillante de E. H. Erikson, si elle met bien en lumière certains des traits de caractère du futur réformateur et leur enracinement dans le climat de sa petite enfance, laisse par trop de côté ce qui est l'essentiel de Luther : la quête spirituelle incessante, exigeante, jamais achevée et pourtant, dès 1517, illuminée par une certitude joyeuse.)

Après avoir fréquenté l'école de Mansfeld, il part, à quatorze ans, pour Magdebourg et passe un an chez les Frères de la vie commune, qui lui font découvrir la Bible. À quinze ans, il poursuit ses études à Eisenach, où sa culture s'épanouit, en particulier dans le domaine musical. À dix-sept ans, en 1501, il entre à l'université d'Erfurt, pour y devenir juriste ; il y subit l'influence du nominalisme et y fréquente un cercle d'humanistes. À vingt ans, il est chancelier ; à vingt-deux, « maître ès arts » : un brillant avenir l'attend. Ses condisciples le décrivent comme « un jeune compagnon de bonne et joyeuse nature, adonné aux études et à la musique ».

Cependant, derrière cette façade paisible et prospère, une question le hante, celle du sens de l'existence. Alors qu'Ulrich von Hutten (1488-1523), pressentant l'énorme accouchement historique qui se prépare, s'écrie superbement : « Il y a plaisir à vivre aujourd'hui », Luther se tient incessamment face à celui qu'il reconnaît comme son créateur et son juge. Sa piété, encore hantée par les superstitions maternelles, l'amène à vivre plus dans la crainte que dans la joie et la simplicité évangéliques : « Nous pâlissions au seul nom du Christ, car on ne nous le présentait jamais que comme un juge sévère, irrité contre nous. On nous disait qu'au jugement dernier il nous demanderait compte de nos péchés, de nos pénitences, de nos œuvres. Et, comme nous ne pouvions nous repentir assez et faire des œuvres suffisantes, il ne nous demeurait, hélas, que la terreur et l'épouvante de sa colère… ».

Alors même qu'il vient d'être fait « maître en philosophie » et aborde la carrière juridique, Luther entre soudain au couvent des Augustins d'Erfurt en juillet 1505, surprenant tous ses amis et remplissant son père de fureur. Ce n'est pas une rupture pourtant que cette décision de se vouer à l'idéal monastique, mais bien, dans la ligne de toute son époque, une tentative honnête et désespérée de « devenir vraiment chrétien ». Sans doute des événements extérieurs précipitent-ils cette évolution (accident et blessure au cours d'un voyage, mort d'un ami, coup de foudre déracinant un chêne à côté de lui…) ; mais ce qui le pousse vers la vie monacale, c'est avant tout son inquiétude existentielle, tout entière résumée dans la question pathétique : « Wie krieg ich einen gnädigen Gott ? » (mot à mot : « Comment est-ce que j'obtiens un Dieu miséricordieux ? »).

Tous les témoignages concordent : il a été un bon moine, trop bon même sans doute, car il s'applique à suivre la règle avec une scrupuleuse rigueur, en rajoutant constamment sur le minimum prescrit. Il est évident qu'il vise la perfection, sinon la sainteté, car il sait que nul pécheur ne peut vivre devant Dieu. Et plus il vise haut, vers l'absolu de son idéal spirituel, plus la conscience de son péché le tourmente et le terrorise. Admis à prononcer ses vœux à vingt-trois ans, il est ordonné prêtre l'année suivante (avril 1507) mais est submergé de panique lors de la célébration de sa première messe, le 2 mai 1507.

Ses supérieurs l'observent et l'accompagnent avec sollicitude : à vingt-cinq ans, il se voit confier un cours sur l'éthique d'Aristote, au couvent de Wittenberg. Deux ans après, en 1510, il fait à Rome un voyage, dont le résultat est de créer en lui une aversion définitive à l'égard de la capitale du monde catholique et de l'entourage pontifical. De retour à Wittenberg, il est, à vingt-neuf ans, nommé contre son gré sous-prieur du couvent, puis acquiert le titre de docteur en théologie. Désormais, il est chargé de donner à ses frères un cours d'explication biblique : au prix d'un énorme labeur, il parcourt en deux ans les Psaumes, puis au long des trois années suivantes les Épîtres aux Romains, aux Galates et aux Hébreux. L'ascension spectaculaire qu'il vient d'effectuer explique la célébrité dont il commence à jouir : dès lors, ses gestes et ses écrits ont un retentissement considérable.

Il n'a pas pour autant conquis la paix intérieure. Formé par ses maîtres nominalistes à une conviction théologique insistant avant tout sur le caractère libre et même arbitraire de la volonté divine et, en même temps, sur la nécessité pour l'homme de se préparer à la grâce par l'action bonne dans l'espoir que celle-ci soit agréée par le bon plaisir divin, il ne peut, en ce qui concerne son destin propre, arriver à aucune conclusion positive : si Dieu est absolument imprévisible, comment être certain que l'on est accepté par lui ?

Redoublant d'observances, de confessions et de pénitences, il en arrive petit à petit à une assurance mortelle : rien ne peut éteindre en l'homme la convoitise (terme qui ne doit pas être employé dans un sens sexuel, il s'agit avant tout, comme l'écrit Daniel-Rops, de « cette appétence irrésistible qui, par l'esprit comme par la chair, pousse l'homme vers ce qui est terrestre, évident, humain, pour tout dire, et le détourne de l'invisible et du divin ») ; rien ne peut lui donner la certitude de la grâce. L'enfer est là, dans sa vie actuelle, comme une intolérable présence : « Je ne savais plus si j'étais vivant ou mort, Satan m'avait jeté dans un désespoir tel que je me demandais s'il existait un Dieu. J'avais cessé de le connaître. La tentation de l'incrédulité est une souffrance si grande que nulle parole ne saurait l'exprimer. » Il résume son agonie dans un cri : « Satan est réellement homicide ! ».

Divers remèdes lui sont offerts : on lui fait lire les Pères de l'Église : Augustin, Bernard de Clairvaux… Jean Gerson aussi. Un frère anonyme lui dit que l'espérance n'est pas un des fruits de la sainteté, mais sa forme même, et que le désespoir est un des signes de la révolte contre Dieu. C'est surtout Johann Staupitz (?-1524), vicaire général de l'ordre, qui, avec une exemplaire fidélité, veille sur lui et l'accompagne pas à pas : « Ce n'est pas Dieu qui est irrité contre toi, c'est toi qui l'es contre lui. » Au cours d'un moment d'angoisse où Luther croit être damné : « Ceux qui veulent discuter de la prédestination feraient mieux d'y renoncer ; ils devraient commencer par songer aux plaies du Christ et bien se placer le Christ devant les yeux ; alors, les craintes occasionnées par la prédestination disparaîtraient, car Dieu a destiné son Fils à souffrir pour les pécheurs… » Et surtout, alors que Luther désespère de ne pouvoir offrir une confession et une pénitence dignes des exigences de la justice divine : « La vraie repentance commence par l'amour de la justice et de Dieu. »

Puisque, désormais, il est professeur d'Écriture sainte et que, sa vie durant, il ne voudra d'autre titre que « docteur en la sainte Écriture », Luther éprouve chaque texte des Pères, chaque parole entendue des frères à ce qui est à ses yeux la seule échelle des vraies valeurs chrétiennes : le texte de l'Ancien et du Nouveau Testament. Tout ce qui n'est pas conforme à l'Écriture est disqualifié, car elle est le seul témoin authentique de l'enseignement et de la vie du Christ mort et ressuscité : ainsi, qui veut connaître le Christ est renvoyé à l'Écriture ; qui lit l'Écriture est renvoyé au Christ. Petit à petit, il se convainc que l'Écriture, témoignage rendu au Christ, doit redevenir pour l'Église la seule règle de foi.

Il faut donc tout examiner à la lumière de l'Écriture, tout soumettre à son jugement ou, plutôt, laisser la Parole, qui jaillit toujours de nouveau de l'Écriture, tout remettre en cause dans l'enseignement et les structures de l'Église, comme dans la vie du chrétien et l'histoire du monde.

Luther comprend peu à peu que le fait de désespérer en doutant de sa propre justice – c'est-à-dire de sa propre capacité à mériter le salut – ne peut venir que de Dieu. Comment se croire damné, si ce n'est pour avoir été confronté avec la sainteté de Dieu, si ce n'est pour s'être reconnu en vérité au miroir de l'Évangile ? En n'ayant aucune complaisance envers soi-même, en se regardant tel qu'il est avec réalisme, il ne fait, en réalité, que d'accorder le jugement qu'il porte sur soi avec celui que Dieu porte sur tout homme : par là même, il donne raison à Dieu contre lui-même.

Être juste, ce n'est donc pas accumuler confessions, pénitences et bonnes œuvres, c'est se soumettre au verdict de la justice de Dieu. Encore faut-il être certain qu'elle est aussi la justice qui pardonne et délivre : « J'avais brûlé du désir de bien comprendre un terme employé dans l'Épître aux Romains au premier chapitre, là où il est dit : “ La justice de Dieu est révélée dans l'Évangile ” ; car jusqu'alors j'y songeais en frémissant. Ce mot “ justice de Dieu ”, je le haïssais, car l'usage courant et l'emploi qu'en font habituellement tous les docteurs m'avaient enseigné à le comprendre de façon philosophique. J'entendais par là la justice qu'ils appellent formelle ou active, celle par laquelle Dieu est juste et qui le pousse à punir les pécheurs et les coupables. Malgré le caractère irréprochable de ma vie de moine, je me sentais pécheur devant Dieu […]. Enfin, Dieu me prit en pitié. Pendant que je méditais, jour et nuit, et que j'examinais l'enchaînement de ces mots : “ La justice de Dieu est révélée dans l'Évangile, comme il est écrit : le juste vivra par la foi ”, je commençais à comprendre que la justice de Dieu signifie ici la justice que Dieu donne et par laquelle le juste vit, s'il a la foi. Le sens de la phrase est donc celui-ci : l'Évangile nous révèle la justice de Dieu, mais la “ justice passive ”, par laquelle Dieu, dans sa miséricorde, nous justifie au moyen de la foi. Aussitôt je me sentis renaître, et il me sembla être entré, par des portes largement ouvertes, au paradis même. »

Du Dieu juge, condamnant sans rémission ni pitié, Luther en est arrivé au Dieu père de Jésus-Christ, communiquant à ceux qui se repentent et qui croient la parfaite justice de Celui qui, de son baptême à la croix, a accompli toute justice. Plus n'est besoin d'escalader le ciel pour y conquérir un verdict de grâce arraché au bon plaisir de l'arbitraire absolu : Dieu est amour, offert en Jésus-Christ à tout homme, « il ne réclame rien pour lui-même, mais ne fait que donner et se donner », il n'est que de consacrer sa vie à répondre à cet amour. Il ne s'agit pas d'entreprendre et de poursuivre vers la sainteté une impossible ascension, mais de recevoir la bonne nouvelle de la justification des pécheurs, par grâce, par le moyen de la foi. « Alors nous pouvons louer, glorifier et aimer la justice de Dieu. La vie chrétienne est celle d'un homme qui se sait “ toujours pécheur ” , car c'est bien tel qu'il apparaît au miroir même de l'amour offert, “ toujours juste ” , lorsqu'il accepte, par la foi, le don de Dieu, et “ toujours repentant ” , car c'est quotidiennement qu'il lui faut renoncer à lui-même et repartir sur la voie de la reconnaissance et de la vie donnée, à l'imitation du Christ. » Telle est la spiritualité nouvelle, celle d'un homme désormais libéré, qui ne trouve dans la connaissance de son péché que motif à s'attacher, par une foi agissante, au Christ, « en qui Dieu était à l'œuvre, réconciliant le monde avec lui-même ».

C'est le point de départ d'une activité incessante, joyeuse et intrépide : il n'y a dès lors en Luther pas plus de quiétisme que de désespoir, mais seulement la « certitude » (opposée à toutes les vaines « sécurités » passées) que la justice de Dieu l'entraîne à son service. Sola gratia, sola fide, telles sont les deux colonnes de la vie nouvelle, la vie d'un homme libéré pour servir. Un peu plus tard, il la décrira ainsi dans un admirable petit traité (De la liberté du chrétien) : « Le chrétien est un libre seigneur de toutes choses et n'est soumis à personne. Le chrétien est en toutes choses un serviteur et il est soumis à tout le monde. » Il n'obéit pas à Dieu pour être sauvé, mais parce qu'il l'est. À l'image de sa prière, toute sa vie est action de grâces et souci des autres. Les œuvres qui n'ont joué aucun rôle dans l'acquisition de la justice apparaissent maintenant comme les signes indispensables du don reçu.

C'est au sein de son Église, dans la fidélité à ses vœux et dans le cadre de la charge professorale qu'elle lui a confiée que Luther a vécu son drame et trouvé la paix ; c'est à ses pères et à ses frères qu'il se sait redevable de la bonne nouvelle qu'il a découverte ; il est convaincu qu'il va susciter leur joie unanime ; hélas ! il ne rencontre le plus souvent que surdité et incompréhension. Mais, en lui faisant la grâce de sa justice, le Christ ne l'a-t-il pas rendu porteur d'un message universel ? Si l'Église le rejette, ne vaut-il pas mieux être seul avec la vérité que de sauvegarder l'unité de celle-là, en abandonnant celle-ci ? C'est le jour où il se décide à admettre que la soumission fondamentale à l'Écriture et la foi du Christ peuvent le mettre en conflit radical avec l'Église – parce que le pape et les conciles sont faillibles – qu'il est entré dans l'attitude spirituelle caractéristique du protestantisme. Mais il s'écoule avant cela de longues années : alors qu'il n'a que trente-deux ans, il assiste avec stupeur à la campagne – autorisée par Rome, à la demande de l'archevêque de Mayence Albert de Brandebourg, qui s'est endetté auprès du banquier Jakob Fugger pour payer l'achat de son troisième archevêché – consistant à faire vendre, à travers toutes les Allemagnes, des indulgences en vue d'obtenir le ciel et dont le produit sert en grande partie à finir de payer la construction de la basilique Saint-Pierre. Un dominicain, Johannes Tetzel (vers 1465-1519), rassemble les foules au son d'une petite ritournelle :

Sitôt que dans le tronc l'argent résonne
Du purgatoire brûlant l'âme s'envole.

Scandalisé par ce qu'il tient pour un véritable empoisonnement spirituel des gens simples, Luther commence par alerter l'autorité ecclésiastique et les théologiens, mais il se heurte du haut en bas de l'institution à une véritable conspiration du silence : personne ne veut se risquer à intervenir à contre-courant des idées et pratiques reçues.

D'abord comme prédicateur, du haut de la chaire, il dénonce la trahison de l'Évangile que représente l'activité de Tetzel, puis, un an après, en 1517, les quatre-vingt-quinze thèses, rédigées par lui, sont répandues, en latin d'abord, puis traduites et imprimées, contre le gré de leur auteur. Les étudiants s'en font les colporteurs enthousiastes.

Luther, usant de son privilège de docteur en théologie, veut rappeler une doctrine traditionnelle de l'Église : les indulgences ne servent à rien, seul Dieu a le pouvoir de pardonner à ceux qui se repentent. Seule sauve la croix du Christ ; la pénitence ne saurait être l'affaire d'un moment, elle est le pain quotidien de la vie chrétienne formée par l'Évangile. Le retentissement est énorme : les Dominicains, chargés de l'Inquisition, le dénoncent à Rome, et la polémique s'engage. Sommé de se rétracter par le général intérimaire, puis par un chapitre de son ordre tenu à Heidelberg en 1518, il refuse et commence à gagner des adeptes.

À la suite d'une enquête menée par un théologien de la curie, le « maître des sacrés palais », Silvestro Mazzolini, ou Prierias (1456-1527), Luther, malgré plusieurs appels au pape, dont il ne peut toujours admettre qu'il ne reconnaisse pas la vérité de ce qu'il soutient, est sommé de se présenter à Rome dans les soixante jours. Il refuse, appuyé par son prince, Frédéric le Sage, Électeur de Saxe, et comparaît à Augsbourg (octobre 1518) devant le légat pontifical, le cardinal Tommaso de Vio, dit Cajetan (1468-1533), thomiste de renom : la discussion dure quatre jours, et Luther, durcissant sa position, y affirme clairement que l'infaillibilité de l'Écriture ne saurait être inférieure à celle du pape, au contraire. Il repart après avoir rédigé et fait diffuser un appel : Du pape mal informé au pape mieux informé. D'ores et déjà, il songe à en appeler du pape à un concile général.

À Leipzig, l'année suivante, il affirme que, quand bien même le concile espéré lui donnerait tort, il ne se rétracterait pas, soumis qu'il est à la seule autorité légitime, celle de l'Écriture ; puis il fait paraître son traité De la papauté qui est à Rome. La réponse est, le 15 juin 1520, la bulle Exsurge Domine, qui l'excommunie, dénonçant quarante et une erreurs répandues dans ses écrits.

À Louvain, le nouvel empereur, Charles Quint, préside un autodafé de ses ouvrages ; à Cologne, le nonce apostolique en organise un autre ; Luther, qui a vainement tenté de s'adresser directement au pape, brûle solennellement la bulle, le 10 décembre 1520, à Wittenberg, en présence de ses collègues de l'université, d'étudiants et de bourgeois de la ville.

Entre-temps, il a rédigé « les grands écrits réformateurs » : outre De la liberté du chrétien (Von der Freiheit eines Christenmenschen) – le mieux construit et le mieux écrit de ses ouvrages –, il a publié un appel À la noblesse chrétienne de la nation allemande sur l'amendement de la condition de chrétien (An den christlichen Adel deutscher Nation), où, conscient du rôle historique des grands, à cette heure décisive, il leur adresse une pressante invite à prendre leurs responsabilités. Face aux trois murailles édifiées par la papauté (distinction entre l'état ecclésiastique et l'état laïque ; monopole du magistère dans l'interprétation de l'Écriture ; privilège papal de la convocation du concile), il oppose trois principes évangéliques (sacerdoce universel : tous les baptisés sont prêtres de Dieu pour le monde ; intelligibilité de l'Écriture pour tout lecteur croyant au Christ ; responsabilité de tous les fidèles dans le gouvernement de l'Église, et singulièrement de ceux qui ont déjà une fonction civique). Immédiatement après, il a fait paraître Prélude sur la captivité babylonienne de l'Église (De captivitate Babylonica Ecclesiae praeludium), texte destiné aux théologiens et analysant avec une impitoyable rigueur le processus de perversion grâce auquel les sacrements sont devenus un moyen d'aliénation religieuse entre les mains du pouvoir clérical ; selon lui, il ne doit en subsister que deux, le baptême et la cène, à propos de laquelle il prend résolument parti contre la transsubstantiation. Dans le premier de ces ouvrages, il vise l'ensemble du peuple chrétien ; dans le second, les autorités politiques ; dans le troisième, les clercs ; sa ligne de bataille est bien en place. Et déjà s'esquisse ce que pourrait être une Église évangélique : la communion spirituelle de ceux qui croient au Christ, tous égaux les uns aux autres, les questions d'organisation et de structure étant secondaires.

L'affaire prend un tour définitif ; aussi, en avril 1521, profitant de ce que l'empereur vient de convoquer le Reichstag à Worms, les ennemis de Luther l'y font citer. Celui-ci part, persuadé que c'est le sort de Jan Hus qui l'attend. En deux comparutions successives, séparées par une nuit d'intense prière (Luther a souvent prié longtemps et virilement), il fait face à tous les dignitaires de l'Empire et de l'Église rassemblés. Encore une fois, il se réclame de l'Écriture seule : « J'ai été vaincu par les arguments bibliques que j'ai cités et ma conscience est liée par la Parole de Dieu. Je ne puis et ne veux rien révoquer, car il est dangereux et il n'est pas droit d'agir contre sa propre conscience. Dieu me soit en aide. Amen. » Et un peu plus tard, ayant mis en doute l'infaillibilité des conciles : « Je ne puis autrement, me voici. »

La foule, à sa sortie, lui fait un accueil triomphal ; venu avec un sauf-conduit, il quitte Worms sans être inquiété. Dans une forêt de Thuringe, il est enlevé par des cavaliers ; le 4 mai, il est au château de la Wartburg, près d'Eisenach ; le 26 mai, Charles Quint le met au ban de l'Empire.

Suscitant une immense espérance, il est entré dans le jeu complexe des aspirations populaires à une libération sociale, des calculs des princes, des rapports de forces entre grands et petits États, des intrigues et mouvements de réforme qui agitent le catholicisme et vont bientôt aboutir, l'année précédant la mort de Luther, à la convocation du concile de Trente. Qu'il le veuille ou non, il est devenu un symbole, un chef, un oracle. Et pourtant, quoi qu'il en paraisse, il est un homme brisé, comme l'est aussi, malgré lui, l'unité de la chrétienté occidentale ; et il faudra attendre quatre siècles pour entreprendre, au sein du mouvement œcuménique, la réparation de la rupture qu'il n'a jamais complètement acceptée. Trop peu politique, il ne va pas tarder à faire la dure expérience que, s'il ne peut les tuer, le pouvoir tente au moins de domestiquer les prophètes.

Avant de se lancer dans une activité publique qui ne cessera qu'à sa mort, il connaît d'abord une période de retraite providentielle. Frédéric le Sage, pour le mettre à l'abri, l'a fait enlever et garder clandestinement au château de la Wartburg, en Thuringe. Presque déçu au fond de lui-même de n'avoir pas été jugé digne de subir le sort de Jan Hus, il ne tarde pas à se consacrer à une intense production littéraire : il écrit de nombreuses lettres, poursuit un commentaire des Psaumes, achève son explication du Magnificat, rédige des postilles ecclésiastiques – notes homilétiques sur les Épîtres et Évangiles de l'année liturgique, qui doivent servir de guide aux prédicateurs évangéliques –, un ouvrage sur la confession, un autre sur les vœux monastiques, d'autres sur l'abrogation des messes privées, sur la justification… Mais surtout, en moins d'un an (il demeure à la Wartburg de mai 1521 à mars 1522), sur la base du texte grec récemment publié par Érasme (1516), il traduit le Nouveau Testament, mettant ainsi à la disposition du peuple le texte sacré, dans une langue qu'il crée avec un étonnant génie d'interprète et d'écrivain. Plus tard, il complétera son œuvre en traduisant au cours des années l'Ancien Testament, donnant ainsi une version complète de l'Écriture, qui est la meilleure, aujourd'hui encore, en langue allemande.

