pharmacie

PHARMACIE HOSPITALIERE - Préservées par les moines, les connaissances des anciens en poisons et remèdes sont exercées au Moyen Age dans les couvents (pharmacie religieuse). C'est par le développement progressif des pharmacies dans les maladreries, Hôtels-Dieu et autres hôpitaux, par les échanges avec les apothicaires arabes, et par la séparation des métiers de médecin et de pharmacien que naîtra la pharmacie hospitalière. En 1495 est créée la première apothicairerie hospitalière, à l’Hôtel-Dieu de Paris.

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Né dans une famille de marchand et de fonctionnaires, à la suite du décès de son père (vers 1483), il est adopté par son oncle maternel, l'évêque de Cracovie Lukas Watzelrode (ou Lucas Watzenrode). Celui-ci veille bien sur son neveu et s'assure qu'il fréquente les meilleures écoles et universités ; en 1491 il devient étudiant à l'université de Cracovie où il étudie les arts sans toutefois obtenir de diplôme. Avant de quitter Torun, son oncle le nomme chanoine de Frombork, on lui attribue surtout les responsabilités financières mais aucune responsabilité religieuse. Par la suite il se rend en Italie où il étudie le droit canonique et la médecine à l'université de Bologne, puis l'astronomie dans les cours de Domenico Maria Novara : Novara est un des premiers scientifiques à remettre en cause le système géocentrique de Ptolémée. L'intérêt de Copernic pour la géographie et l'astronomie est encouragé par son professeur. Les deux hommes observent ensemble de nombreuses occultations, éclipses de lune, ainsi que l'occultation de l'étoile Aldébaran le 9 mars 1497 à Bologne.

Il devient professeur de mathématiques et conférencier sur l'astronomie à Rome en 1500 avant de retourner l'année suivante à Frauenburg. Il retourne finalement en Italie pour finir ses études à la faculté de droit et de médecine de Padoue (l'université où Galilée enseignera cent ans plus tard). Il est inhabituel d'étudier un sujet dans une université et d'être diplômé d'une autre, Copernic décide donc de terminer ses études de médecine, pour aller à Ferrare où il obtient son doctorat en droit canon en 1503 puis il retourne en Pologne pour assumer ses devoirs d'administrateur et de chanoine.

Après ses études, il fait construire un observatoire à Frauenburg, où il entame ses recherches en astronomie. À son retour en Pologne Copernic vit dans un palais chez son oncle Lidzbark Warminski. Il s'occupe principalement des affaires du diocèse mais c'est aussi là où il prend part au conflit contre les chevaliers teutoniques.

Copernic possède une très bonne connaissance du latin, comme tous les érudits de son temps, il publie donc son premier livre, une traduction de lettres latines sur la morale, l'auteur original était un byzantin du VIIe siècle, Thophylacte de Simocatta. Il prend alors sept ans de sa vie pour écrire De Hypothesibus Motuum Coelestium a se Contitutis Commentariolus (connu sous le titre de Commentariolus), qui est un court traité d'astronomie, qu'il termine vers 1515.

Ce traité ne sera toutefois pas publié avant le XIXe siècle. C'est dans cet ouvrage, qu'il énonce ses principes de l'astronomie héliocentrique, ce qui bouleversera énormément la communauté scientifique de son temps.

C'est également vers le même temps que Copernic participe au Ve concile du Latran sur la réforme du calendrier; il écrit plus tard, vers 1517, un traité sur la monnaie et ensuite son œuvre principale De Revolutionibus Orbium Coelestium, De la révolution des sphères célestes, achevé vers 1530. Cette œuvre magistrale ne seras publiée, par un imprimeur luthérien de Nuremberg, que le 24 mai 1543, peu de temps avant la mort de Copernic.

Avant Copernic, la façon de voir le cosmos reposait sur la thèse aristotélicienne que la Terre est le centre de l'univers et que tout tourne autour d'elle : « l'univers géocentrique ». Selon cette thèse, la Terre est au centre puis viennent, dans l'ordre: la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne et ensuite la sphère éloignée que l'on nomme la sphère des fixes, car c'est là que l'on trouve les étoiles qui, elles, sont considérées immobiles.

On croyait aussi à ce moment que la sphère des fixes oscillait légèrement, ce qui expliquait la précession des équinoxes. Cette cosmologie nous arrive de Claude Ptolémée, un géographe du IIe siècle de notre ère. Ptolémée a écrit le traité fondamental l'almageste vers 141. Ce traité deviendra la vérité établie du géocentrisme jusqu'à la Renaissance. Le système de Copernic repose sur l'observation que la Terre tourne sur elle-même et fait un tour sur son axe en une journée, ce qui explique dans un premier temps le mouvement diurne de la sphère céleste en un jour. Il prétend également que la Terre fait le tour du soleil (héliocentrisme) en un an.

Il affirme de plus que les autres planètes font la même chose que la Terre et qu'elles tournent toutes autour du soleil. Copernic avance également le fait que la terre oscille sur son axe tout comme une toupie, ce qui explique la précession. La théorie de Copernic s'attaque à celle de Ptolémée : Copernic conserve toutefois certains éléments de l'ancien système qu'il veut pourtant déloger. Ainsi l'idée des sphères solides, ou la sphère des fixes, est conservée par Copernic.

Le nouveau système proposé par Copernic a certains avantages sur celui de son prédécesseur. Il explique, entre autres, le mouvement journalier du soleil et des étoiles par la rotation terrestre. Le mouvement du soleil au cours de l'année est aussi expliqué par le nouveau système. Il a également l'avantage d'expliquer le mouvement rétrograde des planètes externes, (Mars, Jupiter, Saturne). Sa théorie prend également en compte les planètes internes, Vénus et Mercure, qui sont situées plus près du Soleil que la Terre.

Copernic avance aussi une théorie sur l'ordre des planètes, leurs distances et, par conséquent, la période de leur révolution. En effet, Copernic contredit Ptolémée en affirmant que plus l'orbite d'une planète est grande, plus il lui faudra de temps pour faire une révolution complète autour du Soleil. Cette théorie sera plus tard approfondie par Isaac Newton.