Cependant, l'incertitude de ses amis et les débuts d'anarchie qui menacent l'avenir du mouvement de la Réforme l'obligent à sortir de sa réserve : à Wittenberg d'abord, en 1522, puis ailleurs, il reprend les choses en main, avec prudence et modération, organisant les communautés évangéliques naissantes, où il s'efforce de structurer le sacerdoce universel en définissant les caractères du ministère de la Parole.

Il va désormais lutter sur deux fronts : contre le catholicisme politique, qui espère toujours réduire la dissidence, et contre les éléments spirituels et enthousiastes fanatiques ; ainsi que contre les mouvements de libération sociale et nationale de la petite noblesse et surtout des paysans, qui voient dans son action le début d'une révolution destinée à renverser l'ordre établi. C'est surtout face au soulèvement paysan (1524) qu'il est amené à durcir ses positions, distinguant radicalement la liberté chrétienne et la liberté politique et optant, en fait, pour un pouvoir fort exercé par des autorités chrétiennes. Il sacrifie ainsi sa popularité auprès des masses à l'obtention de l'appui des princes, favorisant par sa « doctrine des deux règnes » (seul le domaine de l'Église est soumis à l'Évangile, le domaine civil, où règne la loi, étant du ressort du seul magistrat) la constitution d'Églises d'État.

À côté de ces conflits tragiques, les affrontements « idéologiques » ne lui font pas défaut.

Érasme espérait rester spectateur du conflit entre Rome et Luther ; partagé entre sa sympathie pour ce dernier et sa crainte du parti catholique, il se résout finalement à attaquer Luther sur un point décisif, celui du libre arbitre de l'homme en face de Dieu. Luther reconnaît dans ce christianisme humaniste une menace pour la prédication de l'Évangile de la grâce. Au Du libre arbitre (Diatribe de libero arbitrio, 1524) d'Érasme, il répond vigoureusement, dans son Du serf arbitre (De servo arbitrio, 1525), que la liberté du chrétien consiste à reconnaître la totale impuissance de sa volonté, tant qu'elle n'est pas mobilisée par la grâce.

Les « sacramentaires » protestants, disciples de Zwingli, défendant une interprétation symbolique de l'eucharistie, Luther, qui, comme Calvin, refuse la transsubstantiation tout en défendant la réalité de la présence du Christ et de son action dans la célébration de la cène, leur oppose une série d'écrits très vifs et participe, en 1529, au colloque de Marburg, organisé par Philippe le Magnanime, landgrave de Hesse, pour sceller l'union doctrinale d'une coalition protestante capable de résister aux États catholiques. Mais les interlocuteurs, Allemands luthériens et Suisses zwingliens, se séparent sans avoir pu se mettre d'accord.

Contre les illuminés et anabaptistes, qui se lancent dans des théories folles et des aventures sans issue, Luther, refusant que la Réforme puisse être identifiée à ces débordements, tonne en chaire et publie le traité : le Devoir des autorités civiles de s'opposer aux anabaptistes par des châtiments corporels (1525). Il contribue ainsi à les livrer au bras séculier.

L'organisation des communautés évangéliques est son souci majeur. Il est constamment en tournée de visitation, prêchant, enseignant, expliquant l'Écriture, pratiquant la direction spirituelle. C'est à leur usage qu'il rédige son Petit et son Grand Catéchisme (1529).

La défense de la Réforme contre Rome l'occupera jusqu'à sa mort : en 1529, à la deuxième diète de Spire, en face des exigences accrues du parti catholique, six princes et quatorze villes libres déposent une solennelle protestation. Ils sont aussitôt nommés « protestants ». Un an plus tard, à Augsbourg, Luther mis au ban de l'Empire et ne pouvant paraître devant l'empereur, c'est Melanchthon qui présente la Confession d'Augsbourg, qu'il a composée et qu'il confirme dans un texte rédigé, après quelques hésitations, sous l'influence vigilante de Luther : c'est l'Apologie. Six ans plus tard, en vue d'un concile annoncé, Luther rédige les Articles de Smalkalde et, dix ans après, à la veille de sa mort, un des plus violents parmi les pamphlets : Contre la papauté romaine fondée par le diable. C'est la fin d'un long et douloureux itinéraire qui, commencé dans le dialogue le plus confiant, se termine dans le plus définitif des anathèmes.

Luther, qui a épousé en 1525 une nonne, Katharina von Bora, dont il a eu six enfants, est un mari et un père heureux, jardinant, jouant aux échecs, faisant de la musique avec les siens, buvant de la bière et prenant de l'embonpoint. Les luthériens considèrent sa famille comme le modèle de la famille chrétienne.

Il meurt en pleine activité, à Eisleben, sa ville natale, où il s'est rendu en mission de réconciliation auprès des comtes de Mansfeld. Sur la table de la chambre mortuaire, après qu'il a, une dernière fois, confessé son entière confiance dans le Christ, on trouve un billet avec ses derniers mots écrits en latin, puis en allemand. Il se termine par un aveu, qui résume toute sa vie : « Wir sind Bettler, das ist wahr » (« Nous sommes des mendiants, c'est bien vrai »).

La famille luthérienne est d'abord implantée dans les pays européens et anglo-saxons : sur les 75 millions de luthériens, 60 millions habitent l'Europe, dont 57 millions en Allemagne et dans les pays scandinaves. On peut distinguer trois types d'Églises.

Les Églises historiques d'Allemagne, des pays scandinaves et d'Alsace. Ces Églises, marquées par une tradition liturgique très forte, sont généralement des Églises d'État, conservant, des liens très étroits avec le pouvoir politique.

Les Églises de migrants, nées de l'implantation de colons venus d'Europe en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Australie, en Afrique du Sud. Il faut aussi mentionner les Baltes. Leurs membres sont presque sans exception de race blanche.

Les jeunes Églises, assez tardivement nées de l'éveil de l'esprit et de l'action missionnaires parmi les luthériens ; elles sont implantées en Indonésie, à Madagascar, en Tanzanie, en Éthiopie, etc.

La famille luthérienne est regroupée au sein de la Fédération luthérienne mondiale, qui est membre du Conseil œcuménique des Églises. Créée en 1947, cette fédération est une plate-forme de dialogue et de recherches n'ayant aucune autorité sur les Églises membres.

Malgré leur extrême diversité, les communautés luthériennes sont caractérisées par une impressionnante unité.

En théologie, le Livre de concorde, composé des trois « symboles anciens », de la Confession d'Augsbourg, de l'Apologie, des deux Catéchismes de Luther et des articles de Smalkalde, reste la référence de base ; les formules sola gratia, sola fide demeurent le centre de la prédication, de l'enseignement, de la piété.

En ce qui concerne la piété, il n'est pas douteux que la référence permanente à l'expérience spirituelle de Martin Luther accentue, parfois de façon très sensible, l'aspect d'individualisme et d'indifférence au monde, que le piétisme a cristallisé de façon particulièrement tenace.

Dans le domaine des arts et de la culture, le luthéranisme a joué et continue à jouer un rôle de premier plan depuis que Dürer et Cranach l'Ancien en peinture, J.-S. Bach en musique ont voulu, par toute leur œuvre, accompagner et illustrer le message de la Réforme.

Sur le plan politique, les fortes Églises luthériennes ne voient pas d'inconvénients aux concordats ou règlements divers qui organisent leurs rapports avec l'État. Si la tradition scandinave interprète Luther davantage dans le sens d'une contestation du pouvoir civil et si la majorité des luthériens allemands le regarde davantage comme le fondateur de régimes d'autorité et d'une attitude de soumission entière au pouvoir, il n'est pas douteux que, dans son ensemble et contre les intentions profondes – parfois démenties par les actes – du réformateur, le luthéranisme ait été (comme le catholicisme, dont, sur ce point, il diffère peu en pratique) un facteur de conservatisme et parfois même d'immobilisme politique, économique et social.

Dans le domaine œcuménique enfin, le luthéranisme peut, à juste titre, réclamer un rôle décisif dans le passé, puisqu'il fut à l'origine de la convocation du concile de Trente, où commença le grand travail de réforme intérieure du catholicisme. Dans un passé plus récent, il convient de mentionner le nom de l'archevêque luthérien suédois Nathan Söderblom (1866-1931), qui fut un des fondateurs du Conseil œcuménique des Églises. Participant à sa lente recherche et reconstruction, le luthéranisme, qui a en lui-même ses intégristes et ses révolutionnaires, occupe la plupart du temps des positions qui le situent à la droite du mouvement œcuménique.

Malgré la lourdeur conformiste des institutions ecclésiastiques, l'ardeur originelle de Luther revit toujours dans la tradition qui se réclame de lui : c'est ainsi qu'en 1934, face à l'irrésistible ascension de Hitler, le calviniste Karl Barth et le luthérien Martin Niemöller organisaient la résistance ouverte et clandestine au nazisme ; c'est ainsi que le luthérien Dietrich Bonhoeffer participait au complot du 20 juillet 1944 qui visait à éliminer Hitler et payait de sa vie, avec d'autres martyrs, cet acte de fidélité à la vraie tradition luthérienne ; c'est ainsi que, face aux régimes staliniens et néostaliniens des pays de l'est de l'Europe, les voix de luthériens allemands se sont élevés avec tous ceux qui ont demandé que soient respectés le droit et la cause de l'homme.

Quiconque a entendu Luther ne peut prendre son parti ni du mensonge, ni de l'oppression, ni de l'injustice. Cela, bien des chrétiens l'ont compris qui ont commencé à faire une analyse lucide des perversions autoritaires du message et de l'action de l'Église au cours des siècles. Parfois, c'est en relisant le jeune Luther qu'ils l'ont saisi ; parfois c'est en remontant directement à l'Évangile. Il se constitue ainsi une invisible famille spirituelle de Luther à travers les siècles et les confessions. Elle déborde même ces dernières : à côté de Kierkegaard, le prophète solitaire fulminant contre l'institution luthérienne danoise du xixe s., Leibniz, Nietzsche, Engels, Brecht, Dreyer, I. Bergman et tant d'autres sont aussi les héritiers de Luther.

Chaque fois qu'un homme, au mépris de son intérêt, de sa liberté, de sa vie, dresse la protestation du sens face à l'absurdité structurelle, idéologique ou religieuse, face à toutes les intimidations et cruautés du pouvoir, on peut dire qu'il est de la famille spirituelle de Luther.

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pau

Dressé au cœur de la ville, face aux Pyrénées, sur un éperon rocheux surplombant le Gave, le château de Pau est le monument emblématique de cette cité et leur évolution est étroitement liée.

Château féodal, devenu au fil des siècles palais royal, impérial, national puis musée, le château de Pau offre à ses visiteurs une véritable plongée dans l'histoire locale et nationale.

L'architecture du monument témoigne d'une histoire longue de plus de mille ans. Du Moyen-Age au XIXe, les siècles ont laissé leurs traces sur ses murs et dans ses décors. Nombreuses sont les figures historiques qui marquent ce lieu et au-dessus de toutes les autres, celle d'Henri IV, premier roi de France et de Navarre qui y voit le jour le 13 décembre 1553.

La première mention connue du château de Pau remonte au XIIe siècle, mais il est probable qu'une fortification a été édifiée dès le Xe siècle sur l'éperon rocheux surplombant le gave de Pau et l'un de ses affluents, le Hédas. Cet édifice était certainement entouré d'une palissade de bois, en béarnais un « pau », terme qui aurait donné son nom à la ville.

Ce premier ouvrage fortifié est progressivement agrandi et renforcé par les vicomtes de Béarn. Trois tours datent ainsi des XIIe-XIIIe siècles : l’actuelle tour Mazères, au sud, haute de 22m30 avec des murs de 1m65 d'épaisseur, la tour Billère à l'ouest et, au nord, le donjon Montauser qui se trouvait alors à l'intérieur de l'enceinte castrale.

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, le château de Pau est radicalement transformé par Gaston III, comte de Foix et vicomte de Béarn (1343-1391).
Ce personnage hors du commun est passé à la postérité sous la dénomination de « Gaston Fébus », surnom qu'il s'était lui-même choisi, en référence à sa chevelure blonde. Grand seigneur fastueux, amateur de chasse, de musique et de livres, administrateur avisé et fin politique, Gaston Fébus est l'un des acteurs essentiels d'une époque terrible, la guerre de Cent ans.

Ce prince profite des troubles pour augmenter sa fortune et ses domaines, dont il s'efforce de conforter l'indépendance vis-à-vis des rois d'Aragon, d'Angleterre et de France. Il affirmera ainsi ne tenir sa vicomté de Béarn « que de Dieu et de [son] épée ». Son projet, inachevé à sa mort, de créer un véritable état pyrénéen de Foix jusqu'à Pau, le pousse à une intense activité de bâtisseur : il fait construire ou agrandir plusieurs châteaux sur ses terres pour les protéger de ses ennemis.
Le château de Pau, où pourtant Fébus réside peu, n'échappe pas à ces travaux et se transforme sous son règne en une citadelle imprenable. Influencé par l'architecture civile du milieu du XIVe siècle, comme le Palais des rois de Majorque à Perpignan, l'architecte et maître d'œuvre de Fébus, Sicart de Lordat, choisit la brique, matériau souple et facile à utiliser pour construire le lourd et haut donjon Fébus de 33 mètres de haut et la tour dite aujourd'hui « de la Monnaie », au pied du château. Un système de trois enceintes successives, de glacis et de portes à herses renforce encore le dispositif défensif. Au château de Pau, comme sur les autres constructions béarnaises de ce prince, l'inscription « Febus me fe » (Fébus me fit) témoigne encore de l'apport essentiel du « comte soleil » à ce monument.
La forteresse imprenable voulue par Gaston Fébus est maintes fois remaniée par ses successeurs. Les transformations les plus importantes sont opérées sous le règne de Gaston IV de Foix-Béarn (1423-1472) : il fait coiffer les tours de hautes toitures d'ardoise, surélever le bâtiment sud d'un deuxième étage, percer de nombreuses fenêtres à croisées de pierre surmontées de lucarnes simples que l'on peut toujours observer sur le bâtiment nord. Par son mariage avec Eléonore de Navarre, Gaston IV permet aux comtes de Foix de ceindre une couronne royale : leur petit-fils François Fébus deviendra roi de Navarre en 1480.

Par ailleurs, il favorise Pau comme capitale du Béarn et en 1512, lorsque Catherine de Navarre et son époux Jean d'Albret sont chassés de Pampelune et se replient sur leurs territoires français, c'est tout naturellement qu'ils y trouvent refuge. Devenu palais royal, le château de Pau perd sa vocation défensive et s'ouvre aux innovations architecturales de la Renaissance. C'est sous le règne d'Henri II d'Albret et de son épouse, Marguerite d''Angoulême, sœur du roi de France, François 1er, que les transformations s'accélèrent : cuisines, escalier - un escalier droit, rampe sur rampe, orné d'une frise de H et de M reliés par des liens d'amour -, cour d'honneur décorée de médaillons sculptés, balcon de l'aile Sud permettant de jouir de la vue sur les Pyrénées... Le palais royal, ainsi remis au goût du jour, sera agrémenté d'extraordinaires jardins sous le règne de Jeanne d'Albret et d'Antoine de Bourbon. C'est dans cette fastueuse résidence que naît leur fils, le futur Henri IV, le 13 décembre 1553. L'extraordinaire destinée de ce roi ne lui permettra pas de résider longuement dans son palais natal. On signalera toutefois que c'est sous son règne qu'est construite la porte Nord des jardins, connue aujourd'hui sous le nom de porte Corisande, sous l'impulsion de Catherine de Bourbon, régente du Béarn au nom de son frère.
En octobre 1620, le château est le théâtre d'un événement capital dans l'histoire du Béarn : la venue à Pau du roi Louis XIII qui fait enregistrer un édit portant la réunion du Béarn et de la Navarre au royaume de France... et ordonne d'amener à Paris une partie du mobilier d'apparat et de la collection de peintures encore en place. Depuis le départ d'Henri IV, le château a été confié à la garde de gouverneurs. De 1623 à la Révolution, se succèdent dans cette charge des membres de l'éminente famille de Gramont, originaire de Bidache. Ils s'efforcent à grands frais d'entretenir le bâtiment dont l'état ne cesse de se dégrader en raison de plusieurs départs d'incendie et d'éboulements. Au XVIIIe siècle, on fait construire à l'est un pont dormant, dit Pont d'honneur, afin de permettre un accès plus aisé au bâtiment.
Le château de Pau est préservé de la démolition sous la Révolution française « comme un hommage rendu par la Nation à la mémoire d'Henri IV ». Il est toutefois affecté au logement des troupes à partir de 1792 et même momentanément rebaptisé « Les Casernes » (1793). Par manque d'entretien, il est en piteux état, lorsque Napoléon Ier arrive à Pau le 22 juillet 1808, avec l'impératrice Joséphine. L'empereur ne mènera pas à bien ses projets de restauration du monument, pas plus que les Bourbons revenus sur le trône de France en 1815.
Soucieux de se rattacher à son glorieux ancêtre Bourbon, Louis-Philippe Ier (1830-1848), roi des Français, décide à son tour d'entreprendre la complète restauration du palais de Pau. A partir de 1838, tous les corps de métiers s'activent pendant dix ans à redonner son lustre au vieux château d'Henri IV.

Le décor intérieur est entièrement recréé, dans l'esprit de la Renaissance, mais aussi dans un souci du confort et de l'étiquette d'une cour royale du XIXe siècle. Le bâtiment est lui-aussi transformé : côté ouest, on bâtit un pont qui relie le château à la Basse Plante et au parc et on ajoute une tour factice (la tour Louis-Philippe) ; côté est, on transforme l'avant-corps de garde en chapelle et on détruit l'ancien couloir fortifié datant de Gaston Fébus.

Louis-Philippe n'a cependant pas le temps de venir à Pau et les travaux extérieurs restent inachevés, lors de son départ en exil pour l'Angleterre après la Révolution de 1848.
Il revient à l'empereur Napoléon III de poursuivre la rénovation du château de Pau. Si le décor intérieur, déjà presque complet sous la Monarchie de Juillet, ne connaît que des modifications assez minimes, il n'en est pas de même du bâtiment : les façades sont reprises, les sculptures Renaissance des lucarnes, portes et fenêtres, restaurées, ou recréées. Surtout, on transforme l'entrée principale, à l'est : le bâtiment bas de la Chancellerie, élément vétuste, qui fermait l'accès vers la ville, est démoli et remplacé par un portique conçu par l'architecte Ancelet et flanqué d'une tour de quatre étages, l'actuelle tour Napoléon III.

Ce portique, d'un modèle architectural et stylistique proche des grandes réalisations de la Renaissance offre ainsi l'accroche fastueuse qui manquait entre le château et la ville. Napoléon III s'intéresse au château de Pau où il séjourne à plusieurs reprises, suivant de près l'évolution du chantier. Lorsque l'Empire s'effondre en 1870, les travaux ne sont toutefois pas achevés et il faudra attendre encore quelques années pour que se clôture, sous la IIIème République, la grande campagne de restauration et de renaissance du château de Pau commencée en 1838.
Après la chute du Second Empire en 1870, le château de Pau garde pendant quelques années sa vocation de demeure de prestige en devenant un palais national à l'usage des présidents de la nouvelle république. Le président Sadi Carnot y descendra ainsi en 1891. Le grand vase de porcelaine de Sèvres, qui orne la salle à manger des officiers de service, est envoyé à Pau en témoignage de cette visite. Mais très vite, la vocation de palais s'efface devant celle de musée, un lieu de mémoire consacré à Henri IV et à la fameuse carapace de tortue qui lui aurait servi de berceau. Aux anciens régisseurs du Palais succèdent des conservateurs. On organise conférences et expositions et c'est tout naturellement qu'en 1929, le château de Pau devient musée national.
Après les travaux du XIXe siècle qui ont radicalement transformé l'aspect du palais des rois de Navarre, il n'est plus question au cours des décennies suivantes de démolir ou de rebâtir le château de Pau, mais de l'entretenir et de le moderniser. Les campagnes de restauration du monument se succèdent dans la deuxième moitié du XXe et se poursuivent au début du XXIe siècle : toitures, façades et leur décor sculpté, pont et cour d'honneur... Le château de Pau, tel que nous l'ont transmis les siècles successifs, s'offre une véritable cure de jouvence et retrouve peu à peu son éclat terni.
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sully
Homme d'État français (Rosny-sur-Seine 1559-Villebon, Eure-et-Loir, 1641). 

Sully naquit de François de Béthune et de Charlotte Dauvet. Son père l'éleva avec ses autres fils dans la religion protestante et, sa famille étant peu fortunée, il fut placé de bonne heure auprès d'Henri de Navarre, de sept ans son aîné (1571).

Au moment de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), il se trouvait à Paris et faisait ses études au collège de Bourgogne. Cet enfant de douze ans fit preuve d'une remarquable présence d'esprit : pour échapper aux exécuteurs, il se munit d'un gros livre de prières catholique, mit sa robe d'écolier et, à travers un Paris livré aux égorgeurs, il se rendit à son collège, où le principal le cacha pendant quelques jours.

Lorsque le roi de Navarre s'échappa de la cour de France en février 1576, Rosny l'accompagna et se distingua à ses côtés dans maintes rencontres.

En 1584, de retour en France, il épousa une riche héritière, Anne de Courtenay. Dès cette époque, il prit soin de bien gérer sa fortune et parut toujours préoccupé de s'enrichir sans se montrer trop scrupuleux sur les moyens.

Valeureux capitaine, il dirigea l'artillerie à la bataille de Coutras (20 octobre 1587), remportée par Henri de Navarre contre les troupes royales du duc de Joyeuse (1561-1587). Son maître étant devenu roi de France, il continua de se battre à ses côtés et fut grièvement blessé à la bataille d'Ivry (14 mars 1590), ce qui lui valut d'être salué par Henri IV du titre de « brave soldat, vrai et franc chevalier ». Sans renier pour sa part sa religion d'enfance, il conseilla vivement au roi de se convertir au catholicisme pour pacifier le royaume.

Dès 1596, Henri IV lui confia la direction de ses finances. Aussitôt, Rosny entreprit de parcourir les provinces françaises et d'y faire rendre gorge aux receveurs indélicats. Nommé en 1598 surintendant des finances, il ajouta à ce titre de nombreuses autres charges : grand maître de l'artillerie et superintendant des fortifications et bâtiments, grand voyer de France en 1599, gouverneur de la Bastille en 1602, gouverneur du Poitou et capitaine héréditaire des canaux et rivières en 1604. En 1606 fut créé pour lui le duché-pairie de Sully.

Elle consiste essentiellement en une politique d'économie et de remise en ordre. La guerre civile avait ruiné le trésor royal ; l'agriculture et le commerce étaient fortement atteints. Pour redonner confiance au peuple dans le pouvoir royal, Sully fit remise de 20 millions d'arriérés sur les tailles, qu'il fit ensuite diminuer de 5 millions.

Des domaines royaux usurpés ou abandonnés furent recouvrés, et des charges inutiles supprimées. Les dépenses de l'État furent sévèrement contrôlées, Sully allant jusqu'à s'opposer aux libéralités du roi envers ses maîtresses ; aussi, chaque année un important excédent de recettes fut-il déposé à la Bastille, où en 1610 on trouva près de 42 millions, fruit des sages économies du ministre. Cependant, si Sully réussit à tirer le meilleur parti possible du mauvais système fiscal existant, les impôts restèrent mal répartis et la monarchie ne parvint ni à se passer des expédients financiers, ni à supprimer la vénalité des charges, qui ne fit que s'aggraver de l'hérédité complète.

Sully ne prit pas moins de soin de l'économie. On connaît sa devise célèbre au sujet de l'agriculture. Pour la favoriser, il avait réduit la taille et remis l'arriéré des impôts ; à ces mesures, il ajouta le rachat des prés communaux aliénés à vil prix par les paroisses, l'insaisissabilité du bétail et des instruments de culture par les créanciers, la liberté pour les exportations de blé ou de vin, l'abolition des péages, la construction de routes, de ponts, de canaux (canal de Briare).

Il créa un conseiller agricole dans chaque province, chargé d'aider les exploitants. La mise en service de coches publics avec relais, de prises d'eau facilita la circulation et la reprise des affaires. Sully soutint aussi les efforts d'Olivier de Serres, l'auteur du Théâtre d'agriculture (1600), pour l'élevage des vers à soie, et ceux d'un Hollandais de Bergen op Zoom, Humphrey Bradley, qu'il nomma maître des Digues (1599). Grâce à l'établissement d'ouvriers hollandais en France, de grands travaux d'assèchement furent réalisés en Aunis, en Limagne, dans le Poitou et dans l'estuaire de la Seine.

Sully conserva durant toute sa vie du goût pour les affaires militaires et, en tant que grand maître de l'artillerie et superintendant des fortifications, il participa, d'une manière positive, à la prise de Charbonnières et de Montmélian au cours de la campagne contre le duc de Savoie.

Jusqu'au bout, Sully sut garder la confiance de son maître, s'il ne fut pas l'inspirateur de tous les grands actes du règne, comme il s'est plu à l'écrire dans des Mémoires embellis. Henri IV apprécia toujours ses qualités d'ordre, d'économie et d'honnêteté, et surtout la franchise de ses avis. Sully n'hésita jamais à s'opposer aux folies amoureuses du roi et déchira la promesse écrite de mariage faite à Henriette d'Entragues.

S'il fut un ministre des Finances honnête, il ne fut pas désintéressé et amassa une énorme fortune. Richelieu l'absout pourtant dans ces termes : « On peut assurer avec vérité, écrit-il, que les premières années de ses services furent excellentes ; et, si quelqu'un ajoute que les dernières furent moins austères, il ne saurait soutenir qu'elles lui aient été utiles sans l'être beaucoup à l'État. »

Henri IV fut assassiné alors qu'il allait rendre visite à Sully dans sa demeure de l'Arsenal. À l'annonce de cette mort, le ministre prit peur, refusa d'aller au Louvre, où la reine Marie de Médicis le demandait, et s'enferma dans la Bastille, dont il était gouverneur. Par la suite, il se retira dans ses terres avec sa deuxième femme, Rachel de Cochefilet.

Résidant au château de Villebon, dans la Beauce, ou à Sully, il y mena un train de vie princier et s'y employa à vendre ses charges de surintendant des finances et de gouverneur de la Bastille. Il rédigea des mémoires auxquels il donna le titre de Mémoires des sages et royalles œconomies d'Estat domestiques, politiques et militaires de Henry le Grand ; les deux premiers volumes parurent en 1638 et les deux derniers après sa mort, en 1662. Elles sont l'œuvre d'un esprit amer et critique. Sully y attribue à Henri IV un « grand dessein » politique visant à unifier l'Europe sous son sceptre ; mais la réalité du projet de cette république chrétienne a été dénoncée par certains historiens qui, ne trouvant pas trace d'un tel projet dans les archives des puissances européennes, pensent que Sully a, par son imagination ou sa duplicité, suppléé aux documents, n'hésitant pas à en fabriquer de toutes pièces.

En 1634, Louis XIII donna à Sully le titre de maréchal de France, le récompensant de son zèle à prêcher la soumission au roi à ses coreligionnaires révoltés. Sully mourut quelques années après, au château de Villebon.

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bayard

Le Chevalier Bayard à la bataille de Brescia C'est le maitre graveur Albert Décaris qui réalisa ce timbre. En fait, il avait fait deux maquettes, et celle-ci choisie n'était pas sa préférée. L'autre maquette représentait le château de Pontcharra avec Bayard et son célèbre cheval Carman. Cette maquette fut rejetée.

Pierre du Terrail, seigneur de Bayard (1476-1524) surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche.Il commença à se signaler sous Charles VIII à la bataille de Fornoue (1495).  Sous Louis XII il contribua à la conquête du Milanais en 1499 et à la lutte contre les espagnols dans le royaume de Naples.

la vignette exécutée d'après un tableau du musée  de Versailles, le représente blessé à la bataille de Brescia : On rapporte qu'il montra une fois de plus en cette circonstance qu'il ne séparait pas bravoure et générosité.. Sa blessure ne l'empêcha pas de sauver l'honneur d'une famille qui allait être livrée à la brutalité des soldats.

Timbres émis à 7,5 millions d'exemplaires - Impression : taille-douce rotative. Sert à l'affranchissement de la lettre double pour le régime intérieur.

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calvin

(Noyon, Oise, 1509-Genève 1564), réformateur français
Jean Calvin est le deuxième fils de Gérard Cauvin (comme la plupart des universitaires de son temps, Jehan n'usera de son nom que sous la forme latine, Calvinus). Destiné par son père, notable de Noyon, à la prêtrise et rompu par lui aux bonnes manières sociales, Jean jouit déjà d'une grande faveur auprès du clergé local : encore enfant, il est pourvu de bénéfices ecclésiastiques et même tonsuré. Tout laisse prévoir une brillante et très conformiste carrière.

Après avoir fréquenté dans sa ville natale le collège des Capettes, l'adolescent est envoyé à Paris, où il est inscrit comme externe au collège de la Marche, sur la montagne Sainte-Geneviève. Il y suit les cours d'un remarquable pédagogue, Mathurin Cordier, qui éveille en lui la joie du travail intellectuel et la curiosité pour les innombrables enseignements de l'histoire. C'est à son école qu'il développe l'élégance, la concision et la précision d'un style qui fera de lui l'un des grands écrivains français de tous les temps.

Mais on redoute l'influence de cet humaniste libéral et, dès 1524, le jeune Jean devient interne au collège de Montaigu. On le met en garde contre les idées modernes tant sur le plan intellectuel que sur le plan théologique, et, pendant que flambent en France les premiers bûchers sur lesquels meurent des luthériens, Jean Calvin, apparemment indifférent aux troubles qui commencent à secouer à son tour l'Église en France, étudie les Pères de l'Église, notamment saint Jean Chrysostome et saint Augustin- dont il ne tarde pas à acquérir une connaissance exceptionnelle- ainsi que les théologiens et philosophes de la scolastique.

Formé à l'art de la dialectique, il devient un disputeur redoutable. L'église de Noyon, attentive à son évolution, lui décerne, en 1527, un nouveau bénéfice ecclésiastique. En 1528, il obtient le grade de maître ès arts. S'il fréquente parfois des milieux plus ouverts, et notamment le cercle de ceux qui touchent de près à Guillaume Budé, il n'est pas entamé par leurs audaces, sinon qu'il n'arrive pas à calmer en lui- il le dira beaucoup plus tard- l'inquiétude qui fut aussi, mais combien plus tragiquement, celle de Luther : comment avoir « une certaine tranquillité de conscience », tant que, pour se présenter devant le Juge suprême, on n'a que la misère des bonnes œuvres et l'assurance contenue dans l'absolution ecclésiastique, répondant à la contrition de l'homme ? L'ascèse, qu'il pratiquera toute sa vie, n'est que la contrepartie de cette inquiétude existentielle.

Mais un tournant décisif se produit dans sa vie : alors qu'il s'adonne avec ardeur à l'acquisition des austères disciplines philologiques, son père, en conflit avec le clergé de Noyon, décide soudain qu'il ne sera pas prêtre, mais juriste laïc. Calvin quitte alors Paris pour la fameuse faculté de droit d'Orléans (1528), où tout en continuant à mener une vie d'une rigueur exemplaire, il suit les cours de Pierre de l'Estoile et de l'helléniste wurtembergeois Melchior Wolmar, très réceptif à l'influence luthérienne. Fasciné par sa science et sa ferveur, il n'hésite pas à suivre ce dernier à Bourges en 1529, où il suit également les cours plus éblouissants que profonds de l'Italien André Alciat, professeur de droit romain. C'est là que l'atteint, en 1531, la nouvelle de la maladie de son père, qui ne tarde pas à mourir… excommunié, car il ne s'est pas réconcilié avec le chapitre de la cathédrale de Noyon.

Du coup, Calvin décide d'entreprendre les études qui depuis longtemps déjà l'attirent : tout en poursuivant sa formation juridique, couronnée en 1532 ou 1533 par l'obtention de la licence à Orléans, il fréquente le Collège royal, tout juste fondé à Paris par François Ier, c'est ainsi qu'en 1532 il publie un commentaire du De clementia de Sénèque, où il manifeste déjà des dons éminents de clarté et de profondeur, se créant par là un renom certain parmi les humanistes. Mais on le rencontre aussi fréquemment dans l'entourage des « bibliens », dont la situation s'est bien améliorée depuis qu'il a quitté Paris en 1528. Favorisés par Marguerite d'Angoulême, la sœur du roi, auteur du Miroir de l'âme pécheresse, qui reprend sous forme poétique certaines des affirmations les plus radicales de Luther, ils occupent des postes importants : c'est non seulement Gérard Roussel, le prédicateur de la princesse, qui répond victorieusement aux attaques de la Sorbonne et en fait exiler le syndic ; c'est aussi et surtout Nicolas Cop, le recteur de l'Université de Paris, en contact avec les milieux de Meaux et ceux qui diffusent clandestinement en France les traités de Luther ; c'est enfin Lefèvre d'Étaples et ses disciples, qui s'efforcent à sonder le vrai sens des Écritures à l'usage des prédicateurs et recommandent à ceux-ci d'être plus dociles à leur illumination intérieure qu'aux enseignements et traditions de l'Église, et de minimiser l'importance de l'intercession des saints, intercession devenue excessive.

Tous ces personnages et les cercles qu'ils assemblent autour d'eux ont ceci de commun qu'ils ne songent en rien à un schisme qui viendrait, en France à l'instar de l'Allemagne, déchirer l'Église en deux factions rivales ; ils espèrent, et Calvin aussi, qui est l'un d'entre eux, qu'une réforme intérieure permettra d'éviter les violences et de ramener le peuple chrétien sur le chemin du droit et pur Évangile.

Or, le jour de la Toussaint 1533, Nicolas Cop prêche dans l'église des Mathurins sur la première des Béatitudes : « Heureux les pauvres en esprit » (Matth., v, 3) ; il y affirme de façon si énergique la suprématie inconditionnelle de l'Évangile, « bonne nouvelle et prédication salutaire du Christ », sur les commandements de la Loi, que l'on crie au scandale luthérien. Le roi absent, le parlement engage une procédure contre Cop, qui s'enfuit à l'étranger, cependant que Calvin, également menacé, cherche refuge près d'Angoulême chez son ami Louis du Tillet, curé de Claix. On a longtemps soutenu que le sermon prononcé par Cop était de la plume de Calvin : cette thèse est aujourd'hui en général abandonnée, mais il est certain que Calvin, lié au recteur par une étroite amitié, avait collaboré à la rédaction de la prédication, fournissant en particulier les citations d'Érasme et de Luther dont elle était émaillée.

C'est au cours de son bref séjour charentais qu'il prend la décision de rompre avec les illusions d'un réformisme tranquille, dissimulé sous les apparences extérieures de la fidélité à Rome : très sobrement, il écrira plus tard que ce fut « par une conversion subite » que Dieu « dompta et rangea à docilité [son] cœur ». Profondément humilié d'avoir si longtemps tergiversé avant de se décider, il écrira encore : « Maintenant donc, Seigneur, que reste-t-il à moi, pauvre et misérable, sinon T'offrir pour toutes défenses mon humble supplication que Tu ne veuilles me mettre en compte celui tant horrible abandonnement et éloignement de Ta Parole duquel par Ta bénignité merveilleuse Tu m'as une fois retiré ? » On reconnaît bien là les premiers grands textes de Luther autour de 1515 : c'est au moment où il donne raison à Dieu contre lui-même que l'homme commence à vivre de l'Évangile, n'ayant plus aucune sécurité religieuse et possédant, par contre, la pleine assurance de la grâce du Christ.

Quoi qu'il en soit des circonstances mystérieuses de cette conversion définitive, Calvin s'aperçoit qu'il y a, venant de partout, des gens assoiffés du vrai Évangile, qui lui demandent une nourriture pour leur âme et un enseignement pour leur esprit. Il n'y aura plus désormais chez lui la moindre hésitation ; il se sait appelé à un ministère qui est, pour lui, la forme concrète que doit prendre dans sa vie l'élection au salut éternel : quel qu'en soit le prix, il ne vivra plus désormais que pour cela.

Le 4 mai 1534, il est soudain à Noyon, où il résigne tous ses bénéfices entre les mains des chanoines de la cathédrale. Errant quelque temps, on le voit à Paris, puis à Orléans, rédigeant un premier traité théologique curieusement consacré à une polémique contre les anabaptistes, qui, comme pour Luther, ne tarderont pas à former le second front de son combat, et destiné à prouver un point de doctrine éminemment contestable : « Les âmes veillent et vivent après qu'elles sont sorties des corps. » C'est la Psychopannychia.

Une provocation formidable, l'« affaire des Placards » (nuit du 17 au 18 octobre 1534), oblige François Ier à renoncer à ses extérieurs de roi tolérant : plusieurs exécutions ont lieu. Pour échapper à un sort trop certain, Calvin se réfugie à Bâle, où il arrive en janvier 1535.

Dans cette ville, où la Réforme a été instaurée par Œcolampade, ami de Martin Bucer, Érasme et les grands imprimeurs ont créé une tradition culturelle vivante aujourd'hui encore ; de plus, au carrefour de trois pays, Bâle est traditionnellement un grand lieu de passage et de rencontre des peuples, un creuset où fusionnent doctrines et nouvelles en provenance du monde entier. Calvin, pendant que flambent les bûchers de ses amis, est ulcéré, parce que la propagande française s'efforce à en minimiser l'importance.

« Lors moi, voyant que ces pratiqueurs de cour par leurs déguisements tâchaient de faire non seulement que l'indignité de cette effusion de sang innocent demeurât ensevelie par les faux blâmes et calomnies desquels ils chargeaient les saints martyrs après leur mort, mais aussi que par après il y eût moyen de procéder à toute extrémité de meurtrir les pauvres fidèles sans que personne en pût avoir compassion, il me sembla que, sinon que je m'y opposasse vertueusement en tant qu'en moi était, je ne pouvais m'excuser qu'en me taisant je ne fusse trouvé lâche et déloyal.

« Et ce fut la cause qui m'incita à publier mon Institution de la religion chrétienne […] c'était seulement un petit livret contenant sommairement les principales matières, et non à autre intention sinon afin qu'on fût averti quelle foi tenait ceux lesquels je voyais que ces méchants et déloyaux flatteurs diffamaient vilainement et malheureusement. »

Ce texte est d'une importance capitale : il définit en effet la théologie de Calvin non comme un exercice académique, mais comme un témoignage en situation, comme une réflexion systématique qui rend compte de l'engagement de l'Église confessant sa foi devant les autorités et quoi qu'il en coûte. À la suite de tous les grands auteurs chrétiens, et notamment des écrivains néo-testamentaires, Calvin lie indissolublement théologie et histoire : il n'y a pas de theologia perennis, mais uniquement des tentatives provisoires destinées à nourrir ou à expliciter la vie actuelle de la communauté chrétienne. Par-delà toutes les fixations immuables de l'orthodoxie ou de la pseudo-théologie scientifique, on retrouvera le risque et l'invention théologiques en relation avec un temps et un lieu précis dans l'œuvre de Karl Barth, le plus grand des disciples contemporains de Calvin.

Le « petit livret », c'est le fruit du travail acharné de toute une année, c'est une somme en six chapitres qui, remaniés durant toute la vie de Calvin, reparaîtront à plusieurs reprises, jusqu'à former le gros ouvrage en quatre livres et quatre-vingts chapitres en 1559 ; ce dernier texte latin sera suivi d'une traduction française, rédigée au prix de grandes souffrances par le réformateur malade et terminée peu de temps avant sa mort. À l'origine, donc, six chapitres ; les trois premiers (la Loi, la Foi, la prière) sont directement inspirés des Petit et Grand Catéchismes de Luther, ainsi que de l'Exposition du symbole et de l'Oraison dominicale d'Érasme ; les deux suivants, sur le baptême et la Cène, ont comme arrière-plan le traité luthérien de 1520 : De la captivité de Babylone ; le dernier, sur la liberté chrétienne, est manifestement pénétré de la réflexion et des formules de l'admirable petit livre De la liberté du chrétien, rédigé par Luther en 1520 également.

On voit à quel point la dépendance est étroite à l'égard de la Réforme allemande, et ce n'est pas l'amoindrir que de dire que, à cette époque, Calvin, qui cherche encore son style et son assise théologiques, se sent très attiré par le compagnon de Luther, le doux Philip Melanchthon. Plus tard, les choses se durciront et les points de vue divergeront : tandis que les luthériens auront tendance à voir dans l'autorité scripturaire un principe central laissant une large frange de liberté à l'égard de tout ce qui n'est pas défendu, Calvin y trouvera un cadre impérativement strict ; tout ce que l'Écriture ne prescrit pas expressément lui paraîtra interdit.

À côté des luthériens, c'est aussi Zwingli qui marque fortement Calvin et à qui il emprunte son idée d'une union étroite entre Providence et prédestination. Quant à Bucer, il subira aussi cette influence, non seulement sur le plan liturgique et en ce qui concerne l'organisation de l'Église locale, mais aussi et surtout en reprenant la visée œcuménique qui est celle de toute l'œuvre du Réformateur de Strasbourg.

La première Institution paraît le 23 août 1535 : elle est précédée d'une « Epître au Roi », dans laquelle le jeune théologien de 24 ans explique que son propos, en rédigeant ce gros catéchisme de 516 pages petit format (commode pour être diffusé clandestinement), est d'abord d'informer exactement le roi sur la doctrine de ceux que l'on calomnie sans cesse devant lui et qui sont, de ce fait, traités comme la lie de l'humanité. Il affirme ensuite que cette doctrine est de Dieu et appuyée par sa souveraine autorité, et qu'elle n'est pas nouvelle, étant tout entière fondée sur l'Écriture sainte et concentrée dans l'affirmation que l'amour de Dieu est la vie et la joie de ceux qui reconnaissent Christ comme frère et médiateur. Comme Melanchthon l'affirmait dans la Confession d'Augsbourg, il ne s'agit pas là de fantaisies sectaires, comme celles des illuminés anabaptistes et enthousiastes, mais de la vraie foi de l'Église catholique, retrouvée et reformulée dans son originelle pureté. Prétention permanente de la Réforme : ne pas avoir l'intention de diviser, mais d'unir la famille chrétienne autour du véritable Évangile, message de libération temporelle et éternelle communiqué et accompli par la prédication, la vie, la passion et la résurrection du Christ Jésus.

Suivant l'adresse au roi de France et le premier texte de 1535, l'édition complète, parue en mars 1536, est enlevée en quelques mois par tout ce que l'Europe compte d'évangéliques plus axés sur le latin et le français que sur le rude allemand des luthériens.

Dans les années suivantes, Calvin, transformant ce « sommaire en somme » (A.-M. Schmidt), va parfaire et étendre sa géniale synthèse d'éléments pris au fur et à mesure des rencontres et lectures chez tous ses aînés. L'édifice devient une construction puissante où apparaissent les qualités françaises et latines : « besoin d'ordre, esprit logique, sens de l'action et de la moralité » (Pierre Imbart de La Tour, historien catholique).

À ce moment critique de l'histoire de la Réforme, où les acquisitions théologiques et les avancées ecclésiales étaient remises en cause par de redoutables forces centrifuges, « le génie de Calvin fut de comprendre que si la foi nouvelle voulait remplacer l'ancienne Église, il lui fallait retrouver le secret de sa force, c'est-à-dire son unité et son caractère universel… Discerner entre les aspirations contraires de la révolution religieuse, unir la Réforme elle-même en un corps de doctrine assez large pour s'adapter à tous les esprits, en une société assez forte pour se libérer de l'État et se perpétuer, donner à cette Église l'armature solide d'un dogme défini, d'une morale rigide, d'une discipline rigoureuse, opposer cette orthodoxie, cette morale et cette Église à la fois à l'individualisme religieux, à l'indépendance des mœurs, aux égoïsmes nationaux, pour tout dire, reconstituer en dehors du catholicisme et contre lui un nouveau catholicisme, uniquement fondé sur la Parole de Dieu… voilà ce que sera son œuvre. » (Imbart de La Tour.)

La dernière Institution est donc un énorme ouvrage qui, contrairement à la première, suit le plan non d'un catéchisme, mais du Credo, et les quatre livres traitent successivement : de la connaissance et de la doctrine de Dieu, de la personne et de l'œuvre du Médiateur ; de l'œuvre du Saint-Esprit, foi et vie nouvelle de l'homme justifié ; de l'ecclésiologie, des sacrements et des relations entre la communauté chrétienne et la société civile.

« Toute la somme de nostre sagesse, laquelle mérite d'être appelée certaine […] est quasi comprise en deux parties, à savoir la cognoissance de Dieu et de nous mêmes. » Il s'agit donc pour l'homme de « s'enquérir de la vérité et y adhérer ».

Les points clés de cette doctrine bien architecturée sont multiples, et l'on ne peut qu'admirer la force du penseur et le souffle de l'écrivain.