Le XVIe siècle et ses très grandes tendances géocentriques (confortées par les écritures saintes) acceptent mal que la Terre soit mobile. Les chercheurs et scientifiques du XVIe siècle acceptent certains éléments de la théorie, en revanche la base de l'héliocentrisme est rejetée. Seulement une dizaine de chercheurs de son époque lui accorde un appui. Mais ces chercheurs travaillent souvent à l'extérieur des universités (subventionnées), dans des cours royales ou impériales, ou encore même tout près de l'Église. Les plus célèbres sont Galilée et l'astronome allemand Johannes Kepler.

Toutefois en 1588, bien après la mort de Copernic, on arrive à un certain compromis. L'astronome danois Tycho Brahé soutient une théorie qui garde la terre immobile mais qui prévoit que toutes les autres planètes tournent autour du Soleil pendant que celui-ci tourne autour de la Terre. Le système de Copernic sera condamné en 1616, et Galilée qui reste un fervent de la théorie copernicienne sera condamné par un tribunal ecclésiastique en 1633. L'acceptation de la nouvelle théorie est lente.

Près de cent ans après la parution de la Révolution des sphères célestes, réticences et hésitations existent toujours. Si certains philosophes jésuites sont profondément convaincus, certains sont même disciples de Copernic, d'autres acceptent plutôt le système de Tycho Brahé. Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour voir se réconcilier la plupart des savants de l'Europe, grâce à mise en place de la mécanique céleste d'Isaac Newton. Outre la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas et le Danemark, le reste de l'Europe gardent leur position anti-copernicienne pendant encore un siècle.

Copernic a retardé de plusieurs années la parution de l'œuvre de sa vie. Ses croyances et la peur des foudres du Vatican et de Wittenberg en sont les principales raisons. Il n'oublie pas une dédicace au pape Paul III dans son œuvre rédigée en latin où il revendique le droit à la liberté d'expression. Copernic aura su libérer ses contemporains scientifiques et chercheurs de leur préjugés théologiques, il amène aussi les théologiens à prendre une certaine distance vis à vis l'interprétation trop stricte des textes sacrés.

À partir de Copernic la science et la religion vont prendre des routes différentes. L'astéroïde 1322 Coppernicus a été nommé en son honneur (Coppernicus est une des épellations allemandes).

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Le voyage inaugural de Colomb est celui qui est le mieux connu des historiens. Comme l'écrit Jacques Heers : « Pour nous en tenir au temps de Colomb, de tous les voyages maritimes du temps (…) aucun ne peut être connu (…) avec tant de minutie et de sérieux. » Deux documents écrits permettent de suivre les navires de l'explorateur : le Journal, dans la version donnée par Bartolomé de Las Casas, et la lettre à Santangel, écrite le 14 février 1493 sur la route du retour, sorte de bilan de son expédition adressée en Espagne. Par ailleurs, à compter de 1938, l'amiral américain Samuel Eliot Morison a entrepris de refaire le périple du Génois et a pu, en ce qui concerne le premier voyage, « pointer sur la carte la position des navires chaque soir ».

Le 3 août 1492, Colomb est au départ à Palos de la Frontera (Huelva) avec trois navires — deux caravelles, la Pinta et la Nina, et une caraque, la Santa Maria (qui ne prendra ce nom que lors des voyages ultérieurs de Colomb) — et pas plus de 90 membres d'équipage.

Une première escale a lieu aux îles Canaries, à Las Palmas de Gran Canaria du 9 août au 6 septembre, (la route du sud a été choisie pour éviter les croisières portugaises au large des Açores). Là, Colomb et ses hommes approvisionnent en bois, en eau et en vivres. Les marins profitent de l'escale pour réparer les navires. Puis, portés par les vents d'est, ils reprennent la mer direction plein ouest : Colomb conserve la latitude des îles Canaries, qu'il croit être celle du Japon.

Dix jours plus tard, le 16 septembre, apercevant des masses d'herbes voguer, l'équipage croit être près de la terre ferme. Ils entrent en fait dans la mer des Sargasses, une région située à environ 1 600 kilomètres des côtes américaines. L'océan Atlantique, recouvert de ces grandes algues, y est plutôt calme et les vents presque nuls. À partir du 19 septembre, les vents faiblissent fortement, immobilisant les bateaux. Une grande inquiétude finit par s'installer au sein de l'équipage.

Le 25 septembre, Martin Alonso Pinzon, le capitaine de la Pinta croit voir une terre, mais cela n'est en fait qu'une illusion optique. Le vent finit par se lever à nouveau, mais les jours passent, tandis qu'aucune terre n'est en vue. Colomb pense avoir dépassé les Indes orientales.

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Le 7 octobre, l'autre frère Pinzon, Vicente, le commandant de la Niña est également victime d'une illusion d'optique. Colomb a une idée : observant les oiseaux, il décide de changer de cap, vers l'ouest-sud-ouest. Ce changement va marquer son succès. Le 10 octobre, les marins montrent cependant de l'impatience, ayant peur que les navires ne soient perdus. De plus, les vivres et l'eau douce commencent à faire défaut.

Le 12 octobre à deux heures du matin, après une traversée quasi parfaite, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, annonce que la terre est en vue, les vaisseaux restent à deux heures des côtes, attendant le lever du jour, pour pouvoir accoster.

Dans la matinée, Colomb et les frères Pinzon prennent place dans une barque. Le navigateur croyant être dans l'archipel nippon, fait enregistrer la prise de possession de l'îlot pour le compte du roi d'Espagne par le notaire qui les accompagne. Il le baptise du nom du Christ : San Salvador (Guanahari pour les Indiens Taïnos) et s'en fait nommer vice-roi et gouverneur général.

La première rencontre avec les indigènes – que Colomb nomme « Indiens » car il pense avoir atteint les Indes orientales – est encore pacifique. Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d'autres objets. L'interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n'est pas d'une grande utilité… Lors de ce premier contact, avec force gestes, répétitions et quiproquos, les Taïnos indiquent — ou les Espagnols comprennent — que de l'or se trouve en quantité importante sur une grande île au sud-est, habitée par des populations d'anthropophages qui leur sont hostiles.

Le 28 octobre, Colomb accoste dans une baie (aujourd'hui « baie de Bariay ») de cette île qu'il nomme alors Juana, en l'honneur du prince Don Juan, le fils des rois catholiques : cette île est aujourd'hui connue sous le nom de Cuba. Il pense connaître parfaitement sa position sur le continent asiatique. Ses hommes et lui-même apprennent à fumer de grandes feuilles séchées : le tabac. Se croyant à Cipangu (le Japon), Christophe Colomb, envoie Luis de la Torre et Rodrigo de Jerez à la recherche du Grand Khan à l'intérieur des terres.

Le 12 novembre, les vaisseaux reprennent la mer. Mais le 23 novembre, Colomb perd de vue la Pinta, il accuse alors son capitaine Martin Alonso Pinzon d'avoir déserté. En réalité, celui-ci est parti seul à la découverte de ce prétendu Japon tant convoité. Colomb retourne à Cuba. On lui évoque alors une île située à l'est de Cuba, que les indigènes appelle Bohio. Il appareille le 4 décembre.

Deux jours plus tard, le 6 décembre, la Niña et la Santa Maria mouillent dans une baie de l'île de Bohio (en réalité au « Môle Saint-Nicolas » au nord-ouest d'Haïti), Colomb la baptise du nom d'Hispaniola (« L'Espagnole »), car elle lui rappelle les campagnes de la Castille. On la connaît aujourd'hui sous le nom de « Saint-Domingue ». Les habitants locaux se montrent plutôt craintifs, pensant que les Espagnols viennent du ciel. Des relations amicales se nouent cependant et les marins reçoivent un peu d'or.

Mais un événement malheureux se déroule au cours de la nuit du réveillon de Noël : alors que seul un mousse est à la barre de la Santa Maria – au mépris de toutes les règles de la marine – le navire vient s'échouer sur un récif dans la nuit du 24 au 25 décembre 1492. Le navire est perdu et seule l'aide des Indiens permet de débarquer dans l'urgence la plus grande partie de la cargaison. Colomb doit se résoudre à laisser 39 hommes sur place dans un petit fortin édifié dans la baie de La Navidad (située non loin de l'actuelle ville de Cap-Haïtien), avec le bois récupéré sur le navire échoué.

Alonso Pinzon est de retour. Il cherche à justifier sa recherche solitaire. Colomb, estimant qu'il vaut mieux ne pas se diviser, fait semblant d'accorder du crédit au récit de Pinzon. Longeant les côtes nord de l'île, les deux navires restant arrivent dans la baie de Samana, ils y rencontrent les cannibales déjà évoqués. Plus agressifs que les Arawaks, ils déclenchent une escarmouche et Colomb décide de battre en retraite. Mais les marins en ont assez de leur vie dans ces îles, ils veulent rentrer en Europe. Christophe Colomb met le cap vers l'Espagne le 16 janvier 1493, aidé par de bons vents.

Le 12 février, la Pinta, commandée par Alonso Pinzon disparaît de nouveau lors d'une tempête. Les marins de la Niña prennent peur et prient. Colomb craint de ne pas arriver en Espagne pour conter ses découvertes, il consigne celles-ci sur un parchemin qu'il entoure d'une toile cirée et met dans un tonneau qu'il jette à la mer, demandant à celui qui le découvrira de porter le parchemin au roi d'Espagne.

Trois jours après, le temps se calme. La Niña s'arrête dans une île de l'archipel portugais des Açores. Le 18 du mois, le vaisseau repart, mais une nouvelle tempête lui fait perdre son cap.

Le 4 mars, Colomb arrive dans l'estuaire du Tage. La nouvelle de sa découverte des « Indes » s'est déjà répandue. De tout Lisbonne, la population se précipite pour voir les Indiens que celui-ci a ramenés à son bord. Colomb apprend que la Pinta, qui avait dérivé vers la Galice, est arrivée avant lui au port de Baiona.

Jean II, roi de Portugal, demande à voir l'explorateur. Le 9 mars, le roi le reçoit en audience privée. Ce dernier l'écoute avec attention, mais à la fin de l'entretien, affirme que c'est à lui que reviennent les découvertes de Colomb, compte tenu d'accords internationaux. Le découvreur quitte le Portugal le 13 mars pour Palos, qu'il atteint finalement le 15, en même temps que la Pinta. Le capitaine Alonso Pinzon meurt un mois plus tard.

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Samuel de Champlain, Saintongeais né vers 1580 , fils de « feu Anthoine de Champlain, vivant capitaine de la Marine, et de dame Marguerite Le Roy » et mort le 25 décembre 1635 à Québec, était un navigateur, soldat, explorateur, ethnologue, diplomate, géographe, cartographe, dessinateur, écrivain et fondateur de la ville de Québec, le 3 juillet 1608, dont il fut administrateur jusqu'à son décès.

Si Champlain devint gouverneur de la Nouvelle-France, ce ne fut toujours que d'office, jamais en titre : il en accomplissait les fonctions, en tant que « lieutenant » (représentant) d'un noble désigné comme vice-roi pour la Nouvelle-France mais resté en France, tel Pierre Dugua de Mons.

Hormis son lieu d'origine déclaré (de naissance ou d'habitat dans son jeune âge), Brouage en Saintonge (Charente-Maritime), nous n'en savons guère plus sur la jeunesse de Champlain, outre qu'il a reçu une bonne formation de marinier, cartographe, qu'il a lu les récits de Jacques Cartier et autres explorateurs, et qu'il a servi quelques années dans les troupes, en faveur du roi, dont il obtint ainsi une petite pension à vie. Tout ceci nous est peu à peu révélé dans les récits qu'il a publiés à Paris de 1603 à 1632.