Soulignons, entre autres, la définition des rapports entre l'Écriture, le Saint-Esprit et la tradition : « Sans l'Esprit, la Parole est lettre morte, de nulle efficace ; sans la Parole, l'Esprit voltige comme une illusion. L'Esprit scelle en nous et explique le contenu de la Parole. Mais il n'opère lui-même que dans les limites que la Parole lui assigne. » Ce double verrou étant tiré contre le littéralisme et l'illuminisme, Calvin n'hésite pas à reconnaître dans la tradition le document de l'élaboration doctrinale de l'Église à travers les siècles ; mais elle est subordonnée à l'Écriture, c'est d'elle seule qu'elle tire son autorité ; ce n'est que dans sa conformité à l'Écriture qu'elle en est confirmation.

Contrairement à Luther, qui, avec une intuition très juste, va directement au Christ, et secondairement par lui à Dieu, Calvin rétablit une doctrine de Dieu, celle du nominalisme : Dieu est avant tout volonté libre, puissance souveraine, seule cause efficace, y compris et surtout dans l'homme régénéré. Cette volonté de ne mettre aucune borne à la majesté et à la liberté divines le conduit, par la voie d'un raisonnement plus logique et philosophique qu'exégétique, à affirmer la double prédestination, seule garantie, à ses yeux, d'une anthropologie excluant tout optimisme à l'égard des possibilités spirituelles de l'homme, radicalement corrompu par le péché, et d'une théodicée où c'est la totale liberté de la grâce qui doit avoir le premier et le dernier mot. Préoccupation spirituelle et pastorale : il faut que la gloire du salut soit attribuée à Dieu et à Dieu seul et que, de ce fait, l'homme ne puisse douter qu'il soit vraiment élu ; l'initiative de la vocation, la naissance de la foi saisissant l'Évangile de la justification, et le progrès sur la voie de la sanctification étant exclusivement l'œuvre du Dieu vivant, Père, Fils et Saint-Esprit, l'homme ne peut vivre que dans une humble et reconnaissante obéissance.

Ailleurs, Calvin a parlé moins systématiquement et plus évangéliquement de la prédestination. C'est Jésus-Christ, dit-il, qui est le seul vrai et fidèle miroir de notre élection ; qui le confesse comme son Seigneur et Sauveur et vit dans l'écoute active de sa Parole peut être pleinement assuré de son élection. Il faudra attendre Karl Barth pour avoir un développement conséquent de cette intuition fondamentale.

On a déjà marqué l'importance de l'ecclésiologie calvinienne. Signalons ici que le réformateur croit avoir trouvé dans l'Écriture le fondement d'une structure permanente et universelle : le sacerdoce universel des croyants, base de la théologie luthérienne de l'Église, est coordonné et animé par l'existence des quatre ministères de docteur, pasteur, ancien et diacre, les deux premiers ayant une prééminence sur les autres, car il leur est confié la tâche capitale d'expliquer et d'enseigner l'Écriture, donc d'être les artisans de la communication de la Parole.

Disons enfin qu'il y a dans l'Institution une théologie politique très élaborée : l'État a un rôle éminent dans le plan de Dieu et l'action de sa Providence ; dans un monde encore marqué du signe de la révolte, il a pour fonction de faire régner la justice conformément à la loi de Dieu, qui a une valeur universelle et à laquelle doivent être mesurés les actes des gouvernements, ce qui, à la limite, implique le droit à la résistance et à la désobéissance contre un pouvoir inique ou tyrannique.

On le voit, l'œuvre est complète et complexe ; aujourd'hui encore, des milliers de chrétiens la lisent et s'en inspirent, compte tenu des inévitables et indispensables corrections herméneutiques qu'elle requiert. Le type de chrétien qu'elle définit a un triple enracinement : dans l'élection souveraine, qui le délivre de tout souci à l'égard de son sort éternel ; dans l'Église, qui le nourrit de la Parole, confirmée par les sacrements, et l'envoie dans le monde comme serviteur missionnaire ; dans la société, où il est responsable, comme citoyen, de l'édification d'une communauté humaine fondée sur la justice.

Il ne faut pas surévaluer les différences qui séparent les deux courants majeurs de la Réforme. Théologiquement, ils sont fondamentalement proches. Dans une famille spirituelle comme dans l'autre, l'intérêt majeur est le même : mettre au centre de la prédication et de la vie de l'Église le message évangélique du salut par la grâce, par le moyen de la foi seule en Jésus-Christ.

Tout le reste est secondaire. L'opposition sur l'eucharistie ne sépare pas les luthériens des calvinistes, mais bien le réalisme, auquel tiennent également les uns et les autres, du symbolisme, notamment représenté par Zwingli. Sur le fait de la présence et de l'action du Christ glorifié dans la Cène, luthériens et calvinistes sont d'accord ; ils divergent sur l'explication des modalités de cette présence et de cette action, mais, en aucune façon, ni les uns ni les autres ne sauraient adhérer à la thèse zwinglienne, selon laquelle l'eucharistie n'est qu'un mémorial dont l'élément essentiel est constitué par la piété des croyants se souvenant du Christ et de ses sentiments lors de l'institution du repas souvenir.

Dans cette convergence essentielle se marque une divergence notoire d'accentuation des motifs centraux du christianisme. Le luthéranisme est plus fortement marqué que le calvinisme par l'expérience spirituelle qui se situe à son origine, le drame et la lutte intérieure d'un moine à qui les règles et exercices de son ordre ne procurent pas la paix qu'il recherche, et sa quête héroïque d'une réponse satisfaisante à la question qui le tourmente : comment puis-je avoir la certitude qu'il existe pour moi un Dieu miséricordieux ? Il y a donc un moment subjectif très fort à l'origine du luthéranisme.

Rien de tel dans le calvinisme. Les circonstances exactes de la conversion de Calvin restent, jusqu'à ce jour, obscures et, s'il pose au début de son catéchisme la question de savoir quelle est la « fin principale » de la vie humaine, c'est de façon théorique et paisible, comme l'est aussi la réponse que l'enfant doit donner à cette première question de son pasteur : « C'est de connaître Dieu et de le servir. » Le moment subjectif est, ici, réduit à sa plus simple expression, et le centre de gravité est manifestement autre : non plus de savoir comment l'homme se réalisera lui-même, mais comment, notamment dans son destin personnel mais aussi ailleurs, la gloire de Dieu sera manifestée.

Il y a plus qu'une nuance : d'un côté, l'Évangile apparaît comme la seule réponse valable à la question angoissée de l'homme concernant son destin ; de l'autre, on souligne que la gloire de Dieu, ce qui fait qu'il se manifeste et est reconnu comme Dieu, c'est, à côté de son œuvre créatrice et de gouvernement du monde en vue de son accomplissement, le fait que l'homme, créature clé et significative, soit libéré de toutes ses aliénations pour le temps et l'éternité. Le « point de vue » est universel dans le calvinisme, alors que, dans la tradition luthérienne jusqu'à Kierkegaard et Bultmann, il reste fortement marqué de préoccupations existentialistes.

Il faut ajouter quelques autres motifs actuels, de ceux que le dialogue œcuménique a pris l'habitude de nommer non théologiques : la réforme luthérienne naît dans un couvent, le mouvement calvinien à la Sorbonne ; il faudra au moine allemand des années d'agonie spirituelle pour rompre avec son ordre, tandis que, s'il a été tonsuré comme enfant, Calvin n'a jamais été ordonné et quittera le catholicisme sans bruit ni incident aucun. Luther est un affectif impétueux, Calvin un intellectuel rigoureux, froid, systématique ; l'un est caractérisé par la fougue prophétique, qui s'exprime parfois dans un tumulte chaotique de pensées et de paroles, l'autre, par la force, la clarté et l'ordre d'une intelligence rompue à toutes les disciplines universitaires de son époque. Le génie germanique s'exprime fougueusement par le premier, la rigueur des « humanités » gréco-latines par le second. Luther est l'ancêtre des grands romantiques, Calvin préfigure et annonce Descartes.

Les conditions politiques dans lesquelles naissent les deux mouvements sont aussi d'une importance capitale. Luther proclame l'Évangile tel qu'il vient de le redécouvrir dans sa pureté originelle, dans une Allemagne profondément divisée ; dès le début, il pourra jouer de l'appui que lui accordent certains princes contre un pouvoir impérial aussi clérical que contesté. Comme, d'autre part, il a, dès 1524, à faire face aux terribles révoltes populaires de la guerre des paysans, il sera confronté, dès le départ, à la question du pouvoir politique : rebelle à l'autorité impériale, il sera conduit à accorder une importance exagérée aux « bons princes », ceux qui soutiennent la Réforme ; craignant l'anarchie, il s'appuie sur eux pour combattre les paysans et ne tarde pas à justifier une alliance de fait entre la nouvelle Église évangélique et les États gouvernés par des princes protestants, alliance qui jouera un rôle central dans toute l'histoire du protestantisme allemand jusqu'à nos jours.

Calvin n'a en face de lui que la France, déjà solidement unifiée et organisée sous la direction d'un prince catholique : dès ses premières manifestations de rupture à l'égard du catholicisme, il doit prendre le chemin de l'exil et former des laïcs et pasteurs en vue d'une Église persécutée. Si l'on peut considérer sa tentative d'organiser Genève comme une compensation à son impuissance sociale et politique sur le plan français, il faut voir aussi que cet exemple d'une cité chrétienne, soumise d'ailleurs à un pouvoir terriblement autoritaire, reste aussi limité dans le temps qu'isolé dans l'espace. Jamais il n'a été, comme Luther, confronté aux problèmes du gouvernement des États.

C'est par accident que Calvin se fixe à Genève : après la publication de l'Institution en 1536, il se rend en Italie et séjourne à Ferrare où, autour de Renée de France, un cercle d'évangéliques s'était constitué. Puis, après un bref séjour à Bâle, il se rend en France pour liquider ses affaires avant de s'exiler définitivement. Son intention est de s'établir à demeure à Strasbourg à côté de Bucer, avec qui il se sent en étroite parenté spirituelle, et de se consacrer exclusivement à la révision et à la mise au point de l'Institution. Mais la guerre entre François Ier et Charles Quint fait rage en Champagne ; Calvin doit donc faire le détour par Genève en juillet 1536. Il ne veut y rester qu'une nuit, mais Guillaume Farel, réformateur de la ville, apprend qu'il est de passage et veut le retenir. Calvin objecte en vain qu'il n'est qu'un homme d'étude et de cabinet.

C'est à contrecœur et bien décidé à ne pas quitter l'ombre studieuse qu'il s'installe au bord du Léman. Les circonstances ne tardèrent pas à l'obliger à sortir de sa réserve.

Car si la Réforme avait été prêchée à Genève dès 1532 par Guillaume Farel (1489-1565), ancien membre du groupe de Meaux, avec lequel il avait rompu à cause de la timidité de Lefèvre d'Étaples et de ses amis, s'il avait avec fougue évangélisé le diocèse de Gap, le comté de Montbéliard et la partie romande de la Suisse, si, à Genève, secondé par Pierre Viret, il avait obtenu en mai 1536 la suppression de la messe, la cause n'était pas gagnée pour autant, et le parti catholique résistait opiniâtrement.

Nommé « lecteur en la sainte Écriture », Calvin, chargé d'enseignement et de prédication biblique, est effaré par l'ignorance et l'anarchie du peuple qui se presse pour l'écouter ; de concert avec Farel, et dans le but d'organiser cette Église, il rédige quatre Articles qui sont soumis au Conseil de la ville : il faut que la communauté soit dressée comme une sentinelle prophétique du Royaume qui vient et qu'elle offre l'image bien concrète d'une société gouvernée par la Parole. La première urgence est l'instauration d'une discipline de la Cène : Calvin, qui en souhaite la célébration hebdomadaire, consent à ce qu'elle ne soit offerte aux fidèles qu'une fois par mois ; par contre, les pécheurs impénitents doivent pouvoir en être exclus. Cette excommunication lui apparaît comme une mesure pédagogique provisoire, destinée à « corriger ceux qui ne veulent pas se ranger amiablement et en toute obéissance à la Sainte Parole de Dieu ». De même, le chant public est instauré dans tous les cultes, afin que le peuple soit exercé à la prière, et l'instruction chrétienne des enfants, organisée. Une Instruction et confession de foy, dont on use en l'Église de Genève vient compléter les mesures disciplinaires, et l'on envisage de faire signer à tous les citoyens de la ville une « profession de foy ».

La ville regimbe, le magistrat craint d'être dépossédé de ses compétences et entre en conflit ouvert avec les réformateurs, prenant le contre-pied de leurs désirs et décisions. Ceux-ci, décidés à frapper un grand coup, prêchent le jour de Pâques 1538, mais- provocation délibérée- refusent de célébrer la Cène en cette solennité que les protestants ne séparent jamais du repas eucharistique. La réponse des autorités est l'exil : le 23 avril, Calvin, Farel et un autre prédicateur, Élie Couraud, quittent la ville.

C'en est fini, pense Calvin, considérant que Dieu le renvoie à ses chères études : derechef, il s'installe à Bâle. Mais Bucer est aux aguets : cette fois, c'est l'exemple de Jonas mené par Dieu là où il ne voulait pas aller qu'il lui rappelle ; il lui demande de venir à Strasbourg prendre soin pastoralement des Français réfugiés parce qu'ils fuient la persécution religieuse. En septembre 1538, Calvin accepte cette nouvelle charge ; il passera dans la capitale alsacienne trois années décisives du point de vue de son évolution liturgique et ecclésiologique.

Pasteur d'une communauté qui a subsisté jusqu'aujourd'hui et pour laquelle il met au point une liturgie et un psautier français, il est aussi professeur d'exégèse à la Haute École et participe à d'importants colloques ecclésiastiques. Mais il n'en poursuit pas moins ses travaux théologiques, préparant la seconde édition, latine (1539), puis française (1541), de l'Institution, publiant le premier de ses grands commentaires sur le texte clé de la Réforme, l'épître aux Romains, et un Petit Traité de la Sainte-Cène, où il précise sa conception du réalisme sacramentel : « … la communication que nous avons au corps et au sang du Seigneur Jésus […] est un mystère spirituel, lequel ne se peut voir à l'œil ni comprendre à l'entendement humain. Il nous est donc figuré par signes visibles selon que notre infirmité le requiert, tellement néanmoins que ce n'est pas une figure nue, mais conjointe avec sa vérité et substance. C'est donc à bon droit que le pain est nommé corps, puisque non seulement il le nous représente, mais aussi nous le présente. » Clairement opposée au symbolisme zwinglien, cette formulation d'une présence du Christ, garantie par le Saint-Esprit et donc réelle, recevra l'approbation de Luther vieillissant.

Cependant, Calvin n'oublie pas Genève et, comme le cardinal Jacques Sadolet (1477-1547), évêque de Carpentras, prélat humaniste et honnête, s'efforce de faire revenir les Genevois à l'Église catholique, il rédige une vigoureuse réplique à certaines accusations que le dignitaire romain a proférées contre lui : c'est l'Épître à Sadolet. Ce qu'il a voulu à Genève, ce qu'il veut partout et toujours, il l'exprime en quelques formules admirables : « Et moi, pour les retirer d'une telle erreur, n'ai point mis au vent une étrangère enseigne, a mis celui Tien noble étendard qu'il nous est nécessaire suivre si nous voulons être enrôlés au nombre de Ton peuple. »

Instamment rappelé par les Genevois, Calvin s'y rend pour quelques mois en septembre 1541, avec sa femme, la paisible Idelette de Bure, veuve d'un anabaptiste converti par lui, qu'il a épousée en août 1540. Il y restera jusqu'à sa mort et, malgré un accueil triomphal à son arrivée, devra constamment faire face aux attaques « de ceux du dehors ou du dedans ». La prétendue « dictature » qu'il est censé y avoir exercée sera, en fait, le combat quotidien d'un pasteur et d'un théologien exceptionnel contre les autorités et le peuple d'une ville facilement xénophobe et de tempérament plus frondeur que spirituellement profond.

Il met en place des « ordonnances » où sont traduits les grands principes de son ecclésiologie ; il rédige en 1542 un Catéchisme dont l'architecture (explication du symbole des Apôtres, du Décalogue, de l'Oraison dominicale, baptême et sainte cène) servira de modèle à la plupart des catéchismes réformés (c'est-à-dire calvinistes) jusqu'à nos jours ; il compose enfin, à l'instar de ce qu'il a connu et pratiqué à Strasbourg, une Forme des prières et chants ecclésiastiques, pour que la liturgie des paroisses soit conforme à la substance de l'Évangile.

Mais son ambition ne s'arrête pas là. En véritable héritier des scolastiques, il entend transformer Genève en « ville Église » et amener la population à « vivre selon l'Évangile » : d'où l'instauration d'une discipline de la cène, assortie d'une véritable police des mœurs qui sera très lourdement ressentie par les Genevois et suscitera parmi eux une opposition latente. Vivant lui-même une ascèse exemplaire, en quoi il voit la nécessaire concrétisation de l'Évangile dans sa vie, il n'a pas compris que si l'on peut s'imposer à soi-même un tel style de vie, on ne saurait forcer les autres à s'y soumettre. La rigueur avec laquelle il contraint les Genevois à vivre en chrétiens laissera dans la ville un souvenir terrible et compromettra, après sa mort, la poursuite positive de son œuvre. Et pourtant, de son vivant, la cité eut un rayonnement tel que, dans tous les pays d'alentour et spécialement en France, les persécutés « pour cause de religion » y voyaient un havre de liberté, dans lequel ils furent nombreux à venir chercher refuge. De 1540 à 1564, quelque mille nouveaux bourgeois y furent accueillis.

Les « ennemis du dehors », ce sont les « illuminés », faux spirituels qui tordent le sens des Écritures et qu'il invite à pourchasser partout où ils se manifestent, et jusqu'à la cour de Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre ; ce sont les « libertins », panthéistes amoraux ; ce sont les superstitieux de toutes sortes, astrologues et mages qui pullulent et abusent la crédulité des simples, voire la fragilité intérieure des grands ; ce sont les humanistes, sceptiques et moqueurs, qui tournent en dérision les exigences de l'Évangile et refusent le choix fondamental entre la vraie et la fausse Église. Pensant que l'ordre genevois les réprime efficacement et les amène, après des périodes d'excommunication prolongées, à retourner humblement à l'Évangile, Calvin les démasque et les dénonce partout ailleurs, et invite tous les responsables de la Réforme à n'avoir vis-à-vis d'eux ni illusions ni faiblesse. Comme Luther, il voit en eux, qui croient trouver dans le message de la liberté chrétienne un alibi à tous leurs errements, les pires ennemis du mouvement évangélique en expansion à travers toute l'Europe. Rudesse d'une époque révolue ou souci pastoral de qui connaît l'importance de l'enjeu et la fragilité de l'œuvre naissante ?…

Parfois, ces ennemis sont des personnes, pas seulement des groupes anonymes : en 1543, Calvin polémique rudement contre l'humaniste savoyard Sébastien Castellion (vers 1515-1563), qui lui semble mettre en doute l'autorité de l'Écriture. En 1551, il a un rude affrontement avec un ancien carme, Bolsec, qui rejette la double prédestination. En 1555, son adversaire est le luthérien Joachim Westphal (1520-1574), pasteur à Hambourg, qui, pour de mauvais motifs apologétiques, a pris le parti de confondre les positions calviniennes sur l'eucharistie avec celles des zwingliens. Mais la faute qui reste attachée au nom de Calvin, la faute que les protestants eux-mêmes ne lui pardonnent pas, c'est l'affaire Servet.

Nul doute que Calvin ait vu en Michel Servet (1509 ou 1511-1553) comme une effroyable synthèse et un maléfique concentré de toutes les erreurs, de tous les ennemis de l'Évangile qu'il lui fallait combattre et vaincre. Après avoir erré de ville en ville, ce médecin espagnol, qui exerçait aussi le métier de correcteur d'imprimerie et faisait montre d'une culture encyclopédique à la Rabelais, s'était aventuré dans le domaine théologique : il avait publié son De Trinitatis erroribus… en 1531 puis un exposé du christianisme dont le titre sonnait déjà comme une provocation aux oreilles de Calvin : Christianismi restitutio (1553). Dans ce mélange hétéroclite d'éléments philosophiques et évangéliques, Servet niait la divinité du Christ et la justification par la foi seule.

Cette doctrine se répand avec rapidité et connaît un succès certain. Calvin, qui considère l'homme comme un impie, mesure une fois de plus la menace qu'une telle doctrine fait courir à la Réforme. L'Église catholique ne le tient pas pour moins dangereux et, en 1553, réfugié à Vienne (Dauphiné) sous un faux nom, Servet n'échappe que de justesse au bûcher de l'Inquisition. C'est alors qu'il se rend à Genève, où il ne tarde pas à être arrêté et traduit en jugement. La coutume du temps voulait qu'il fût condamné au bûcher : il l'est, mais après un procès scandaleux, où la personne et les droits de l'accusé sont constamment méprisés et où Calvin tient un rôle déterminant.

Il ne suffit pas de constater que la Réforme tout entière approuva Calvin, le remerciant d'avoir délivré le monde d'un tel poison et d'avoir ainsi, une fois de plus, sauvé la foi. Sans doute Calvin était-il persuadé qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort et qu'il valait mieux tuer un homme que de laisser se répandre dans les âmes le venin mortel de l'hérésie et dans les Églises la peste de l'anarchie qu'elle entraîne. Il n'avait pas compris qu'en employant les procédés mêmes de l'Inquisition honnie il se mettait sur le même plan que les bourreaux de ses frères martyrs, pour qui, en 1536, il avait écrit l'Institution, et que la vérité de l'Évangile ne saurait être ni combattue ni défendue par les armes, sinon par le seul glaive de la Parole.

Comme Luther en face des paysans révoltés, Calvin a fait la tragique expérience du conflit existant entre l'annonce de l'Évangile et la défense de l'ordre établi, fût-il considéré comme chrétien. Admirable par sa passion de la vérité, dont il est le gardien, il est odieux par son intolérance vindicative.