En 1599, après ces quelques années dans les troupes, il eut l'occasion, grâce à son oncle Guillaume Allène, dit « capitaine provençal », de s'embarquer pour l'Espagne et ensuite d'être chargé de mener un navire de l'oncle aux Indes Occidentales (aux Antilles et dans le Golfe du Mexique). Ce voyage d'une durée de deux ans est relaté dans « Brief discours des choses plus remarquables que Samuel Champlain de Brouage a reconneues aux Indes Occidentales » . Informé par des Espagnols, Champlain alla jusqu'à explorer Mexico et ce qui est aujourd'hui le Panamá, reconnaissant lui-même l'étroitesse de l'isthme et la pertinence d'y construire un jour un canal !

Son premier voyage vers l'Amérique du Nord commença en 1603 au sein d'une expédition de traite des fourrures au Canada, pilotée par François Gravé (dit sieur du Pont ou Pont-Gravé, Gravé-Dupont, le Pont). Il partit le 15 mars 1603 de Honfleur (Calvados), à bord de La Bonne Renommée. Deux autres navires les accompagnèrent, dont La Françoise. Désireux de se faire valoir auprès du roi qui lui versait déjà une petite rente (et de briller sur les traces de Jacques Cartier), Champlain avait reçu d'Henri IV l'assentiment qu'il avait sollicité, sous offre et promesse de lui faire rapport de ses « découvertures » (découvertes, résultats d'explorations). Il explora donc une partie du pays, en compagnie de François Gravé-Dupont qui, chaque été depuis au moins 3 ou 4 ans, avait l'habitude de remonter le fleuve en barque jusqu'aux Trois-Rivières. Champlain n'eût pas d'autre assignation officielle pour ce voyage et il put esquisser, avec une grande précision, une carte de « la Grande Rivière de Canadas », de son embouchure jusqu'au Grand Sault infranchissable que Jacques Cartier avait atteint en 1535. À son retour en France le 20 septembre, Champlain fit rapport au roi puis fit publier un compte-rendu de ses voyages intitulé « Des sauvages... » (relation de son séjour dans un campement estival de Montagnais à Tadoussac, en plus du récit de ses explorations, de dessins et de cartes).

À nouveau chargé par Henri IV de lui faire rapport de ses découvertes, Champlain participa à une autre expédition en Nouvelle-France au printemps 1604, menée celle-là par Pierre Dugua de Mons et toujours pilotée par François Gravé-Dupont. Appareillant du Havre-de-Grâce, l'expédition compte deux navires, la Bonne Renommée et le Don de Dieu. Champlain aida à la fondation de l'habitation de l'Île Sainte-Croix, le premier établissement français du Nouveau Monde, qui fut abandonné l'hiver suivant. Ensuite, l'expédition établit la colonie à Port-Royal, avec la recommandation et l'aide de Champlain, qui s'adonna ensuite au jardinage avec un nouveau venu qui lui deviendra un grand ami : l'apothicaire parisien Louis Hébert.

Champlain vécut à Port-Royal (Acadie), durant les années suivantes. Il explora et cartographia le littoral de l'Atlantique, de l'Île du Cap-Breton jusqu'au sud du Cap Blanc (Cape Cod, Massachusetts, États-Unis). Puis il y fonda l'Ordre du Bon-Temps pour y passer l'hiver « fort joyeusement », entre hommes car il n'y avait ni femme ni enfant dans cette longue expédition. Au mois de mai 1607, Port-Royal fut abandonné quand les privilèges de commerce de Pierre Dugua de Mons furent révoqués et toute l'expédition retourna en France.

Champlain ne resta pas très longtemps en France. Le 18 avril 1608, il repartit pour la Nouvelle-France à bord du Don de Dieu, comme lieutenant de ce même Pierre Dugua de Mons (qui ne revint plus en Amérique), avec mission d'y établir une colonie permanente en un lieu favorable le long de la Grande Rivière de Canadas.

Le 3 juillet, Champlain accosta à Tadoussac et, avec ses ouvriers, gagna en barque la « pointe de Québec » où il fit ériger trois bâtiments principaux, d'une hauteur de deux étages, entourés d'un fossé de 4,6 mètres de large et d'une palissade de pieux. Cet emplacement allait devenir la ville de Québec.

Le premier hiver fut difficile pour ces hivernants, tous des ouvriers. Des 25 hommes qui étaient restés, seulement huit ont survécu, la plupart étant décédés du scorbut. L'été revenu, Champlain prit soin d'établir d'excellentes relations avec les Amérindiens des environs : comme à Tadoussac six ans auparavant, il renoua des alliances avec les Montagnais et les Algonquins (qui vivaient au nord du Fleuve Saint-Laurent), en acquiesçant à leur demande persistante de les aider (de leurs armes à feu ) dans la guerre contre leurs ennemis Iroquois (qui vivaient au sud du fleuve).

Champlain partit avec neuf soldats français et 300 Amérindiens pour explorer la Rivière des Iroquois (aujourd'hui le Richelieu) et découvrit le lac Champlain dans le Vermont. N'ayant fait aucune rencontre avec les Iroquois à ce moment-là, plusieurs des hommes ont rebroussé chemin, laissant Champlain avec seulement deux Français et 60 Amérindiens.

Au 19 juillet, à l'emplacement du futur Fort Carillon, aujourd'hui Crown Point, New York, Champlain et son équipe rencontrèrent un groupe d'Iroquois. Une bataille commença le jour suivant. Deux cents Iroquois avancèrent sur la position de Champlain tandis qu'un guide indigène pointait les trois chefs iroquois. Champlain tira un coup de son arquebuse et tua deux d'entre eux d'un seul coup. Les Iroquois firent demi-tour et s'enfuirent. Cela allait donner le ton aux relations franco-iroquoises pour les cent années suivantes.

Après sa victoire, il retourna en France dans une tentative qui échoua, avec de Mons, pour renouveler leur monopole du commerce de la fourrure. Ils ont, toutefois, formé une société avec quelques marchands de Rouen pour lesquels Québec pouvait devenir un entrepôt exclusif pour leur commerce de la fourrure et, en retour, les marchands de Rouen soutiendraient la colonie. Champlain retourna à Québec le 8 avril 1610.