Malgré une santé de plus en plus atteinte par des troubles circulatoires, des rhumatismes et des calculs rénaux, Calvin déploie au cours de ses dernières années une activité stupéfiante. « Arc toujours tendu », comme l'appelle un de ses amis, il vit dans un service permanent de sa bien-aimée Église : prêchant tous les jours une semaine sur deux, donnant trois leçons de théologie par semaine, prenant part de façon toujours décisive aux séances du consistoire (direction de l'Église par les pasteurs et anciens réunis) et aux colloques théologiques, visitant les malades et consolant les mourants, il trouve encore moyen de rédiger une œuvre littéraire énorme (59 volumes in-4°) et d'entretenir une correspondance de plus de 4 000 lettres avec le monde entier, depuis les simples chrétiens qu'il exhorte à persévérer dans la foi et à grandir dans la connaissance jusqu'aux Églises persécutées, et en particulier à ses chers Français, et aux princes et grands de la terre, qu'il rappelle à leurs responsabilités et à leurs devoirs d'état.

C'est ainsi que, de Genève, Calvin prend une part prépondérante à l'organisation des Églises réformées en France, auxquelles adhèrent une partie importante de la noblesse (Antoine de Bourbon, Louis de Condé, Gaspard de Coligny) et du clergé, des parlementaires, des bourgeois, des ouvriers, à tel point que, vers 1560, on peut se demander si la France, qui compte peut-être un tiers de protestants, ne va pas tout entière passer à la Réforme. Le conservatisme des masses paysannes, attachées au culte des saints et au culte des morts, que la Réforme dénonçait comme idolâtres, et la sanglante répression organisée par le pouvoir royal bloquèrent cette évolution. En 1559, lors du premier « synode national », réuni à Paris et regroupant les délégués pasteurs et laïcs des paroisses locales, Calvin envoie aux Églises un projet de confession de foi, qui, quelque peu modifié, fut définitivement adopté en 1571 au septième synode national, à La Rochelle, et porte, de ce fait, le nom de Confessio gallicana ou Confession de La Rochelle.

Cependant, Calvin porte sans cesse en lui le souci du rétablissement de l'unité chrétienne, au sens large- c'est pourquoi il encourage les efforts dans ce sens de Théodore de Bèze- et à l'intérieur de la famille évangélique : s'il échoue sur le plan luthérien, il réussit en 1549 à conclure avec les successeurs de Zwingli le Consensus tigurinus, qui unit les courants calviniste et zwinglien, ce dernier ayant abandonné la doctrine symboliste de son fondateur sur l'eucharistie ; de plus, Calvin entretient avec l'anglicanisme des rapports positifs qui contribuent à le maintenir dans le sein du protestantisme.

En 1559, Calvin couronne son œuvre genevoise en créant une académie qui jouit bientôt d'un renom international. Dirigée par Théodore de Bèze et illustrée par l'enseignement de maîtres éminents, à la tête desquels se trouve Calvin lui-même, elle compte rapidement plusieurs centaines d'étudiants venus de tous les pays d'Europe et forme bon nombre de théologiens et de laïcs qui joueront un rôle décisif dans l'extension de la Réforme dans leurs pays respectifs.

Chétif et sévère, timide et implacable, brûlé du feu intérieur qu'a allumé en lui l'Évangile, haï et craint par les uns, aimé et vénéré par d'autres, le corps consumé par l'énorme labeur que lui impose un esprit ardent et impérieux, le cœur épuisé par toutes les émotions que répercute une sensibilité cachée réagissant de façon extrême à la moindre attaque comme à la plus petite manifestation d'amitié, il va mourir après avoir communiqué ses dernières volontés à ses collègues pasteurs et théologiens, rassemblés autour de son lit. Depuis longtemps, il est seul : sa femme et son fils sont morts avant lui. Qu'importe, n'a-t-il pas de par le vaste monde des fils par milliers qui, aujourd'hui encore, lui sont redevables du plus précieux héritage : l'Évangile de la grâce, sens et liberté de leur vie ?

Une dernière fois, il parle : « Il a eu pitié de moi, Sa pauvre créature, pour me retirer de l'abîme de l'idolâtrie où j'étais plongé, pour m'attirer à la clarté de Son Évangile et me faire participant de la doctrine de salut de laquelle j'étais par trop indigne […]. Il a étendu vers moi Sa merci jusque-là de Se servir de moi et de mon labeur pour porter et annoncer la vérité de Son Évangile […]. Hélas ! le vouloir que j'ai eu et le zèle- s'il le faut ainsi appeler- a été si froid et si lâche que je me sens bien redevable en tout et partout, et si n'était Sa bonté infinie, toute l'affection que j'ai eue ne serait que fumée voire même que les grâces qu'Il m'a faites me rendraient tant plus coupable, tellement que mon recours est à ce qu'étant Père de miséricorde, Il doit et Se montre Père d'un si misérable pécheur. » Il meurt le 27 mai 1564.

Le « deuxième patriarche de la Réforme » (Bossuet) est enterré anonymement. Nul ne sait où est sa tombe.

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Au centre de la vieille ville de Pau, dans le Béarn, se dresse le château de Pau, célèbre pour avoir vu la naissance du roi de France et de Navarre, Henri IV. Ce château porte aujourd'hui les marques de cette présence imposante : les représentations diverses du « bon roi » Henri ornent les murs de toutes parts.

Mais le château, bien plus ancien en fait que l'association des royaumes navarrais et français, porte en lui les marques tourmentées de l'histoire moderne, sous la figure bienveillante du « Vert galant ». Il a été classé monument historique en 1840 et 2004.

Débuté par les vicomtes du Béarn au XI° siècle, et notamment par Centulle le Vieux, le château fut progressivement construit tout au long du Moyen Âge. Il s'agit d'un ouvrage avant tout militaire, c'est un château fort typique, construit en haut de la petite colline qui domine le Gave délimitée par le ravin du Hédas.

Dès sa construction, il prend une importance symbolique : trois pieux (paü, en béarnais) sont installés pour désigner les limites du futur château. Celui-ci désigne donc, par métonymie, la ville même. Ces pieux, symbolisant la fidélité et la droiture, se présentent chacun comme l'axis mundi, dans une version béarnaise.

Aux XII° siècle et XIII° siècle, les dynasties successives des vicomtes du Béarn font construire trois tours à cette forteresse, qui sont nommées Mazères, Billière et Montaüser (Monte oiseau).

Le XIVe siècle voit apparaître un personnage emblématique du Béarn, et qui laisse sa trace au château : Gaston III de Foix-Béarn, mieux connu sous le nom de Gaston Fébus. Ce seigneur de guerre, en situation délicate puisque, de par ses possessions, sous la gouverne des royaumes ennemis de France et d'Angleterre, fait du Béarn, « don de Dieu », une région unie et autonome. Il développa donc un réseau de places fortes afin de défendre ce territoire. Le château de Pau fut ainsi fortement transformé dans le but de devenir une citadelle imprenable.

Fébus y construit le donjon en briques, haut de trente-trois mètres, et y grave l'inscription : « Febus me fe » (« Phébus me fit », en béarnais). Il fait également réaliser la Tour de la monnaie et l'aile sud du château. Sous la direction de son architecte Sicard de Lordat et de vingt-cinq maîtres maçons, ce sont les cagots qui effectuent ces constructions.

À la Renaissance, l'installation de la cour de Navarre en 1512 modifie sensiblement l'aspect du château. De forteresse qu'il était au départ, il devient une résidence d'agrément. Henri d'Albret y réside accompagné de son épouse Marguerite d'Angoulême, sœur de François Ier, et plus connue sous le nom de Marguerite de Navarre, auteur de l'Heptaméron.

Ils marquent le lieu de leurs initiales, présentes sur les murs et les plafonds, que l'on a veillé à conserver et à reproduire au cours des restaurations ultérieures. Les deux souverains sont à l'origine de l'aménagement d'une terrasse au sud ainsi que de la cour d'honneur, de la construction de l'escalier d'honneur à la place des anciennes cuisines, de l'installation des nouvelles cuisines dans l'aile nord et de l'aménagement des jardins.

Le futur Henri IV naît au château le 13 décembre 1553. La renommée de ce roi, bercé enfant dans une carapace de tortue précieusement conservée, donne au château, qui ne le vit ni grandir ni mourir et où il ne fit aucun embellissement, un goût particulier.

Après le passage illustre du futur roi Henri et le décès de ses grands-parents, plus aucun souverain ne résidera à Pau jusqu'au XIX° siècle. Le château fut confié à la garde de la famille des Gramont, et fut ainsi entretenu, mais son mobilier d'apparat fut progressivement enlevé et une grande partie de son domaine lui fut amputé sous la pression constante de la ville qui s'étendait.

Bien que préservé de la démolition sous la Révolution française, le château arrive en piteux état lorsque Louis-Philippe décide d'entièrement le restaurer. Celui-ci voulut allier les idéaux de la Révolution et ceux de la monarchie, il eut donc l'idée de restaurer à partir de 1838 le château de celui qui réconcilia catholiques et protestants pour en faire une résidence royale, mais il n'y résidera cependant pas.

Comme il fallait que ce château conservât son caractère henricien, on y plaça de très nombreux objets de style néo-Renaissance et néo-gothique. Le berceau légendaire d'Henri IV, pièce phare du château, fut placé au deuxième étage dans une pièce qu'une tradition incertaine donne pour être la chambre d'Henri IV. À cette époque-là, on y plaça une magnifique collection de tapisseries (XVIe - XIXe s), pour rappeler l'époque fastueuse du bon roi... opération qui ne se fit pas sans dommage :

« (...)des architectes ne craignirent pas de se livrer à de véritables dépeçages. Lorsque sous Louis-Philippe, fut aménagé le château de Pau, d'admirables pièces - on en compterait plus d'une centaine - furent séparées de leurs bordures, ou rognées, ou rempliées afin de participer, en dépit des différences de mesures, à la décoration de surfaces trop étroites ou trop peu symétriques pour les recevoir. On retrouva dans les greniers une caisse de fragments tombés des découpures. Un de ces fragments appartenait à l'Air, pièce d'entre-fenêtre des Éléments, entamée de plus du tiers (...) ».

L'extérieur du château est également fortement remodelé avec l'ajout d'une tour factice à l'ouest (tour Louis-Philippe) par symétrie à la tour Mazères, la transformation de l'avant-corps de garde en chapelle et la destruction de l'ancien couloir fortifié.

Louis-Philippe, rénovateur de la demeure comme il le fut de Versailles, exilé en 1848 en Angleterre où il mourut deux ans plus tard, ne put jamais séjourner dans ce lieu. Les restaurations avaient été confiées à l'architecte départemental Vincent Latapie. Les restaurations du château arrêtées en 1848 sont reprises en 1852.

Avant celui d'Amboise, le château servit de prison dorée du 29 avril au 3 novembre 1848 à l'émir Abd El-Kader, vaincu par la France en Algérie. Très vite, l'image du chef de guerre exotique cède le pas à celle d'un hôte aimé, révéré. Au moment de partir pour Amboise, le 3 novembre 1848, l'émir se retourne et déclare : « En quittant Pau, je laisse un morceau de mon cœur ». Cela est d’autant plus vrai que plusieurs de ses enfants, morts lors de son incarcération sont enterrés au cimetière de Pau.

En 1853, Vincent Latapie est remplacé par l'architecte Alexis Paccard, déjà responsable du château de Rambouillet. En 1857,  Alexis Paccard est remplacé par Louis-Auguste Couvrechef comme architecte du château. À sa mort, un an plus tard, Gabriel-Auguste Ancelet est nommé architecte du château. Ancelet s'est intéressé au portique d'entrée du château reliant la tour Gaston Fébus à une nouvelle aile. Les destructions des bâtiments côté ville avaient fait apparaître un mur du château sans aucune ouverture. Il fallait pour lui faire entrer l'air et la lumière dans la cour d'honneur du château qui était jusque-là sombre et humide. En 1859, on commence la démolition du bâtiment est, puis on construit le portique. Les deux médaillons représentant Henri d'Albret et Marguerite de Valois placés au-dessus sont commandés en 1861 au sculpteur Charles-Martial Baury par le comte Emilien de Nieuwerkerke.

À la même époque sont construits les bâtiments reliant le portique à la tour Montaüser. Pour la façade, Ancelet reprend celle des bâtiments de la cour attribués à Gaston III. Après la nomination d'Ancelet comme architecte du palais de Compiègne, en 1854, il est remplacé comme architecte des résidences impériales de Pau et Biarritz par Auguste Lafollye. Celui-ci restaure la chapelle, renforce l'escalier d'honneur, reprend la façade de l'aile du midi, établit une bibliothèque dans le salon Bernadotte pour y installer les six mille livres achetés en 1867 par Napoléon III à l'ancien maire de Pau André Manescau. Le château a reçu la visite de Napoléon III mais également celles, plus nombreuses, de l'impératrice Eugénie lors de ses multiples cures thermales dans le Sud-Ouest. En 1868, c'est la reine d'Espagne, en fuite, Isabelle II et sa suite qui logent au château.

La IIIe République fit du château une résidence présidentielle avant de devenir, en 1926, le Musée national qu'il est resté et qui abrite les œuvres conservées depuis l'époque d'Henri IV et surtout lors de la restauration opérée par Louis-Philippe.

Les collections s'accroissent chaque année autour de la thématique henricienne. Il accueille actuellement plus de 100 000 visiteurs par an, ce qui en fait le site patrimonial le plus visité des Pyrénées-Atlantiques.

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rosny

Maximilien de Béthune, Duc de Sully, ministre de Henri IV, fit construire, à la fin du XVIème siècle, le château de Rosny au bord de la Seine, en aval de Mantes-la-Jolie, sur les bases d’un château médiéval. La demeure était alors composée d’un plan en quadrilatère avec quatre pavillons d’angle, la cour étant ainsi délimitée par un mur-écran. L’ensemble castral était ceint de fossés.

Resté propriété des Béthune-Sully jusqu’en 1718, le château est vendu au Comte de Sénozand qui se contente de remettre le parc au goût du jour.

Au milieu du XVIIIème siècle, son fils fait élever, au bord de la Seine, un élégant pavillon de bain attribué à Jacques-Ange Gabriel. La propriété passe par alliance à la famille de Talleyrand-Périgord en 1779. Elle lui est restituée après la Révolution. En 1817, la propriété est achetée par M. Mourraux, négociant, qui la revend, l’année suivante, au Duc et à la Duchesse de Berry. La mort du prince en 1820 ne change rien aux dispositions de son épouse qui fait de Rosny sa résidence favorite. C’est elle qui confie à son architecte, Joseph-Antoine Froelischer le soin d’agrandir la demeure. Celui-ci va compléter, en 1826, les ailes laissées inachevées à la mort de Sully, puis élèvera en 1826 devant la façade d’entrée un grand avant-corps d’un seul niveau couvert d’une terrasse. A la même époque, le jardin classique est transformé en parc à l’anglaise sur un projet du peintre Eugène Isabey. Après la révolution de 1830, le château est la propriété du banquier Stone, jusqu’en 1836. Le mobilier, dont 235 tableaux est, alors vendu aux enchères. Le château appartient ensuite, de 1840 à 1869, au Comte Lemarrois qui le sauve de la ruine mais sacrifie les ailes reconstruites 12 ans plus tôt et transfère l’oratoire qui s’y trouvait dans le pavillon du bain du parc. Il appartient par la suite aux Lebaudy (1869-1955) qui font dessiner les jardins par Achille Duchesne. Il passe de 1955 à 1985 aux mains de la famille Hertz (1955-1985) et enfin à une société japonaise.

Cette dernière a procédé à la mise en vente du mobilier dont plusieurs éléments ont dû être classés d’office pour faire face aux menaces d’exportation. Huit tentures ayant pour thème " l’histoire de Psyché " et " le sacrifice à la gloire d’Alexandre " ont pu être ainsi préemptées par l’Etat en 1994 (cf. fiche ci-après).

Le château a, par ailleurs, souffert d’une absence totale d’entretien et de surveillance qui a entraîné de nombreuses effractions suivies de vols et de déprédations. Cette situation a abouti à l’incendie du 24 janvier 1997. Le feu a pris au premier et deuxième étage du pavillon latéral nord. Il s’est rapidement propagé aux combles de ce pavillon puis s’est transmis à la charpente du corps de logis principal, détruisant en partie les aménagements intérieurs.

Le souci de préserver ce qui subsistait d’une des plus prestigieuses demeures d’Ile-de-France en assurant le rétablissement du clos et surtout du couvert au moyen d’une couverture provisoire a justifié la mise en place de la procédure de mise en demeure du propriétaire en vertu des dispositions de l'article 9- 1 de la loi du 31 décembre 1913. Des travaux de stricte conservation consistant principalement en une mise hors d'eau et hors d'air du monument ont alors été proposés au propriétaire. La totale défaillance de ce dernier a conduit à leur exécution d'office par et aux frais de l'Etat sous la maîtrise d'oeuvre de M. Bruno Chauffert- Yvart, chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine.

Le Château de Sully a été classé par arrêté du 11 juillet 1941 : " Château y compris son parc et ses dépendances ".

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François

Né à Cognac (France) le 12/09/1494 ; Mort à Rambouillet (France) le 31/03/1547

Roi de France de 1515 à 1547, François Ier apparaît comme un monarque de caractère, avide de gloire, enjoué, séducteur et fougueux, mais ferme quand c’est nécessaire. Lancé dans les guerres d’Italie, il s’est heurté, pendant la quasi-totalité de son règne, à la puissance habsbourgeoise. Mais ces conflits n’ont jamais affecté son amour de l’élégance, du raffinement et de la culture, bien au contraire. François Ier a laissé à la France de formidables témoignages de la Renaissance italienne.

Né à Cognac le 12 septembre 1494, François Ier est  le fils de Charles de Valois-Orléans et de Louise de Savoie. Orphelin de père à deux ans, il grandit sous l’influence de sa mère et de sa sœur, Marguerite d'Angoulême, qui toutes deux lui lèguent le goût du raffinement. Son cousin germain, Louis XII, roi de France à partir de 1498, le prend également sous son aile, comblant souvent la présence paternelle.

Très vite, son ardeur dans l’apprentissage, sa bravoure dans les tournois et son caractère enjoué conquièrent tous les cœurs. À cet instant, rien ne destine le jeune homme à la royauté. Mais en 1514, il épouse Claude de France, fille de Louis XII, devenant ainsi duc de Valois. À la mort du roi, cette union fait de François Ier le seul héritier au trône de France. Le 25 janvier 1515, il est sacré à Reims et entreprend de poursuivre la politique de ses prédécesseurs.

Ainsi, sur les pas de Charles VIII et de Louis XII, François Ier marche sur l’Italie avec son armée. Commandée par cet homme athlétique à la stature colossale, courageux et plein d’ardeur, les troupes écrasent les Suisses sans difficulté lors de la bataille de Marignan, en septembre 1515. Dans la victoire, le jeune roi est fait chevalier par le seigneur de Bayard et rentre au pays couronné de gloire et d’admiration.

Les prétentions du monarque ne s’arrêtent pas là. En 1519, l'empereur Maximilien meurt et laisse le trône du Saint Empire romain germanique vacant. François Ier se porte aussitôt candidat à l’élection impériale, espérant subtiliser le trône au roi d’Espagne, Charles Ier. Mais c’est sans compter sur l’or des Fugger, un crédit reposant sur les mines du Nouveau Monde, qui oriente le choix des princes électeurs sur l’ennemi de François Ier.

Ce que le monarque français craignait se produit donc : le royaume est encerclé par les possessions de Charles d’Espagne, devenu Charles Quint. La principale préoccupation de François Ier consiste alors à conclure le plus d’alliances possibles avec les autres puissances, ce qui le mène à organiser l'entrevue au Camp du Drap d'or, en 1520. Mais le déploiement de richesse du roi français ne convainc pas le roi d’Angleterre, Henri VIII, qui préfère se rallier à Charles Quint.

François Ier se lance courageusement dans la guerre qui, très vite, tourne à son désavantage. En 1522, il essuie une défaite contre les impériaux à la Bicoque, perdant ainsi le Milanais. Dès l’année suivante, la trahison du connétable de Bourbon l’affaiblit encore. Il n’hésite toutefois pas à entreprendre le siège de Pavie, en 1525. La situation est de plus en plus périlleuse pour les forces françaises, mais François Ier refuse de se déshonorer en reculant. Sa persévérance et son impétuosité le conduisent à la défaite. Il est fait prisonnier.

Il n’est libéré qu’après la signature du traité de Madrid, dont il ne respecte aucune des clauses à sa libération, relançant la guerre au sein de la Ligue de Cognac (alliance avec le pape), jusqu’au traité de Cambrai (1529). Malgré son mariage avec Éléonore de Habsbourg, la paix est provisoire. En effet, François Ier n’hésite pas à s’allier aux moindres mouvements organisés contre l’empereur. Il soutient ainsi les protestants allemands en 1531, puis les Turcs en 1536. Au final, le conflit ne s’achève qu’avec la signature du traité de Crépy, en 1544.

Malgré le contexte de la guerre, François Ier mise énormément sur le développement intellectuel et artistique en France. Même si certains lui reprochent son intelligence superficielle, sa curiosité sans borne pour tous les domaines de la connaissance l’amène à protéger poètes, écrivains et humanistes, tels que Marot, Ronsard, Guillaume Budé et Lefèvre d'Etaples. Il ouvre ainsi la voie au mécénat royal. Dans cette optique, il fonde en 1530 le fameux Collège français, où le grec, le latin et l’hébreu sont enseignés.

Depuis sa première expédition, il est tombé sous le charme de la Renaissance italienne. Il ne tarde donc pas à s’entourer des meilleurs artistes, afin d’introduire ce style au sein du royaume. Depuis 1516, Léonard de Vinci réside en France et est chargé, entre diverses commandes, d’élaborer les plans du château de Chambord. Par ailleurs, Jean Clouet détient le titre de peintre officiel royal, jusqu’en 1530, date à laquelle il est remplacé par le peintre Fiorentino Rosso. Dans le domaine architectural, François Ier fait restaurer le château de Blois, le Louvre, et surtout, fait agrandir et décorer le château de Fontainebleau pour le plus grand bonheur de la cour.

La cour, justement, devient très vite un terrain de plaisir, de culture et de somptuosité. Prisant ce style de vie, François Ier peut aussi garder un œil sur les seigneurs tout en les fidélisant par de nombreuses faveurs.

Au cœur des inquiétudes de la guerre, François Ier veut renforcer son pouvoir sur le royaume. Dans ce but, il tente de centraliser l’administration, restreint le Conseil du roi à une poignée de loyaux conseillers, réunifie le pays en s’emparant des terres du connétable de Bourbon et quiconque s’adresse au roi est contraint d’employer le terme "sa majesté". Par ailleurs, au cours des années 1530, le parlement se voit privé de son droit de remontrance tandis que des agents royaux occupent toutes les provinces.