À son retour, ses alliés amérindiens lui demandèrent de les assister dans une autre bataille contre les Iroquois. Durant la bataille à l'embouchure de la rivière Richelieu, Champlain fut blessé par une flèche qui « coupa le bout de [son] oreille et perça [son] cou ». La bataille gagnée, il retourna à Québec pour constater que la traite de la fourrure avait été désastreuse pour les marchands qui le soutenaient et pour apprendre la nouvelle de l'assassinat d'Henri IV. Il retourna donc en France, laissant 16 hommes à Québec. Il en profitera pour s'y marier (à la fin de décembre 1610), mais il reviendra à Québec pour l'été 1611...

Samuel de Champlain rappelle Jacques Cartier - Dans l’introduction de son 5e volume, Champlain nous informe que :

« ledit Cartier alla jusques à un lieu qui s’apppeloit de son temps Ochelaga, et qui maintenant s’appelle Grand Sault saint Louis, lesquels lieux estoient habitez de Sauvages, qui estans sedentaires, cultivoient les terres. Ce qu’ils ne font à present, à cause des guerres qui les ont fait retirer dans le profond des terres » […]
Puis Champlain continue :

« ledit Cartier ayan recognu, selon son rapport, la difficulté de pouvoir passer les Sauts, et comme estant impossible, s'en retourna où estoient ses vaisseaux… hyverner en la riviere Saincte Croix, où maintennt les Pere Jesuites ont leur demeure »

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Chirurgien français (Bourg-Hersent, près de Laval, vers 1509-Paris 1590).

Après une carrière de chirurgien militaire, il fut chirurgien des rois Henri II, François II, Charles IX et Henri III et il est traditionnellement considéré comme « le père de la chirurgie moderne ». Son innovation la plus célèbre est d’avoir substitué la ligature des artères à la cautérisation au fer rouge, après l’amputation d’un membre, mais il élucida, par ailleurs, une foule de questions d'anatomie, de physiologie et de thérapeutique. Pour déterminer l’emplacement des balles localisées dans le corps d’un blessé, il eut l’idée de placer la victime dans la position qu’elle avait au moment de la blessure. Il a écrit de nombreux ouvrages, parmi lesquels la Méthode de traiter les plaies faites par les arquebuses et aultres batons à feu (1545), qui contribua à asseoir sa réputation, Méthode curative des plaies et fractures de la tête humaine, avec les portraits des instruments (1561), Cinq Livres de chirurgie (1571), etc. Humaniste, il prenait le plus grand soin de ses patients, quel que soit leur rang, les assistant comme s’ils étaient des proches. Il est l'auteur de la phrase célèbre : « Je ne vous demande pas si vous êtes catholique ou protestant, riche ou pauvre, mais : quel est votre mal ? ».


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Nicolas Copernic, né le 19 février 1473 à Torun, Prusse royale (Royaume de Pologne) et mort le 24 mai 1543 à Frombork (également en Prusse royale, Royaume de Pologne), est un chanoine, médecin et astronome polonais. Il est célèbre pour avoir développé et défendu la théorie de l'héliocentrisme selon laquelle le Soleil se trouve au centre de l'Univers et la Terre tourne autour de lui contre la croyance répandue que cette dernière était centrale et immobile. Les conséquences de cette théorie dans le changement profond des points de vue scientifique, philosophique et religieux qu'elle impose sont baptisées révolution copernicienne.
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Jusqu'au XVI ème siècle , la plupart des gens pensaient que la Terre était au centre de l'Univers et que tout, la lune, le Soleil et les planètes tournait autour d'elle.

Nicolas Copernic fut l'astronome qui le premier suggéra que le Soleil était au centre de l'univers et que la Terre tournait autour de lui. C'est une vision héliocentrique du monde.

Copernic est né en Pologne en 1473.

Et il est mort en 1547.

Copernic décrivit ses idées dans un traité intutulé " De revolutionibus orbium coelestium libri VI ) sur les révolutions de la sphére celeste.

L'Eglise catholique romaine mit le livre de Copernic à l'index durant près de 300 ans !!!!

Copernic ne tira ses idées de l'observation du ciel nocturnes mais de l'étude de l'astronomie ancienne.

Il fut mis sur la voie par la façon dont les planètes semblaient  faire marche arrière de temps à autres sur la voûte étoilée. En effet nous avançons plus vite que les certaines planètes.

La première preuve de la théorie de Copernic fut apportée en 1609 par Galilée qui observa avec une lunette des lunes tournant autour de Jupiter.

Le bouleversement d'idées apporté par Copernic est connu sous le terme de Révolution copernicienne.

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Léonard de Vinci fait partie de ces figures dont l'universalité du génie dépasse l'entendement. Il faut reconnaître qu'il n'y a guère qu'à cette époque qu'il est humainement possible de rassembler chez un seul individu autant d'aptitudes diverses, et ce au plus haut niveau. Aujourd'hui, la diversité des techniques et l'étendue des connaissances sont telles qu'un tel phénomène est inconcevable. De Vinci fut peintre à l'origine, mais il se révéla aussi grand savant que grand artiste, il entrevit les lois de la mécanique, et anticipa les voies de la science actuelle sur la géologie, la botanique, le vol des avions, la marche des sous-marins. Ce personnage suscite de l'admiration, mais aussi des reproches, et sa personnalité est telle qu'elle se trouve de bonne heure colorée par la légende. Léonard de Vinci naquit en Toscane en 1452, dans le petit bourg dont il porte le nom, non loin de Florence. Il était le fils illégitime d'un notaire ser Piero, et d'une paysanne, Caterina. Léonard reçu une éducation soignée, notamment en grammaire et calcul, avant d'aller en 1467 à Florence dans l'atelier de Verrochio, où il acquit une formation pluridisciplinaire (peinture, sculpture, travaux de décoration). C'est de cette époque que datent ses premières toiles, comme par exemple « l'Adoration des Mages ».A la fin de 1481, Léonard quitta Florence pour Milan, où il était attiré par le projet de participer à un monument équestre géant du duc Sforza, dit « Il Cavallo » .

Il resta à Milan jusqu'en 1499 ; il y régnait un climat favorable où tous ses dons pouvaient s'épanouir. C'est de cette époque que date la célèbre « Vierge aux rochers », conservée au musée du Louvre, qui était une commande de la confrérie de l'Immaculée Conception à San Francesco Grande. Il se consacra, de manière parallèle, à une somme impressionnante d'activités diverses : divers projets architecturaux pour la cathédrale de Milan et celle de Pavie, décors de théâtre à scène tournante, conception de costumes pour des fêtes et des tournois, études d'urbanisme, d'hydraulique pour les canaux de Milan, observations géologiques... Il assistait de manière régulière à des réunions de mathématiciens, et, dans le même temps, mettait en place les prémices d'un « Traité de la peinture ».

Léonard devint peu à peu célèbre dans tout l'occident, et, en 1500, il se rendit à Mantoue à la demande d'Isabelle d'Este pour lui faire son portrait. Elle tenta en vain d'obtenir de lui d'autres oeuvres. A partir de 1506, il partagea son temps entre Milan où il fut au service des Français (plus spécialement de Charles d'Amboise), et Florence. C'est à Florence qu'il peignit « Mona Lisa » et la grande composition de « La Bataille d'Anghiari », jamais achevée. Léonard quitta définitivement Milan en 1513 lorsque la cité fut reprise par la coalition antifrançaise. Il fit ensuite un bref séjour à Rome au service de Giuliano de Medicis, frère de Léon X, mais il y supporta mal la concurrence de Raphaël et Michel-Ange, et accepta en 1516 l'invitation de François 1er, vainqueur à Marignan et arbitre de l'Italie. Il résida ensuite définitivement en France, à Amboise (au Clos Lucé précisément), où il fut nommé « premier peintre, ingénieur et architecte du roi ». A sa mort, en 1519, il légua l'ensemble de ses notes techniques à Francesco Melzi, son élève et compagnon fidèle, afin qu'elles fussent publiées et rendues utiles au plus grand nombre. Hélas, ceci ne fut réalisé que quatre siècles plus tard, et l'héritage intellectuel de Léonard est ainsi resté dans l'ombre pendant longtemps.

Le nombre d'oeuvres (fresques ou toiles) attribuées à Léonard de Vinci ne sont finalement pas si nombreuses, et parmi celles dont l'origine est formellement reconnue (une quinzaine au total), certaines ont vu leurs couleurs abîmées par le temps, et d'autres encore sont inachevées. Ses principales oeuvres sont « la Cène », fresque d'un couvent de Milan, et quelques tableaux comme « La Vierge aux rochers », « La Vierge, Saint Anne et l'enfant Jésus », le fameux portrait connu sous le nom de la « Joconde ». Dans toutes ces compositions, la figure humaine constitue le motif central.

Léonard De Vinci éleva au plus haut deux techniques picturales, qui, aux alentours de 1500, ont radicalement changé l'art de peindre. La première d'entre elles est le souci constant et de la composition géométrique à la fois gracieuse et scrupuleusement étudiée. La structure pyramidale, apparue avec « La Vierge aux Rocher », en est un exemple marquant. La deuxième technique dont Léonard de Vinci fut le maître est l'art dit du « clair-obscur » (ou « sfumato ») qui permet, par le jeu subtil des ombres et des lumières, baigner le sujet dans une atmosphère à la fois harmonieuse et mystérieuse.

L'oeuvre artistique de Léonard de Vinci s'enrichit également d'une somme impressionnante de dessins, croquis, esquisses, qui, bien davantage que les peintures, sont la vitrine des recherches inépuisables que leur auteur multipliait. On trouve ainsi des représentations très soignées d'instruments et de mécanismes, des croquis de scènes fantastiques, la célèbre « série des cataclysmes », des visages, des figures, exprimant tantôt la suavité, tantôt la tourmente, l'élégance ou l'horreur. Cette extraordinaire maîtrise de l'outil graphique explique comment Léonard de Vinci a pu s'aventurer si avant dans l'exploration de bien d'autres domaines ou techniques que la peinture. L'analyse scientifique du réel, la réflexion avant l'expérimentation sont les principes de base de la démarche de Vinci, qu'il manifesta aussi bien dans les arts que dans les sciences.

Plus qu'en tant que scientifique proprement dit, Léonard de Vinci a impressionné ses contemporains et les générations suivantes par son approche méthodique du savoir, du savoir apprendre, du savoir observer, du savoir analyser. La démarche qu'il déploya dans l'ensemble des activités qu'il abordait, aussi bien en art qu'en technique (les deux ne se distinguant d'ailleurs pas dans son esprit), procédait d'une accumulation préalable d'observations détaillées, de savoirs disséminés ça et là, qui tendait vers un surpassement de ce qui existait déjà, avec la perfection pour objectif. Bon nombre des croquis, notes et traités de Léonard de Vinci ne sont pas à proprement parler des trouvailles originales, mais sont le résultat de recherches effectuées dans un souci encyclopédique, avant l'heure.

Après la révélation des écrits de Léonard en 1882, il devint habituel de l'ériger en précurseur en bien des domaines. En physique et en astronomie, il traça les voies sur lesquelles s'engageront Copernic, Kepler, et Galilée pour l'étude de la gravitation, du scintillement des étoiles, et du mouvement. Il pressentit les lois de la mécanique des fluides ainsi que, en chimie, celles de la combustion et de la respiration. Au total, un grand nombre des découvertes de la science moderne sont anticipées dans les notes de Léonard, sous une forme balbutiante. Quant aux mathématiques, cette discipline revêtait un caractère particulier chez Léonard puisqu'elle était le ferment de toutes les autres.

Le recours insistant aux procédés mathématiques était une garantie de rationalité et l'unique moyen de s'assurer des principes stables dans les deux domaines de prédilection où Léonard entendit se « réaliser », la peinture et la mécanique. En mécanique, précisément, Léonard s'illustra en inventant un certain nombre de machines dont le principe est toujours en usage (notamment dans l'industrie textile). Des profusions de moulins, pompes, scies, marteaux mécaniques, appareils de transmission, horloges, sont analysées et remontées avec le détail de leurs organes dans d'admirables dessins.