En outre, le roi, victime de l’affaire des placards, se fait de moins en moins tolérant envers les protestants. Selon lui, la royauté ne doit pas se soumettre à la religion, comme en témoigne son concordat de Bologne en 1516, plaçant les évêques français sous son autorité. Enfin, l’édit de Villers-cotterêts, en 1539, par lequel il fait du français la langue officielle du royaume, témoigne également des ses visées absolutistes.

Après un règne de 32 ans, François Ier, malade depuis des mois, meurt le 31 mars 1547. Son second fils, Henri II, lui succède. Ces années de pouvoir restent marquées par les guerres d’Italie et ses confrontations avec Charles Quint. Bien qu’il n’ait remporté aucune victoire décisive, son courage, sa détermination et son ardeur ont tout de même permis de maintenir l’équilibre du royaume. En outre, François Ier, en introduisant l’art de la Renaissance italienne en France, laisse dans son sillage un rayonnement artistique et culturel grandiose.

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coligny

Gaspard de Coligny (16 février 1519 à Châtillon-sur-Loing-24 août 1572 à Paris) comte de Coligny, baron de Beaupont et Beauvoir, Montjuif, Roissiat, Chevignat et autres lieux, seigneur de Châtillon, amiral de France. Il est l’un des membres les plus connus de l’illustre maison de Coligny.

C’est le fils de Gaspard Ier de Coligny, maréchal de France sous François Ier, et de sa femme Louise de Montmorency. Il est le frère d’Odet, cardinal de Châtillon et de François de Coligny d’Andelot.

Gaspard de Coligny naquit à Châtillon. Son père était d’une famille ancienne et avait épousé en 1514 Louise de Montmorency, veuve de Fercy de Mailly dont elle avait trois enfants. Un des frères de Louise était Anne de Montmorency, qui fut connétable de France entre 1538 et 1541[1]. Gaspard Ier mourut en Guyenne en 1522. Gaspard II avait trois ans, et s’était déjà fait remarquer par son goût pour les jeux guerriers. Il fut élevé par sa mère, Louise, avec ses trois frères : ses aînés Pierre (1515-1528) et Odet (1517) et son cadet François (1520).

Les jeunes Coligny reçurent une éducation humaniste. Leur précepteur, Nicolas Bérault, correspondait avec Érasme et Guillaume Budé. A cette époque, un gentilhomme étudiait le trivium et le quadrivium, mais également les arts de cour (notamment la danse et le jeu de paume) et les arts de guerre (équitation et escrime) auxquels Gaspard et ses frères s’initièrent sous la tutelle d’un ancien soldat, Guillaume de Prunelay. Depuis la mort du père, l’oncle de Montmorency surveillait cette éducation et il nota avec satisfaction les progrès de Gaspard en latin qui auguraient d’un avenir écclésiastique. Mais le jeune homme se rebella. Il voulait faire carrière dans l’armée.

En 1530, Louise de Montmorency, la mère de Gaspard, fut nommée dame d’honneur d’Éléonore d’Autriche et la famille se retrouva à la cour. Celle-ci était une des plus brillantes d’Europe. Les grandes maisons s’y disputaient la faveur du roi et le clan des Montmorency y jouissait d’ une influence grandissante.

Politiquement, la France, son rival l’empire de Charles Quint et les Etats Pontificaux étaient les plus grandes puissances européennes. Il faut y ajouter l’Angleterre dont le soutien pouvait faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre en cas de conflit. Sur le plan religieux, la France s’était engagée dans la voie d’une certaine indépendance avec le concordat de Bologne. L’humanisme se répandait et avec lui une critique des pratiques religieuses qui appelait des réformes et provoquait des oppositions au sein de l’université et des ordres religieux inquiets de la diffusion des idées luthériennes[2]. En 1530 paraissait une édition de la vulgate traduite par Jacques Lefèvre d’Étaples. La propre sœur du roi, Marguerite d’Angoulême, était influencée par les idées réformistes et lorsque les Coligny arrivèrent à la cour le roi tolérait encore cette effervescence.

En 1533, l’année du schisme entre Rome et l’Angleterre, François Ier maria son fils Henri, le dauphin, à la nièce du pape Clément VII, Catherine de Médicis. Reconnaissant, le pape offrit à la France sept places de cardinaux, dont Odet de Coligny, qui avait à peine 16 ans, fut un des bénéficiaires.

En 1534 éclata l’affaire des placards qui allait déclencher une répression sévère contre les luthériens. François Ier était néanmoins embarrassé car il ne voulait pas s’aliéner les princes allemands favorables à la réforme.

Pendant ce temps Coligny poursuivait ses études en compagnie des enfants du roi avec pour maître Guillaume du Maine, abbé de Beaulieu[3]. Il étudiait Cicéron, Ptolémée, et découvrait la cosmographie alors en plein essor. La cour se déplaçait beaucoup, et les jeunes Coligny suivaient le roi de château en château. Gaspard s’était fait des amis, notamment le jeune François de Guise. Avec son frère François, il jouissait d’une certaine popularité qui fit que la disgrâce de Montmorency, en 1541, n’affecta pas leur présence à la cour. Montmorency avait cherché à éviter la guerre avec les forces impériales, celle-ci devenait inévitable. En 1542, les Coligny allaient faire leurs premières armes

1542-1546 : les premières armes

Odet avait choisi la carrière ecclésiastique, l’oncle de Montmorency était écarté de la cour, il ne restait aux jeunes Coligny que les armes pour se faire un nom. La guerre déclarée contre Charles Quint, Gaspard fit campagne au Luxembourg, en Flandres, en Italie où il participa à la victoire sans lendemain de Cérisoles. La paix signée avec l’empereur (1544) il prit part à l’offensive navale commandée par Claude d’Annebaut contre les anglais. Plusieurs fois blessé dans ces combats, il se distingua pour son audace. La paix fut signée avec Henri VIII d’Angleterre en 1546 laissant Coligny libre de faire, comme c’était l’usage à l’époque pour les jeunes gens de bonne famille, un voyage en Italie. Il séjourna notamment à Ferrare chez la duchesse d’Este, mais la mort de François Ier le 31 mars 1546 précipita son retour en France

Un des premiers gestes du nouveau roi fut de rappeler l’oncle de Gaspard, le connétable de Montmorency. Gaspard, quant à lui, fut nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et décoré de l’ordre de Saint-Michel. En 1547, il reçut la charge de colonel général de l’infanterie. Cette même année fut marquée par la mort de sa mère, Louise de Montmorency, qui s’était beaucoup rapprochée des idées de la réforme, et par son mariage avec Charlotte de Laval, fille du comte Guy XVI de Laval. L’année suivante son cadet, François, épousa à son tour une riche héritière. Mais la cour d’Henri II était un foyer d’intrigues où le clan des Montmorency et celui des Guise, soutenus par la toute-puissante maîtresse du roi, Diane de Poitiers se disputaient les faveurs d’Henri II.

Le règne d’Henri II commença par une reprise des persécutions contre les réformés et des menaces du côté anglais qui refusait toujours de rendre Boulogne occupée. L’Angleterre lorgnait alors sur le trône d’Écosse, dont Marie Stuart avait hérité à la mort du roi Jacques Ier d’Écosse en 1542. Un mariage entre Edouard VI d’Angleterre, qui venait de succéder à Henri VIII mort en 1548, aurait réuni les couronnes d’Angleterre et d’Écosse, ce dont les Guise, notamment François, oncle de Marie Stuart par sa sœur Marie, ne voulaient à aucun prix. Coligny fit partie de la délégation qui se rendit à Londres pour négocier la paix. Il rencontra le jeune Édouard VI sous le règne duquel la réforme anglicane se radicalisait pour se rapprocher du protestantisme. De retour à Paris, se jugeant mal récompensé des efforts qu’il avait déployés au service du roi, Coligny se retira sur ses terres et profita de ses loisirs pour rédiger un code militaire très rigoureux qui avait pour but de moraliser le comportement des troupes.

Le roi la rappela bientôt et Coligny repartit en campagne. Écarté du siège de Metz par François de Guise, il contribua à la victoire de Renty. Il fut nommé amiral de France en 1533 puis gouverneur de Picardie.

En 1557, après la rupture de la trêve de Vaucelles passée avec Charles Quint, l’armée espagnole assiège Saint-Quentin, défendu par Coligny. Après beaucoup de résistance, il doit se rendre, mais son action a empêché l’invasion.

Après la mort du roi Henri II, las des intrigues de la cour, il résigna tous ses emplois et se retira dans ses terres : dans cette retraite, la lecture des livres des novateurs changea ses opinions religieuses, et il embrassa la Réforme.

Coligny se convertit, essentiellement à l’instigation de sa femme et de son frère, Odet, cardinal de Coligny.

En 1562, lorsque la guerre éclata entre le parti protestant et le parti catholique, Coligny est nommé par le premier lieutenant général ; il combat sous les ordres du prince de Condé, et perd avec ce prince la bataille de Dreux contre le duc François de Guise.

Il choisit le capitaine huguenot Jean Ribault en 1562 pour établir une colonie en Floride avec 150 de ses coreligionnaires avec l’autorisation du roi Charles IX.

En 1563, on l’accuse d’avoir commandité l’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré. La mort de ce dernier, assassiné sous les murs d’Orléans, amena quelques années de paix.

Les armes ayant été reprises de part et d’autre en 1567, il quitte la cour avec Condé pour se réfugier en Bourgogne, puis à La Rochelle. Il est considéré, avec Louis Ier de Condé, François de Coligny et Guyonne XVIII de Laval, comme instigateur de la « poursuite de Meaux », en 1567, qui est une tentative des protestants pour saisir le roi Charles IX de France et la reine-mère Catherine de Médicis.

Coligny prend part au combat indécis de Saint-Denis. La troisième guerre de religion voit les défaites s’accumuler : d’abord Jarnac (13 mars 1569, où Condé est assassiné. Puis, malgré la victoire de La Roche-l’Abeille, il perd du temps au siège de Poitiers car ses mercenaires, non payés, veulent du butin, et il doit lever le siège avant d’être battu et blessé à Moncontour (3 octobre 1569), où il est défait par le duc d’Anjou, futur Henri III.

Coligny fuit alors vers le sud avec ses troupes, échappe à Monluc et Montmorency-Damville, et rejoint l’armée des « vicomtes » en Languedoc. Il peut alors reprendre l’initiative, lève des troupes, pille les villages catholiques, prend Saint-Étienne, remporte la victoire à Arnay-le-Duc et remonte en 1570 jusqu’à La Charité-sur-Loire, menaçant ainsi Paris. Le roi cède, et c’est alors la paix de Saint-Germain (8 août 1570).
Statue de Coligny, oratoire du Louvre (contrairement à ce qu’indique la statue, il est bien né en 1519).
Statue de Coligny, oratoire du Louvre (contrairement à ce qu’indique la statue, il est bien né en 1519).

Coligny cherche alors à rentrer dans les bonnes grâces de Charles IX, qui l’a condamné à mort et a fait confisquer ses biens. En 1571, il rentre à la cour et le roi lui fait bon accueil.

Les catholiques de la cour, cependant, le haïssent, et son influence sur le roi reste limitée. Sa proposition d’intervenir en Flandre contre l’Espagne est ainsi rejetée par trois fois.

Le massacre de la Saint-Barthélemy se préparait, et l’amiral en est une des premières victimes.

Le 22 août 1572, peu après le mariage d’Henri de Navarre (futur Henri IV), Maurevel tire sur Coligny depuis une maison appartenant aux Guise. Les historiens se partagent sur la responsabilité de cet attentat :

* Catherine de Médicis en personne

* les Guise

* le duc d’Albe, pour le compte de Philippe II d’Espagne

Toujours est-il que Charles IX se rend au chevet du blessé, et lui promet justice. Mais l’assassinat de tous les chefs protestants est décidé, et dans la nuit du 23 au 24 août 1572 a lieu le massacre de la Saint-Barthélemy. Coligny est achevé dans son lit, et son corps est jeté par la fenêtre dans la cour par Charles Danowitz.

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(Pau, 1553 - Paris, 1610.) Roi de Navarre (1572-1610) et roi de France (1589-1610).

Le plus populaire, le plus truculent aussi des souverains français aurait pu voir le jour dans la vallée du Loir, où résidait alors son père, Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. Mais, assure-t-on, le grand-père maternel, Henri d’Albret, exigea que sa fille Jeanne revint en pays béarnais de manière que le nouveau-né ne fût pas un enfant « pleureur et rechigné ».
Dans l’élan romantique du XIXe siècle, le peintre Eugène Devéria a rapporté la naissance du futur roi, présenté triomphalement à une assistance aussi hétéroclite qu’enjouée du château de Pau, dans laquelle ni le bouffon ni le chien n’ont été oubliés. En l’élevant au-dessus de l’assistance, Henri d’Albret, au comble de la félicité et de l’orgueil, se serait écrié : « Ma brebis a enfanté un lion ! » Puis il aurait frotté les lèvres du bébé avec de l’ail et humecté son visage avec du vin de Jurançon...

Né sous d’aussi heureux et originaux auspices, le jeune Henri recevra, par la suite, une éducation tout aussi insolite pour un futur monarque.
Confié à Madame de Miossens, qui possède un domaine campagnard, il s’ébat avec les petits villageois. Il court la campagne en leur compagnie, partage leurs jeux, leur nourriture frugale, ne se distinguant nullement par son habillement, au contraire. Mais, à partir de 1560, nommé lieutenant général du royaume de France à la faveur de l’avènement de Charles IX, Antoine de Bourbon fait venir les siens à Paris. Son fils charme aussitôt la cour du Louvre par sa spontanéité et ses reparties.
Le collège de Navarre l’accueille et lui prodigue une éducation qui est alors celle des nobles de l’époque. Mais la mort d’Antoine de Bourbon, en 1562 au siège de Rouen, incite Jeanne d’Albret à regagner ses États, acquis à la Réforme et dont elle partage les convictions. Ainsi Henri de Navarre devient calviniste, situation qui le mènera aux pires aventures et lui barrera un moment la route du trône, ce trône auquel il peut prétendre à la mort du duc d’Anjou, frère d’Henri III, lui-même sans postérité.
Jeanne d’Albret accorde d’ailleurs tous ses soins à cette probable échéance. Henri est à peine âgé de 15 ans lorsque sa mère le conduit au camp des huguenots de La Rochelle. C’est le début d’une initiation militaire qui le fait assister au combat de Jarnac, où le prince de Condé trouve la mort. L’événement hisse d’emblée le jeune Béarnais au titre nominal de chef du parti protestant sous la direction de fait de l’amiral de Coligny. Car, une fois encore, Jeanne d’Albret ne laisse pas passer l’occasion de pousser son fils sur la route du pouvoir. Elle arrive au camp de l’armée des réformés à Saintes avec Henri et le jeune prince de Condé et déclare aux chefs et aux soldats rassemblés : « Mes amis, voici deux nouveaux chefs que Dieu vous donne et deux orphelins que je vous confie. »
Ce don est trop précieux pour être exposé d’emblée aux coups de l’adversaire. Henri assiste de loin à la malheureuse journée de Moncontour (octobre 1569) au sujet de laquelle, malgré son jeune âge, il émet de judicieuses remarques quant à l’action erronée de Coligny.
Ses pérégrinations de jeunesse dans les collines béarnaises le rendent apte à cette guerre de « coups de main » qui caractérisent par la suite la lutte dans le Midi. Henri s’y initie à la conduite de petites unités, surgissant à l’improviste et disparaissant aussitôt, circonstances qui développent son sens tactique du combat.
Le confirme bientôt sa participation heureuse au succès de Coligny à Arnay-le-Duc*,
événement qui incitera Catherine de Médicis à conclure la paix de Saint-Germain-en-Laye (1570).
Le gage de réconciliation est le mariage du Béarnais avec Marguerite de Valois, la « reine Margot », soeur de Charles IX, avec laquelle il ne s’entendra guère. Cette fois, après l’éducation militaire, voici celle de la Cour... plus subtile, plus » florentine » et tout aussi dangereuse, puisqu’en 1572 le décès de Jeanne d’Albret a fait d’Henri
un roi de Navarre à peine âgé de vingt ans. La Saint-Barthélemy est proche et le parti des conjurés se pose la question de savoir s’il convient de laisser le jeune souverain sur la liste des condamnés.
Charles IX obtient rémission à grand-peine, à condition que son beau-frère abjure. Opportuniste, Henri préfère la messe à la mort, compose habilement avec cet entourage bien dangereux « mettant au-devant des chagrins qui lui troublaient l’esprit une perpétuelle sérénité de visage et une humeur toujours enjouée », notera un chroniqueur.
Cette belle humeur devant le danger, cette constance dans l’infortune caractérisent ce personnage mûri par les épreuves dès le plus jeune âge. A la science de l’homme de guerre, à son courage s’ajoutent, en effet, le flair du subtil manœuvrier, et aussi la ruse du diplomate qui cache ses meilleurs coups derrière une habituelle faconde. Elle le rend d’emblée sympathique et fait tomber réticences et préjugés chez  l’interlocuteur.

Esprit vif et observateur, Henri de Navarre sait merveilleusement s’adapter aux circonstances. Son jugement est sûr, son observation toujours réaliste et son bon sens de « paysan béarnais » lui permettent d’éviter les embûches, d’éventer les pièges et, bien souvent, de retourner en sa faveur des situations compromises. La patience fait le reste autant qu’une volonté, un entêtement solides et une claire vision du but à atteindre. C’est là assurément un des acquis de l’éducation personnelle donnée naguère par Jeanne d’Albret et dont les bienfaits se révèlent maintenant.
Durant près de quatre années, Henri joue donc de ces ressources pour duper le parti extrémiste de la Cour, qui ne l’apprécie guère. Il réprime habilement en lui le ressentiment qui l’a tant fait souffrir à son arrivée à la Cour. Il cache sa résignation douloureuse au lendemain de la Saint-Barthélemy. Il fait taire ses sentiments de révolte devant les sarcasmes des courtisans autant que devant l’inconduite de la « reine Margot ». Patelin, bonasse, il attend son heure. Elle vient un jour de février 1576, au cours d’une chasse en forêt de Senlis. Celui qui est, en fait, un « otage de la Cour » profite d’un écart dans le bois pour prendre le large. Le roi de Navarre galope vers le sud, bride abattue, atteint la Loire, se rétracte de son abjuration au passage à Tours et gagne le Poitou, terre calviniste. Là, le fugitif prend la tête de ses partisans et son emprise s’étend pratiquement jusqu’au Languedoc.
La constitution de la Ligue*, à l’instigation du duc de Guise, annule les heureux effets du traité de Beaulieu. Les hostilités reprennent en 1577. Henri s’empare de Marmande et de La Réole. Ces événements alternent avec des périodes de négociations que caractérisent l’édit de Poitiers, la paix de Bergerac et l’ordonnance de Blois de 1579. En vain. Les positions sont trop tranchées de part et d’autre pour qu’un accord soit durable.
En 1580, le roi de Navarre fait tomber la place de Cahors, important bastion catholique entre la vicomté de Limoges et le bassin de la Garonne. Les paix de Nérac* et de Fleix* ne sont que des entractes entre deux campagnes. L’assemblée protestante de Montauban confère au Béarnais le titre de protecteur des Églises en 1581. L’année suivante, l’assemblée de Saint-Jean-d’Angély définit ses pouvoirs. Mais l’événement le plus important de cette époque fertile en rebondissements est sans conteste la mort du duc d’Anjou, frère d’Henri III, en juin 1584. L’absence d’héritier royal élève d’emblée le roi de Navarre au rang d’héritier de la couronne.
Cette fois, pour les catholiques, la mesure est à son comble. Fidèle reflet de la pensée de la famille de Guise, la Ligue s’émeut. L’émotion s’étend jusqu’à Madrid, où la perspective d’une France réformée incite Philippe II à promettre 50 000 écus par mois et des volontaires pour « extirper sectes et hérésies ». Devant Henri III se dresse désormais le puissant et entreprenant duc de Guise, qui se targue d’une ascendance carolingienne !
La lutte redouble de 1586 à 1589 et porte le nom de « huitième guerre civile » ou « guerre des trois Henri ».
Malgré son brillant succès de Coutras* sur Joyeuse, mignon d’Henri III, le roi de Navarre ne semble pas au bout de ses peines, car jamais Henri de Guise n’a été plus près du trône, cette année 1588 qui le voit « roi de Paris ». La couronne est à sa portée. Par excès de confiance et d’orgueil, il temporise, désirant un succès total. Suffisance fatale qui servira la cause du Béarnais.
Bafoué par les Guise et les ligueurs, Henri III se rebiffe. Dagues et épées des
Quarante-cinq mettent brutalement un terme aux ambitions du Balafré. Par haine des seconds, Henri III se rapproche du roi de Navarre, suivant en cela les conseils des membres du parlement de Paris, installé à Tours. Le 30 avril 1589, près de Plessis-lez-Tours, pour la première fois depuis treize ans, le roi en titre rencontre celui qu’on appelait naguère Henriquet. L’armée du Béarnais campe de l’autre côté du Cher. Mais le roi de Navarre n’a, cette fois, nul besoin de la force pour faire triompher sa cause. Les cris des assistants suffisent à montrer que l’heure est celle de la conciliation : « Vive le roi ! », lancent certains, auxquels répondent les exclamations de « Vive le roi de Navarre ! » et, fait significatif, de « Vive les rois ! ».
Pour Henri III, le souhait ne se réalisera pas, puisque le poignard du moine Clément met bientôt un terme à son existence. Mais le monarque a eu suffisamment de lucidité et de bon sens pour sceller à Plessis-lez-Tours l’unité retrouvée du royaume. Henri de Navarre est le successeur désigné. La Ligue est moralement vaincue. Encore convient-il de confirmer cette constatation sur le terrain.