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nicot

 Jean Nicot naquit à Nîmes en 1530. Son père, notaire, jouissait d’une forte notoriété dans la société nîmoise. La maison paternelle, probablement maison natale de Jean, était située à l’emplacement de la Pharmacie de la place de l’horloge. Il quitta Nîmes de bonne heure et se rendit à Paris, où il s'attira par son esprit l'estime et l'amitié de nombreux savants. Il travailla, en 1557, à une édition de l'histoire d'Aimoin, moine de Fleuri, ce fut aussi par son savoir que Nicot s'introduisit à la cour. En 1559 Henri II le nomma maître des requêtes et la même année l’envoya à Lisbonne en tant qu’ambassadeur de France.  Le nouvel ambassadeur de France au portugal avait de nombreuses questions à traiter, la plus importante : des ports de Bretagne et de Normandie partaient sans cesse des bateaux chargé de blé, qui négligeaient d'acquitter  les droits de douane et venaient vendre des marchandises à Lisbonne, les Portugais recevant ces denrées indispensable, à bon prix se gardaient bien de faire droit aux réclamations de l'Ambassadeur de France, quand aux tribunaux portugais ils se contentaient de mettre la justice du côté de leurs compatriotes. Mission impossible, par lettre de rappel de juillet 1561, l'Ambassadeur rentre à Paris avec ce mots du roi de France obligé de reconnaître : "qu'il est aussi peu utile pour son service et le bien de ses sujets d'y tenir des ambassades que de n'en tenir poinct."

.C'est au Portugal qu'il connut la graine de pétun, plant d'Amérique, connue plus tard sous le nom de tabac. De retour en France, il la présenta à la reine. Transformée en poudre, elle était alors utilisée pour soigner les migraines. Sur ses conseils, Catherine de Médicis s’en servit pour soigner son fils, François II, fréquemment touché par cette affection. C’est dans cette circonstance que l’on donna au tabac, le nom « d'Herbe à la Reine ». Les botanistes de la cour lui donnèrent pour nom scientifique Nicotiana tabacum et la nicotine devint le nom savant d’un de ses composants. Et-ce pour le récompenser pour ce service rendu, que le roi de France lui accorda des lettres de noblesse et le fief de la terre de Villemain, située près de Brie-Comte-Robert, ou bien pour son Ambassade à Lisbonne, ou, observateur privilégié, il a pu glaner et donner des informations aux services Royaux : sur les bateaux Français, leurs armateurs, les produits et quantités débarqués, dans ce grand port Portugais plateforme du commerce mondial.

.L’histoire et les historiens qui font leur travail nous enseigne que pour parvenir en Europe l’herbe à Nicot avait pris d’autres chemins, si Nicot avait bien introduit le tabac à la cour de France et conquit les scientifiques qui lui donnèrent son nom, la vérité est quelque peu nuancée. Le tabac fut introduit en Europe par les Espagnols vers 1520, sous la forme d’une herbe que l’on brûlait en aspirant la fumée à la mode indienne, le Cardinal de Sainte-Croix l’introduisit en Italie, l’Angleterre l’a connu par les soins de François Drake, et en France, André Thevet un moine Cordelier originaire d’Angoulême célèbre par ses voyages, publia un ouvrage en 1558 où il fit une description minutieuse du tabac sous le nom « d’herbe angoumoise ». À cette époque il en cultivait des plants dans son jardin.

.Une chose incontestable que la France doit au Nîmois Jean Nicot. Son ouvrage « Les trésors de la langue Française » paru après sa mort en 1606 servit de modèle à tous les ouvrages du début du XVIIe siècle, il sera repris et amélioré par d’autres. Nicot était un précurseur, c’est seulement en 1635 que l’Académie française fut créée, avec pour fonction principale, la mise à jour du dictionnaire officiel de la langue française.

.« Là encore il existe des versions contradictoires. Certains vont avancer que Nicot le diplomate n’est pas la même personne que Nicot le philologues. Quoi qu’il en soit en 1539, M. Robert Estienne publiera le premier (connu) un « Dictionnaire françois-latin ». Un libraire très connu à Paris, Jacques Du Puy, ayant découvert un exemplaire chargé de nombreuses additions marginales confia à M. Jean Thierry le soin de coordoner ces notes et de préparer une édition augmentée, une première édition parut en 1564. Ce livre fut suivie presque immédiatement de nombreuses contrefaçons si bien que vers 1580, les héritiers de Du Puy crurent devoir renouveler l’expédient qui leur avait si bien servi une première fois : ils prièrent M. Jean Nicot et plusieurs autres personnages doctes, de faire à l’édition de 1864 de nouvelles additions et corrections, et en 1584, ils firent paraître une troisième édition du dictionnaire français-latin, enrichi pour la première fois des remarques de Jean Nicot et de plusieurs autres personnages doctes. C’est à partir de ce moment que le dictionnaire de Robert Estienne fut reçu dans le monde comme l’ouvrage de Nicot. » (la Revue de Bibliographie Analytique, par MM. Miller et Aubenas, 1845)

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arawaks

Les Arawaks

Entre 300 et 700 ans après JC : 

Une nouvelle migration, très importante en nombre,  arrive en provenance du delta de l'Orénoque : les  Arawaks ou Tainos, un peuple indien originaire de l’Amérique du sud.

La traduction littérale de Taïno signifiait : "bon",  "noble".

Ces indigènes sont en fait de lointains descendants de la civilisation Saladoïde qui, suite à de nombreuses évolutions et de nombreux voyages arrivèrent dans les Grandes Antilles.

Leur territoire s'étendait  des Bahamas jusqu'à Porto Rico en passant par Haïti / Saint Domingue, Cuba et la Jamaïque.

Dans un espace géographique aussi vaste, la culture Taïno présentait des différences locales et spécifiques sur un fond culturel commun.

Tous les experts s'accordent sur le fait que l'organisation sociale, politique et religieuse des Arawaks, l'expression de leur art, la structure de leur économie, faisaient d'eux sans aucun doute le groupe d'indigènes le plus développé de la région antillaise. 