Pour le futur Henri IV commence dès lors la troisième partie du triptyque : prétention, confirmation, consécration. La tâche est d’autant plus difficile à réaliser qu’à l’image de Charles VII, « roi de Bourges », face aux Anglais, Henri n’est en fait que le « roi des huguenots du Sud-Ouest », même s’il est venu mettre le siège devant Paris aux côtés du défunt souverain.
Le tout-puissant Philippe II d’Espagne fournit hommes, armes et subsides à la Ligue, dirigée par le duc de Mayenne, car il caresse l’espoir de faire un jour monter sur le trône de France sa fille Isabelle, petite-fille d’Henri II par sa mère. C’est à la fois pour le Béarnais un inconvénient et un avantage. Inconvénient, car la puissance ibérique se trouve à son zénith ; avantage, parce que nombre de catholiques français (et le duc de Mayenne est de ceux-là) redoutent de voir une mainmise espagnole sur la France. Une réaction patriotique se devine en effet, et Henri a l’habileté de faire, le 4 août 1589 à Saint-Cloud, une déclaration aux termes de laquelle il prend l’engagement de maintenir la religion romaine dans le royaume, de se faire instruire dans cette foi, tout en maintenant les édits de ses prédécesseurs quand aux garanties accordées naguère aux réformés.
C’est là une initiative judicieuse qui révèle, si besoin était, les qualités politiques du nouveau roi de France. Mais il lui reste à devenir roi des Français. Le cardinal de Bourbon, son oncle, est devenu, en effet, pour la Ligue « Charles X », alors que le duc de Mayenne se dit lieutenant général du royaume. Un échec cuisant essuyé à Arques*, près de Dieppe, le 21 septembre 1589, révèle à celui-ci ses limites autant que l’habileté tactique de son adversaire. Une nouvelle défaite, subie à Ivry* cette fois, sur les bords de l’Eure, le 14 mars suivant, confirme l’emprise d’Henri IV, le chef « au panache
blanc », sur les provinces de l’Ouest. Mais Henri échoue devant Paris, ravitaillé par les Espagnols du duc de Parme après quatre mois de siège.
Une nouvelle tentative, par la ruse, échoue en janvier 1591 lors de la journée des Farines*, les assiégeants se faisant passer pour des meuniers. La guerre traîne en longueur. L’emprise de la Ligtie sur Paris et Rouen contrebalance des succès royaux dans le pays de Caux, en Champagne, en Dauphiné et en Provence. Si les états généraux, convoqués par le duc de Mayenne en 1593, repoussent finalement la candidature d’Isabelle d’Espagne et révèlent du même coup la division du camp catholique, si Henri de Navarre enregistre des ralliements à sa cause, sa légitimité ne lui suffit pas, pas plus que la force de son armée. Il lui faut accomplir un acte politique. Le Béarnais finit par s’en convaincre, acte qui ne peut être autre chose qu’une abjuration solennelle. Le pays l’attend, las d’une guerre ruineuse et d’une désunion qui déchire le royaume depuis maintenant plus d’une trentaine d’années. Gabrielle d’Estrées, favorite avisée, l’y pousse de toute son influence. En ridiculisant l’acharnement de la Ligue, les auteurs de la Satire Ménippée, en cours de réalisation, ne font qu’exprimer le bon sens populaire. Le roi lui-même y est résolu, et le 25 juillet 1593, après un ultime entretien avec l’archevêque de Bourges à la basilique Saint-Denis, il se déclare convaincu. S’agenouillant, il jure « devant la face du Dieu tout-puissant de vivre et mourir en la religion catholique, de la protéger et défendre encore et contre tous, au péril de son sang et de sa vie, renonçant à toutes les hérésies contraires ».
Si l’expression « Paris vaut bien une messe ! » semble apocryphe, si Henri doit convaincre certains de ses ex-coreligionnaires, si le Saint-Siège se montre au premier abord prudent, l’effet de cette abjuration est indéniable. Le sacre est célébré à Chartres le 25 février 1594. Paris ouvre ses portes le 22 mars suivant. Le tenace duc de Mayenne subit un ultime échec à Fontaine-Française, en Bourgogne, le 5 juin 1595, ce qui entraîne peu après sa soumission. L’irréductible duc de Mercœur, farouche ligueur replié enBretagne, compose à son tour en mars 1598. Le 2 mai suivant, le traité de Vervins ramène la paix entre la France et l’Espagne. Enfin, Henri IV tient les promesses de sa déclaration de Saint-Cloud, faite neuf ans aupara
vant, en promulguant l’édit de Nantes*. Le 13 avril de cette même année 1598, cet acte affirme le catholicisme religion d’État tout en conférant aux réformés des garanties élémentaires d’exercice du culte.
La politique de réunification, prônée par Henri III, est achevée. L’unificateur béarnais se montre alors constructeur. On reconnaît toujours un grand chef ou un grand monarque à la qualité de ses commis d’État. Dans ce cas, Henri IV est un grand roi, car Sully, Olivier de Serres, Adam de Craponne, Barthélemy Laffemas, entre autres, sont autant d’avisés serviteurs. Sous leur impulsion, la France panse ses plaies, laboure, cultive, plante, travaille, préparant la réussite du Grand Siècle.

Sous des dehors légers, frivoles, fantaisistes, dont la chronique a surtout retenu la truculence de caractère et une galanterie débordante, Henri IV se révèle donc fin politique. Dans un vaste pays livré durant trois décennies à l’anarchie, il manifeste d’emblée le souci d’abaisser les grands qui font passer leur intérêt personnel avant celui de l’État. Biron*, ancien compagnon d’armes, ne comprend pas cette évolution, persiste dans ses errements et finit exécuté en 1602. Mais, en contrepartie, le roi se concilie les plus modestes serviteurs de l’État en leur accordant l’édit de la paulette, qui énonce le principe de la vénalité et l’hérédité des charges administratives.
A l’extérieur, le traité de Lyon permet, en 1601, un agrandissement du royaume entre Saône et Rhône par l’acquisition de la Bresse, du Bugey, du Valromey et du pays de Gex, amenant la fleur de lys aux portes de Genève. Des alliances sont nouées avec les petits princes italiens, la Toscane fournissant la princesse Marie de Médicis, qui deviendra la deuxième épouse du souverain et assurera la descendance de la lignée. D’autres accords sont conclus avec les protestants d’Allemagne, car l’empire des Habsbourg, autant que l’Espagne, est l’adversaire à abaisser.
On discerne là les prémices de la future politique du cardinal de Richelieu, et l’intention que l’on prête au roi, en 1610, de mener une expédition en direction des Pays-Bas espagnols (l’actuelle Belgique) ne relève pas seulement de préoccupations sentimentales envers la jeune et attirante Charlotte de Montmorency, emmenée par son mari Condé à Bruxelles. Continuateur de l’oeuvre de ses prédécesseurs des Temps modernes, tels Louis XI et François fer, Henni IV servira de modèle à son tour à ses successeurs du XVIIe siècle naissant. Ce début de siècle voit en effet la France prendre une dimension planétaire avec la fondation de Québec par Champlain en 1608. Et n’est-il pas symbolique que ce soit sous ce règne que le royaume trouve son « Magellan », en l’occurrence le Breton Pierre Olivier Malherbe qui contourne au même moment le continent sud-américain. Atteignant les Philippines et le Sud-Est asiatique, il reçoit l’hommage du Grand Mogol puis du shah de Perse avant de remonter le long du littoral africain, revenant à Paris en 1609 pour proposer au roi d’exploiter les mines d’or et d’argent entrevues outre-mer.
Aussi, lorsque le poignard de Ravaillac frappe le « bon roi Henri », le 14 mai 1610, dans la rue de la Ferronnerie, l’acte du criminel, peut-être inspiré par d’Épernon et la marquise de Verneuil, maîtresse déçue, ne peut guère modifier la situation politique du royaume, bien que la minorité de Louis XIII favorise durant une douzaine d’années encore intrigues de cour et ambitions. Mais ni le sort de la monarchie, ni l’unité du royaume ne sont menacés. L’oeuvre d’Henri IV survivra. En revanche, ce drame frappe injustement un monarque dont le trait dominant, outre la simplicité et la bonté, est le souci du bien public. Avec son glorieux panache blanc des champs de bataille, l’imagerie populaire a conservé la formule de la poule au pot du dimanche. « Si l’on ruine mon peuple, se plaît-il à rappeler à la noblesse, qui me nourrira ? Qui soutiendra les charges de l’État ? Qui paiera les redevances ? C’est lui qui nous fait tous vivre. »
Certes, tout n’est pas parfait chez le premier roi de la dynastie bourbonienne. Il n’est pas toujours reconnaissant envers ses lieutenants. Les incartades de sa vie privée coûtent cher au royaume. Mais ces excès, ces travers, qui l’empêchent d’apparaître comme le souverain parfait, ne nuisent nullement à sa gloire populaire : « Ses hautes vertus mêlées d’étranges faiblesses, dira de lui Augustin Thierry, ont fait de lui un type unique de roi à la fois aimable et imposant, profond de sens et léger de goûts, plein de grandeur d’âme et de calcul, de sympathie pour le peuple et d’orgueil de race, et toujours et avant tout patriote admirable. » Jamais le trône n’a été aussi proche de la nation.

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louvre

Les origines du Louvre ont longtemps fait l’objet de débats entre historiens mais les fouilles archéologiques, menées à l’occasion du projet du Grand Louvre dans les années 1980, ont permis d’y voir plus clair. Quelques silex taillés, retrouvés dans des graviers de la Seine, remontent au Mésolithique (8000 - 6550 av. J.-C.), mais ils ont pu être amenés par les eaux et ne constituent donc pas un témoignage fiable d’une présence humaine à cet endroit. En revanche, des fosses silos, de la céramique et du petit mobilier en pierre, qui peuvent être rattachés à la culture dite de « Cerny » (attestée dans le Bassin parisien entre 4500 et 4200 av. J.-C.) prouvent que les bords de Seine ont été peu à peu colonisés par des groupes itinérants de chasseurs-cueilleurs. À la fin de l’âge du bronze (entre 1250 et 750 av. J.-C.), le site du Louvre était encore un espace rural, que les hommes commençaient à mettre en valeur par défrichement et installation de fermes. Cette activité se poursuit durant la période gallo-romaine, époque à laquelle elle cohabite avec une intense exploitation d’argile qui servait à la construction de la ville voisine.  

L’histoire du Louvre commence vers 1190 avec la décision prise par Philippe Auguste d’ériger une enceinte fortifiée pour protéger Paris. Il s’agit d’un geste d’urbanisme et d’une manifestation d’autorité du souverain au moment où il s’apprête à quitter le pays pour aller guerroyer en croisade. Pour défendre l’un des points faibles de cette fortification, sa jonction avec la Seine, il faut entreprendre un château : c’est l’acte de naissance du Louvre. L’édifice conçu par les ingénieurs de Philippe Auguste est de plan carré, protégé par un fossé et défendu aux angles et au milieu de ses faces par des tours circulaires. Il comporte, au centre de sa cour, une tour maîtresse, dotée de son propre fossé. Ce modèle a été utilisé à plusieurs reprises (avec des variantes) et le château de Dourdan en Ile-de-France en offre aujourd’hui encore un exemple bien préservé.
Le Louvre de Philippe Auguste n’est pas une résidence royale, mais une forteresse de garnison. Il n’est pas en plein cœur de la ville (comme aujourd’hui), mais aux limites de celle-ci et il a pour mission de la protéger (et peut-être aussi de la surveiller). La « grosse tour » du Louvre joue également le rôle de coffre-fort royal et de prison pour les personnages importants. Le comte Ferrand, adversaire de Philippe Auguste, y est maintenu en détention pendant treize ans après sa défaite à Bouvines.
La situation du château change cependant rapidement : il est peu à peu entouré par un quartier de ville assez dense qui lui fait perdre de son intérêt défensif. Par ailleurs, les rois de France, qui aiment se déplacer au sein de leur capitale entre leurs différentes résidences, vont être amenés à y résider de plus en plus. On date du règne de Saint Louis (1226-1270) une grande salle à piliers qui a été aménagée dans les sous-sols du château et qui est toujours visible aujourd’hui.

Après la guerre de Cent Ans, les souverains français, qui ont pris l’habitude de résider loin de Paris, continuent de séjourner majoritairement dans le Val de Loire et ne se rendent dans leur capitale que ponctuellement quelques fois dans l’année. La situation change sous le règne de François Ier (1515-1547), après la défaite militaire du roi à Pavie en 1525 et sa captivité en Espagne. De retour dans son pays, le roi veut reprendre en main sa capitale et décide, par une déclaration officielle de 1528, d’y faire sa principale résidence. Le château médiéval est remis au goût du jour et, à la fin de son règne, le roi décide de le faire reconstruire, mais ce n’est que sous le règne d’Henri II (1547-1559) que sont menés les principaux travaux.

Avec les journées révolutionnaires de juillet puis d’octobre 1789, le pouvoir est contraint de se réinstaller à Paris. Tous les régimes qui dirigent la France jusqu’en 1870 résident aux Tuileries : Louis XVI, ramené de force et de plus en plus prisonnier jusqu’à sa destitution le 10 août 1792, les Comités révolutionnaires (et le plus célèbre d’entre eux, dirigé par Robespierre) de 1792 à 1794, les membres du Directoire puis du Consulat qui cohabitent avec les principales assemblées révolutionnaires, installées dans une salle bâtie à l’emplacement du grand théâtre de Louis XIV en 1793. Les Tuileries voient ensuite le triomphe de Napoléon Ier (qui s’y installe comme premier consul en 1800, avant d’être couronné empereur en 1804) puis sa défaite après Waterloo en 1815. Les frères de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X y résident à leur retour au pouvoir mais doivent céder la place en 1830 à leur cousin Louis-Philippe, porté au trône par la révolution de Juillet.
De nombreux travaux intérieurs sont menés au gré des goûts et des modes des souverains successifs. L’apport le plus important de cette période reste l’aile Marsan, édifiée le long de la rue de Rivoli par les architectes Percier et Fontaine et qui vient fermer la grande cour du Carrousel, dont l’entrée est désormais marquée par un petit arc élevé par les deux architectes en hommages aux campagnes militaires de 1805.

La chute de l’Empire, la destruction des Tuileries et l’éloignement du pouvoir auraient pu marquer pour le Louvre le triomphe du musée. En réalité, le début de la IIIe République est une période difficile pour l’institution. Le palais est envahi par de nombreuses administrations dévoreuses d’espaces, en particulier le ministère des Finances qui occupe tous les locaux de l’ancien Ministère d’Etat (qu’il ne quittera qu’en 1986). En 1905, l’Union centrale des arts décoratifs – une association dont le but est de promouvoir les arts appliqués – obtient la concession du pavillon de Marsan et d’une partie de l’aile attenante qu’elle occupe toujours aujourd’hui. Par ailleurs, le musée ne dispose que de faibles crédits dans un contexte de concurrence accrue sur le marché de l’art entre les grandes institutions européennes. Deux événements malheureux semblent résumer cette période délicate : l’achat en 1896 de la tiare de Saitapharnès qui se révèle être un faux et le vol de la Joconde en 1911.
Ces difficultés ne doivent pas faire oublier d’autres avancées : la présentation à partir de 1883 de la Victoire de Samothrace au sommet de l’escalier Daru, la création d’un fonds d’acquisition pour les grands musées et aussi d’un organe de mutualisation de leurs moyens et besoins : la Réunion des musées nationaux. Les conservateurs du musée ont également la possibilité par la création de l’école du Louvre de faire connaître et de diffuser leurs recherches. L’ambition universaliste du Louvre se poursuit en particulier grâce à l’acquisition de généreux donateurs : Ernest Grandidier donne en 1894 sa collection d’objets chinois et japonais (aujourd’hui présentée au musée Guimet) et le legs de la baronne de Gléon en 1912 permet de créer une section d’art islamique (qui n’ouvrira qu’après la Première Guerre Mondiale).

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michel

Fils d'un médecin du connétable de Bourbon, Michel de L'Hospital (1507-1573) reçoit une formation d'humaniste en Italie. En 1550, il devient chancelier particulier de Marguerite de Valois, soeur du roi Henri II. Il use de son influence pour protéger les poètes de la Pléiade, tel Ronsard. La régente Catherine de Médicis le remarque et, en avril 1560, lui octroie la charge de chancelier de France (ministre de la justice et Premier ministre).

Michel de L'Hospital se présente comme le chef des Politiques. Ce «parti» regroupe des catholiques et protestants modérés qui plaident pour la conciliation au nom de l'intérêt supérieur de l'État.

Par l'édit de Romorantin, il réussit à éviter que l'Inquisition (tribunal ecclésiastique) ne soit introduite en France en vue de poursuivre les supposés hérétiques. Il obtient aussi que quelques droits soient accordés aux protestants, dont la liberté de conscience mais pas la liberté de culte !

Le chancelier prononce un mémorable Discours de tolérance devant les états généraux d'Orléans, le 13 décembre 1560, dans le vain espoir de rapprocher les Français : «Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis,factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, nechangeons le nom de chrétiens !» Mais ses mesures de tolérance n'ont d'autre effet que d'échauffer les esprits. Le massacre de Wassy (ou Vassy), deux ans plus tard, consacre son échec.

Dans les années qui suivent, le chancelier n'en poursuit pas moins la réorganisation administrative du royaume. En mai 1568, au plus fort des guerres de religion, découragé, il renonce à la garde des sceaux (le ministère de la justice) et s'établit dans sa propriété de Vignay, sur la paroisse de Champmotteux.

Bien qu'il ne soit pas protestant, son existence est menacée au moment du massacre de la Saint-Barthélemy par une bande de farouches émeutiers qui tentent de prendre d'assaut son château, mais il est sauvé grâce à l'intervention d'une troupe envoyée par la reine-mère Catherine de Médicis. Brisé par ces événements, il se retire dans le château de Bélesbat, à Boutigny-sur-Essonne, non loin de Vignay.

Le 1er février 1573, sentant venir sa fin, il signe l'acte de démission de sa charge de chancelier de France. Il meurt le 13 mars de la même année en rappelant dans son testament que la tolérance est la première vertu qui doit être pratiquée entre les hommes.

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egliseUn monastère aurait été fondé à Saint Saturnin par l'abbé de Cluny Odilon, vers 1040. Les dates de construction de l'église sont inconnues, mais on peut supposer qu'elle date du XIIe siècle, comme les autres églises majeures d'Auvergne (Clermont Ferrand, Issoire, Orcival, Saint Nectaire).

A la Révolution, elle est achetée par Mme Verdier de Pagnat, ce qui la préserve des destructions. Une restauration discrète est pratiquée à la fin du XIXe siècle

Visite extérieure : Le chevet, ceint d'un déambulatoire sans chapelles rayonnantes, constitue la partie la plus intéressante de Saint Saturnin.

Il présente un étagement dominé par le massif barlong du transept et le clocher. Parmi les églises majeures, c'est le seul clocher épargné par la Révolution. Il a d'ailleurs servi de modèle pour la reconstruction des autres.

Les bras du transept sont ornés de quelques arcades et baies aux archivoltes polychromes

La nef présente un décor sur deux niveaux: grandes arcades cintrées surmontées de séries d'arcatures aveugles correspondant au niveau des tribunes à l'intérieur

La façade occidentale est dépourvue de toute ornementation, comme c'est souvent le cas en Auvergne, en raison du climat rigoureux.

Visite intérieure : La nef comporte quatre travées voûtées en berceau cintré contrebuté par les demi-berceaux des tribunes

Celles-ci donnent sur la nef par de triples baies. Au niveau de la première travée, un arc doubleau retombe sur des colonnes engagées.

Les autres piles sont lisses et ne comportent de colonnes engagées que dans les collatéraux. Ceux-ci sont voûtés d'arêtes.

On trouve peu de chapiteaux historiés à Saint Saturnin : celui-ci, dans la nef, représente des aigles.

La croisée est couverte d'une coupole sur trompes. Elle est soutenue par des arcs diaphragmes percés de baies géminées. Les bras du transept comportent deux travées : la première est voûtée en demi-berceau pour contrebuter la coupole ; la seconde, couverte par un berceau et bien illuminée, ouvre sur une absidiole.

Le choeur comporte une travée droite et un cul-de-four percé de cinq arcades dont trois baies. Les arcs du rond-point sont réhaussés. Il est ceint d'un déambulatoire sans chapelles rayonnantes

La crypte, voûtée d'arêtes, reproduit le plan du chœur, avec quelques piles supplémentaires

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chateau

C’est vers 1122 que Louis VI le Gros fait construire un château fort, appelé le « Grand Châtelet », sur ce plateau de Laye alors recouvert de forêts. Louis IX, dit Saint Louis, agrandit ce château féodal, l’une de ses demeures préférées, par un ensemble de bâtiments : « le Petit Châtelet ». Entre 1230 et 1238, il fait élever la chapelle à l’écart des autres constructions. Un mur de protection entoure le tout.

En 1337, la guerre est déclarée avec l’Angleterre qui revendique le trône de Philippe VI de Valois. Les troupes du Prince Noir, le fils du roi d’Angleterre, incendient le village qui s’est peu à peu formé et le château lui-même en 1346. La chapelle est alors épargnée. Il faut attendre Charles V le sage pour voir les rois revenir à Saint-Germain.

Ce souverain, le plus riche d’Europe, fait raser les bâtiments incendiés et reconstruire, entre 1364 et 1367, un château à l’emplacement des murs de protection de saint Louis. La chapelle est alors raccordée au bâtiment. On ignore à peu près tout de ces constructions sauf que le donjon abritait « l’estude » du souverain.

François Ier habite d’abord le château sans rien entreprendre. En 1539, il fait abattre la vieille bâtisse et en reconstruire une autre sur les fondations établies sous Charles V. Après sa mort en 1547, son fils Henri II continue les travaux suivant les mêmes plans. Pierre Chambiges dirigera les travaux.

En 1559, le château totalise une surface de 8 000 m2. On y trouve 55 logis, une salle de bal, 7 chapelles, une cuisine. Le sous-sol voûté du donjon renferme une prison. L’actuelle place du château, entourée de 5 corps de bâtiments (les communs) constitue la basse-cour. Au fond des douves, sèches, est aménagé un jeu de paume. Henri II fait construire, à l’extrémité de l’actuelle terrasse, le "Château Neuf" que terminera Henri IV. Les règnes d'Henri IV et de Louis XIII verront ce que l’on nomme dorénavant « le Château Vieux » abandonné aux enfants royaux et à leur domesticité.

En 1660, Louis XIV déserte le Château Neuf qui « prenait eau de toute part ». Il s’installe au Château Vieux dans lequel il fait effectuer quelques travaux d’aménagement intérieur. La Cour, qui se partage 63 appartements, vit ici à l’étroit. Un projet d’agrandissement est alors confié à Jules Hardouin Mansart qui, en 1680, enlaidit le bâtiment par l’adjonction de cinq pavillons d’angle (aujourd’hui disparus) qui ne seront jamais terminés. Le Nôtre dessine la terrasse qui domine la Seine. Chasse, comédies, promenades en galère sur la Seine, concerts et bals rythment les journées. Les dames en faveur cohabitent plus ou moins bien. La fameuse affaires des poisons se déroule en grande partie à Saint-Germain. Le 20 avril 1682, le roi quitte définitivement Saint-Germain pour Versailles, au grand désespoir des habitants.

En 1689, Louis XIV offre l’hospitalité à son cousin jacques II Stuart, roi d’Angleterre exilé, et à sa famille. Les Jacobites resteront jusqu’en 1713.

La Révolution y installe une prison pour suspects. Puis, le château devient, au gré des événements : un hôpital pour le traitement des maladies contagieuses, une école de cavalerie sous Napoléon Ier, une caserne et enfin un pénitencier militaire sous Louis-Philippe.

En 1862, Napoléon III décide d’y installer le « Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines ». Il confie la restauration de ce monument délabré à Eugène Millet , élève de Viollet-le-Duc. Aujourd’hui, les anciennes salles du château sont transformées en salles d’exposition (il n’y a plus aucun meuble) qui présentent des collections archéologiques, dont certaines parmi les plus riches au monde.
La cour intérieure du château, restaurée par Bernard Voinchet, architecte en chef, est l’une des plus belles cours de la Renaissance aujourd’hui visible. Des visites conférences sur l’histoire du château sont organisées pour le public individuel et pour les groupes.

La chapelle mesure 24 mètres de long sur 10 mètres de large. Ses fenêtres, fait unique dans la construction gothique, sont rectangulaires au lieu d’être ogivales dans leur partie supérieure. Les angles des croisées d’ogive sont décorées de sept têtes en ronde-bosse parmi lesquelles on reconnaît saint Louis et sa mère Blanche de Castille. Une rosace de 10 mètres carrés, autrefois « garnie de verres peints » occupe l’un des murs. C’est ici que Beaudoin II, empereur de Constantinople, cède à saint Louis en 1238, les reliques du Christ, et notamment la couronne d’épines, pour lesquelles sera élevée la sainte chapelle de Paris. Baptêmes des enfants royaux, légitimes et illégitimes, mariages royaux et princiers s’y enchaînent. Louis XIV y est baptisé, François Ier y épouse Claude de France en 1514....

À la mort de François Ier, la grande salle de bal, qui mesure plus de 500 m2, est encore à ciel ouvert. L’élément principal reste la cheminée monumentale ornée d’un motif en pierre où figure la salamandre, emblème du roi. La salle est inaugurée le 19 mai 1549 par le grand banquet que donne Henri II à l’occasion du baptême de l’un de ses fils. Louis XIV la transforme en « Salle des comédies » et l’équipe d’une formidable machinerie. Plus de 140 représentations en tout genre sont données dans cette salle considérée comme la plus grande de tout le royaume. Lully et Molière y connaissent leurs heures de gloire. En 1666, Louis XIV se produit lui-même dans le Ballet des Muses. Cette salle abrite aujourd’hui la salle d’archéologie comparée.

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marguerite

Nationalité : France
Né(e) à : Angoulême , le 11/04/1492
Mort(e) à : Odos , le 21/12/1549

Marguerite de Navarre, appelée également Marguerite d’Angoulême ou Marguerite d'Alençon, est une femme de lettres française.

Fille de Louise de Savoie et du comte Charles d'Angoulême, sœur aînée de François Ier, elle perd son père alors qu'elle n'a pas quatre ans.Elle se marie deux fois. En 1509, elle épouse Charles IV, duc d'Alençon. Elle devient alors duchesse d'Alençon, mais continue de vivre à la Cour, auprès de son frère François. Charles IV décède en 1525. Deux ans après, elle se remarie avec le roi de Navarre, Henri II d'Albret. Par ce second mariage, elle devient donc reine de Navarre. Leur fille Jeanne III d'Albret naît en 1529. À la mort de François Ier, en 1547, elle se retire dans le château de Nérac. Elle décède deux années plus tard.

Amie des lettres, des sciences et des arts, protectrice des persécutés, proscrits et autres victimes de la Sorbonne, du Parlement et de l'intolérance de l'époque, la reine de Navarre vit arriver auprès d'elle les plus grands esprits de son temps. Ouverte aux idées nouvelles (elle soutint notamment l'université de Bourges où étudiait Calvin), elle joue à la cour de France un rôle politique et moral important : elle protège des écrivains comme Marot ou Rabelais en butte aux poursuites de la Sorbonne.

Son oeuvre la plus connue est un recueil de nouvelles "Heptaméron", publié en 1558-1559. Se proposant d'imiter le "Décaméron" (1350) de l'Italien Boccace, elle n'eut le temps de composer que 72 nouvelles, d'où le titre d'Heptaméron. Ses récits font alterner la galanterie et la violence avec le tragique et l'amour pur. Des commentaires accompagnent chaque récit et mettent en évidence une morale où les jugements du cœur et de la conscience semblent plus importants que ceux de la famille ou de la société. 

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edit

Arrivé le soir du 13 avril 1598 à Nantes, le roi Henri IV signe le 30 avril suivant un ensemble de textes connus dans l'Histoire sous le nom d'«Édit de Nantes».

Ce texte marque la fin des guerres de religion entre catholiques et protestants français. Il vise à «l'établissement d'une bonne paix et tranquille repos» selon les propres mots du roi. C'est la première fois qu'est officialisée dans un même État, en Europe, la coexistence de protestants et de catholiques.

L'Édit de Nantes demeure, dans la mémoire collective, le symbole de la «tolérance» entre des confessions autrefois rivales et désormais prêtes à accepter la religion de l'adversaire... Déjà dans les années précédentes, au plus fort des guerres de religion, des municipalités françaises avaient conclu des «édits de pacification» entre leurs concitoyens des deux confessions ; c'est ainsi que l'on pouvait vivre en paix dans ces villes tandis que l'on s'étripait dans les villes voisines !

Certains historiens ont placé l'Édit de Nantes aux origines de la laïcité française. S'il met un terme aux guerres civiles qui ont ensanglanté la France pendant près de trois décennies, cet édit de pacification ne fait qu'établir une coexistence entre la majorité catholique et la minorité protestante, disciple de Jean Calvin. Dans le préambule de l'Édit, le roi Henri IV défend d'ailleurs l'idée d'unité religieuse du royaume : encore impossible, elle est remise à plus tard.

Ce qu'on appelle l'Édit de Nantes est en fait un ensemble de quatre textes : l'Edit général (signé le 30 avril 1598), les articles secrets et particuliers (30 avril ou 2 mai 1598), le brevet des pasteurs (3 avril 1598) et le brevet des garnisons (30 avril 1598).

À ces textes, il faut ajouter l'Édit signé par Henri IV à Fontainebleau le 15 avril 1599, pour le royaume de Navarre (royaume en fait limité au Béarn), car Henri IV, ne l'oublions pas, est roi de Navarre avant que d'être roi de France. Les deux couronnes ne seront réunies que sous le règne de son fils Louis XIII. En attendant, il faut une législation spécifique pour le Béarn, où, à la différence de la France, les protestants tiennent le haut du pavé depuis les mesures prises en leur faveur par Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV.

Tous ces textes sont le fruit d'une longue négociation entre les protestants et leur ancien chef, Henri IV (*)... Ils sont signés en catimini et tenus secrets pendant de longs mois, jusqu'à leur ratification par les Parlements, tant est grande la crainte du roi qu'ils ne soient rejetés par l'opinion.

Celle-ci, sur le moment, est beaucoup plus sensible à la conclusion de la paix avec les Espagnols, par le traité de Vervins.

Henri IV, successeur légitime de son cousin Henri III, a abjuré définitivement la religion réformée en 1593 et ainsi pu obtenir de se faire sacrer à Chartres en 1594. Mais l'année suivante, il a dû déclarer la guerre aux Espagnols, qui, après avoir soutenu les Ligueurs, catholiques intransigeants, avaient pris goût à l'occupation de la France.

Soucieux de consolider la paix, à l'intérieur comme à l'extérieur, le roi envoie dans un premier temps auprès du pape Clément VIII deux plénipotentiaires ecclésiastiques, Jacques du Perron et l'abbé d'Ossat, pour le convaincre de donner son absolution au roi en échange de l'acceptation par celui-ci des décisions du concile de Trente et du rétablissement du catholicisme dans ses droits au Béarn.

Henri IV négocie par ailleurs avec les représentants des protestants, assemblés à Saumur au printemps 1596, les termes d'un nouveau et définitif Édit de tolérance, après ceux dont les guerres de religion ont été émaillés.

Le roi, qui a appris à connaître et estimer les réformés du temps où il combattait à leurs côtés, comprend mieux que quiconque la vanité de l'unité religieuse et la nécessité de poser les bases d'une nouvelle coexistence confessionnelle sous l'égide d'un même roi.

Mais voilà que le 11 mars 1597, les Espagnols s'emparent par traîtrise de la ville d'Amiens, dont les bourgeois avaient refusé la protection de l'armée royale. Face au danger, Henri IV demande du renfort aux réformés. Ces derniers se font désirer, croyant par là obtenir des conditions plus favorables à la conclusion du futur édit. Le roi ne cède pas. Les réformés comprennent le danger que leur attitude fait courir au royaume et se résignent à signer enfin un accord.

L'Édit général (*), avec 92 articles généraux et 56 articles particuliers, dits «secrets», est en premier lieu un texte de pacification. Celle-ci passe par une amnistie générale, autrement dit l'oubli de toutes les offenses (le mot amnistie dérive d'une racine grecque qui signifie oubli).

L'article I énonce : «Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit».

Concernant la coexistence religieuse entre catholiques et protestants, l'Édit reprend pour l'essentiel des dispositions contenues dans les édits de paix de religion antérieurs : édit d'Amboise, 1563 ; édit de Saint-Germain, 1570 ; édit de Poitiers, 1577.

Il rétablit le culte catholique dans l'ensemble du royaume. Il octroie par ailleurs six «libertés» à la minorité protestante, laquelle représente moins de 10% des vingt millions de Français :
- selon certaines conditions, des lieux de culte particuliers dans une ville par bailliage (sauf Paris),
- l'admission des protestants dans les écoles,
- le droit pour eux d'exercer des fonctions publiques,
- le droit de tenir des assemblées,
- le droit de tenir une centaine de places de sûreté, dont La Rochelle, pendant huit ans,
- des tribunaux spéciaux où sont jugées en appel les affaires où les protestants sont partie prenante : les Chambres de l'Édit ou Chambres mi-parties.

Reste le plus difficile : faire enregistrer les textes par les parlementaires, farouchement opposés aux protestants. Le roi reçoit les parlementaires et déclare les recevoir non en roi mais «vêtu comme un père de famille, en pourpoint, pour parler à ses enfants». Derrière la bonhomie se cache la fermeté car il ajoute : «Je couperai la racine à toutes factions, à toutes prédications séditieuses, et je ferai raccourcir tous ceux qui les susciteront !» À bon entendeur...

Le 25 février 1599, l'Édit général et les articles particuliers sont donc enregistrés par le Parlement de Paris. Celui-ci modifie sur plusieurs points le texte qui peut ainsi entrer en application. Les sept parlements de province enregistrent l'Édit dans les mois qui suivent.

Mal accepté par ses contemporains et bien que solennellement déclaré «perpétuel et irrévocable», l'Édit de Nantes sera progressivement écorné tout au long du siècle suivant, jusqu'à sa révocation complète par le roi Louis XIV, petit-fils d'Henri IV, en 1685, moins d'un siècle après sa signature.

par Henri IV, l'Édit de Nantes sera révoqué par son petit-fils, Louis XIV, moins d'un siècle plus tard, pour le plus grand dommage du royaume...

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ordonnance

Entre le 10 et le 15 août 1539 (*), le roi François 1er signe une ordonnance de 192 articles dans son château de Villers-Cotterêts.

Cette ordonnance très importante institue en premier lieu ce qui deviendra l'état civil en exigeant des curés des paroisses qu'ils procèdent à l'enregistrement par écrit des baptêmes, autrement dit des naissances (des ordonnances ultérieures, à Blois en 1579 et Saint-Germain-en-Laye en 1667, prescriront aussi l'enregistrement des décès et des mariages). Une innovation dont les généalogistes mesurent pleinement la portée.

L'ordonnance établit par ailleurs que tous les actes légaux et notariés seront désormais rédigés en français. Jusque-là, ils l'étaient en latin, la langue de toutes les personnes instruites de l'époque.

L'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui a été rédigée par le chancelier Guillaume Poyet, est parfois connue sous le nom de Guilelmine.

Son article 111 énonce joliment :
« Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel et non autrement ».

De cet article, il découle que tous les sujets du roi pourront comprendre les documents administratifs et judiciaires.... sous réserve néanmoins qu'ils lisent et écrivent la « langue d'oïl » pratiquée dans le bassin parisien et sur les bords de la Loire.

L'ordonnance de Villers-Cotterêts est d'autant plus importante qu'à la différence de la plupart des autres nations européennes (Angleterre, Allemagne, Espagne....), la France est une construction politique sans unité linguistique à l'origine.

Les élites du royaume, conscientes de cette faiblesse, n'ont pas attendu l'ordonnance pour faire leur la langue française, même dans les provinces les plus éloignées, et ainsi se rapprocher du pouvoir central. Ainsi, en 1448, peu après sa création, le Parlement de Toulouse décide de son propre chef qu'il n'emploierait plus que la langue d'oïl dans ses travaux et ses écrits, bien que cette langue fût complètement étrangère aux parlementaires et à leurs concitoyens ; plus étrangère que peut l'être aujourd'hui l'anglais pour les Français !

Notons aussi que le premier acte notarié en français a été rédigé en 1532 (sept ans avant l'ordonnance de Villers-Cotterêts) à... Aoste, sur le versant italien des Alpes !

L'ordonnance de Villers-Cotterêts coïncide avec l'éveil, partout en Europe, des langues nationales. C'est ainsi que le 18 août 1492 (année admirable !), l'humaniste Antonio de Nebrija publie une Grammaire castillane. Cette première grammaire de langue vernaculaire éditée en Europe témoigne d'un premier recul du latin.

Le latin va néanmoins demeurer longtemps encore la langue des échanges internationaux. C'est en latin qu'écrivent et communiquent les humanistes du XVIe siècle comme Érasme. C'est aussi en latin que communiquent les hauts représentants de l'Église catholique. Soucieuse de son universalité, celle-ci restera attachée à l'emploi du latin dans les offices jusqu'au concile de Vatican II. Dans les États autrichiens et en Hongrie, où cohabitent des peuples très divers, le latin va demeurer la langue administrative jusqu'au tournant du XIXe siècle, ce qui aura l'avantage d'éviter des querelles de préséance entre les langues vernaculaires (l'anglais joue le même rôle aujourd'hui dans l'Union indienne).

Dans La mort du français, un essai passionné autant que passionnant publié en 1999, le linguiste et écrivain Claude Duneton rappelle que l'anglais, l'allemand, le castillan ou encore le toscan, qui sont aujourd'hui les langues officielles du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Espagne et de l'Italie, étaient déjà comprises par la majorité de la population, dans ces pays, au XVe siècle, avant que Chaucer ne jette les bases de la langue anglaise moderne ou que Luther ne traduise la Bible en langue allemande.

Rien de tel en France ! À l'exception de l'Ile-de-France et du val de Loire, toutes les provinces ont usé dans la vie quotidienne, jusqu'au début du XXe siècle, de langues plus ou moins éloignées du français de Paris.

L'unité linguistique n'a été à peu près achevée qu'au milieu du XXe siècle, grâce à l'attrait qu'exerçait le pouvoir central sur les élites locales et à la pression exercée sur les enfants du peuple par les fonctionnaires et les instituteurs de l'école laïque.

De vieilles personnes se souviennent encore du bâton que le maître mettait le matin entre les mains du premier enfant surpris à « parler patois » (ou breton, alsacien, basque, flamand, ou corse, picard, ou provençal...). Le porteur devait à son tour donner le bâton au premier camarade qu'il surprendrait lui-même à « parler patois ». À la fin de la journée, le dernier porteur de bâton était puni. Ce procédé inquisitorial s'est révélé très efficace pour faire de la langue française le patrimoine commun et le principal facteur d'unité du peuple français.

Aux Temps modernes, de Louis XIV à la Révolution, la France a joui d'un rayonnement tel que sa langue s'est imposée comme langue des élites européennes et de la diplomatie. C'est ainsi que le français s'est substitué au latin comme langue de la diplomatie à l'occasion de la signature du traité de Rastatt en 1714, entre la France et l'Espagne. Son déclin s'est manifesté avec la signature du Traite de Versailles, lorsque Georges Clemenceau, qui se flattait de parler couramment anglais, a consenti à l'emploi de cette langue aux côtés du français comme langue diplomatique.

Aujourd'hui, c'est sur le français de tous les jours que pèsent les plus graves menaces :
- des personnes nées au début du XXe siècle et qui ont fait le sacrifice de leur première langue (patois ou dialecte) pour adopter le français se sentent perdues en regardant la télévision ou en lisant certains magazines ; ce n'est pas la langue apprise à l'école qui leur est servie mais un sabir truffé de mots abscons au sens approximatif,
- de jeunes Français originaires de pays lointains se demandent s'il leur est utile d'apprendre à bien parler le français dès lors que cette langue est déconsidérée par les élites du pays et ravalée au rang de langue vernaculaire... Un ministre de l'Éducation nationale (Claude Allègre) n'a-t-il pas déclaré que « l'anglais ne doit plus être une langue étrangère en France » ?

En fait d'anglais, le ministre ne pensait pas à la belle langue de Shakespeare mais au basic english ou à l'anglais d'aéroport que beaucoup de nos hommes d'affaires parlent avec un fort accent du terroir !

Les préconisations du ministre et de l'élite internationaliste sont-elles au moins susceptibles de servir les intérêts économiques de la France ? Rien n'est moins sûr si nous disposons, d'ici une ou deux décennies, de systèmes de traduction instantanée (en mode oral aussi bien qu'écrit) qui réduiront à néant l'utilité du basic english. Les gens d'affaires préféreront alors s'exprimer dans leur langue maternelle en faisant usage de toutes ses nuances plutôt que dans une langue étrangère mal assimilée. Dans la compétition internationale, l'avantage reviendra alors aux peuples qui maîtriseront une langue riche et solide. Dans cette éventualité, les langues étrangères ne seront plus enseignées dans un but utilitaire mais seulement pour le plaisir de la connaissance et de l'accès à une culture différente.

En attendant, la prudence commande de préserver le français et de ne pas compromettre son renouveau par une anglicisation hâtive de notre système éducatif et des médias.

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blois

Au cours du Xeme siècle, Thibaut Ier (mort vers 975), vicomte de Tours et comte de Blois, fait élargir le domaine dont il a hérité, avec les comtés de Chartres, de Dunois, et veut conquérir l’Anjou. Il construit des places fortes, dont une grosse tour à Blois.

A la fin du XIIème siècle, Louis de Blois (1191-1205) s’allie au roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion pour combattre le roi de France Philippe-Auguste. En 1204, il participe à la prise de Constantinople lors de la quatrième Croisade et meurt le 14 avril 1205 à la bataille d’Andrinople en Terre Sainte.

Son fils Thibault VI (1205-1218), dernier comte de Blois de la maison de Champagne, fait édifier en 1214 la grande salle (qui est actuellement la salle des Etats) du château de Blois.

En 1391, le comte Guy II de Châtillon cède au fils de Charles V, Louis de France (1368-1407) (frère de Charles VI), les comtés de Blois et de Dunois. Louis en prend possession à la mort de Guy en 1397. Blois devient alors pour un siècle la résidence favorite des ducs d’Orléans.

A la suite de la bataille d’Azincourt (1415), Charles d’Orléans (1394-1465), fils de Louis de France, est fait prisonnier. 25 ans plus tard, à sa libération, celui-ci prend possession du château de Blois et procède à des remaniements en faisant bâtir un édifice habitable à la place de la vieille forteresse médiévale.

27 juin 1462, naissance à Blois de Louis d'Orléans, le futur Louis XII.

A la mort de Charles d’Orléans, son fils Louis devient duc d’Orléans et comte de Blois, avant de devenir roi de France sous le nom de Louis XII en 1498. Le Château de Blois devient ainsi une demeure royale où le roi séjourne les mois d’hiver.
Le Château accueille à l’aube du 6 décembre 1491 le mariage de la duchesse Anne de Bretagne et du roi Charles VIII.

Après son ascension sur le trône de France, Louis XII, qui passa son enfance au château, fait construire de décembre 1498 à 1502 (ou 1503) l’aile Louis XII. Cette aile, à l’esthétique flamboyante, fut érigée par les maîtres d’oeuvre François de Pontbriant et Simonet Guischart. Cette aile est bâtie avec une double galerie, la galerie basse reprenant la disposition d’un cloître et dans la partie haute une galerie intérieure.
Le 9 janvier 1514, Anne de Bretagne décède au Château de Blois.
En 1514, le comté de Blois est donné à Claude, fille aînée de Louis XII et Anne de Bretagne.

De 1515 à 1524, François Ier y fait construire sur l’aile nord un logis d’inspiration Renaissance flanqué du célèbre escalier en vis de Blois.

Juillet 1524, la reine Claude, fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne et épouse de François 1er, meurt à Blois.

En 1539, le roi fait transférer le mobilier du Château à Fontainebleau suivi en 1544 par la bibliothèque.

Lors d’un bal donné en avril 1545, Pierre de Ronsard fait la rencontre de la belle Cassandre Salviati, qui lui inspire le fameux « Sonnet à Cassandre ».

En 1550, Henri II fait réaliser des travaux dans le « logis neuf », l’aile François 1er.

En mars 1572, plusieurs fêtes sont célébrées à Blois pour l’arrivée de Henri de Navarre, venu fêter ses fiançailles avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Les fiançailles ont lieu en avril 1572 dans la chapelle du château.

En 1576 et 1588, le roi Henri III convoque les états généraux à Blois.
Le 23 décembre 1588, le duc de Guise est assassiné dans la chambre du roi par la garde personnelle du roi.

Au XVIIe siècle, est construite par François Mansart l’aile Gaston d’Orléans (nom du frère de Louis XIII). Ce bâtiment est un des premiers édifices caractéristiques du classicisme français.
Après la mort de Gaston Jean Baptiste de France, duc d’Orléans le 2 février 1660, le château, inachevé, est mal entretenu et se détériore.
La transformation en 1788 du château en caserne sauve l’ancien palais de la destruction.

Prosper Mérimée le fait classer sur le première liste des monuments historiques en 1840.
Le 9 mars 1843 l’aile François Ier est restituée à la ville de Blois afin de devenir un musée. Pour le reste du château, il faudra attendre le 30 octobre 1867 pour le voir ouvert au public dans son intégralité.

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