Ils possédaient un répertoire varié d'expression d'art dans divers domaines: sculptures, céramiques, joaillerie, danses, musiques et poésies.

C'était un peuple paisible, sédentaire, très évolué, pacifiste et très hospitalier

Les Arawaks étaient empreints d'une grande sagesse et vivaient en parfaite harmonie avec la nature. 

Ils vivaient essentiellement de l’agriculture, de la chasse et de la pêche.

Bien que le manioc (Yuca) était leur nourriture principale, ils amélioraient leurs repas de nombreuses façons: haricots, fruits, produits de la chasse et de la pêche. Ils cultivaient le coton, qui leur permettait de confectionner les hamacs dans lesquels ils s'allongeaient, mais aussi des cordes de fibre.

 Artistes consommés, ils pratiquaient la poterie, la sculpture et le tissage.

 Quelques traces de leur existence demeurent encore visibles aujourd’hui, notamment en Guadeloupe à Trois Rivières, au site des Rochers Gravées.

 La Basse-Terre présente la plus grande concentration d'art rupestre de toutes les Petite Antilles. 

 Ces pétroglyphes sont localisés pour l'essentiel à Trois-Rivières, plus quelques à Capesterre-Belle-Eau et à la limite de Baillif et vieux-Habitants.

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Au Moyen Age (1214-1471), le domaine appartient à la famille d’Amboise qui fait don de ses terres du Cloux aux religieuses cisterciennes de Moncé, abbaye fondée à Limeray, sous la protection des seigneurs d’Amboise.

L’épopée de cette demeure de briques roses et de pierres de tuffeau, bâtie sur des fondations gallo-romaines, commence sous le règne de Louis XI, en 1471. Offert par le Roi à son favori Étienne le Loup, un ancien marmiton anobli, le Château du Cloux à Amboise était entouré de fortifications. Le lieu est acheté par Charles VIII le 2 juillet 1490 et devient alors la résidence de plaisance des rois de France. Le Roi transforme la forteresse médiévale en château d’agrément et fait construire un oratoire, pur joyau de l’architecture gothique, pour son épouse la reine Anne de Bretagne. Le jeune duc d’Angoulême, futur François Ier, y séjourne régulièrement.

A la fin du XVIIème siècle, le Château du Cloux, prend le nom de Château du Clos Lucé. Il passe ensuite entre les mains de la famille d’Amboise, qui le sauve de la destruction durant la Révolution, puis entre, en 1854, dans la famille Saint Bris.

1471 : Louis XI offre le domaine du Cloux à un ancien marmiton anobli, nommé Étienne le Loup. Il y construit le Château du Cloux en brique et pierre de tuffeau ainsi qu’un des plus beaux pigeonniers de France resté intact.
À l’intérieur, vous pouvez entendre les battements d’ailes des mille pigeons qu’il abritait.

1490 : Le Clos Lucé devient la résidence de plaisance des rois de France. Charles VIII y construit une chapelle pour sa jeune épouse la reine Anne de Bretagne qui venait s’y recueillir et pleurer ses enfants morts en bas âge. La pièce est ornée de quatre fresques, dont une Annonciation réalisée par les disciples de Léonard. Au-dessus de la porte, La Vierge de lumière, « Virgo Lucis » aurait donné son nom au Château du Clos Lucé.

1516-1519 : François Ier et Louise de Savoie invitent Léonard de Vinci à Amboise.
Le roi François Ier, passionné par le talent de Léonard de Vinci le nomme « Premier peintre, ingénieur et architecte du Roi ».
Il lui offre la jouissance du Château du Clos Lucé situé près du Château royal d’Amboise. Les archives nationales de Paris possèdent une attestation de paiement qui mentionne la pension versée par François Ier à Léonard de Vinci « A maistre Lyenard de Vince, paintre ytalien, la somme de 2000 écus soleil, pour sa pension di celles deux années ».

Léonard séjourne au Château du Clos Lucé les trois dernières années de sa vie et travaille à de nombreux projets pour le roi de France, entouré de ses élèves. Il reçoit des hôtes de marque comme le Cardinal d’Aragon, les grands du royaume, les ambassadeurs et ses amis artistes italiens présents à la Cour du Roi dont Dominique de Cortone, dit le Boccador, futur architecte de Chambord.
Un souterrain reliant le Château du Clos Lucé et le Château royal d’Amboise permet aux deux hommes de se rejoindre quotidiennement. Les premiers mètres de galerie sont encore visibles.
Après 10 ans d’une fascinante relation entre Léonard de Vinci et trois rois de France : Charles VIII, Louis XII et François Ier, le Maître italien s’éteint le 2 mai 1519 dans sa chambre au Château du Clos Lucé.

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palissy

Céramiste, écrivain et savant français (Agen vers 1510-Paris 1589 ou 1590).

Beaucoup ne voient en lui qu'un céramiste obstiné brûlant ses meubles dans son four pour essayer de réaliser des plats émaillés aussi beaux que ceux fabriqués alors par les Italiens. Derrière l'image simpliste qu'il a lui-même contribué à forger se cache une personnalité autrement complexe et fascinante. Autodidacte devenu encyclopédiste, cet homme issu du peuple, qui sera le protégé des rois de France, tout en étant persécuté pour sa foi protestante, et qui possédait une force et une vitalité peu communes, est le premier à comprendre que les fossiles sont des restes de plantes et d'animaux, et qu'ils constituent la preuve du déplacement des mers.

On sait peu de chose sur sa jeunesse. Il fait son apprentissage de peintre-verrier à Saintes. Il s'installe dans cette ville après avoir accompli le traditionnel tour de France des compagnons, qui lui permet de se perfectionner dans son art et aussi d'observer la nature dont tous les aspects l'intéressent. Il se marie (il aura de nombreux enfants) et se convertit au protestantisme. Vers 1539, il délaisse le verre pour la poterie et, durant de longues années, s'adonne à de multiples expériences afin de trouver le secret de l'émail blanc. Il sacrifie tout à ses recherches, allant de son propre aveu jusqu'à brûler les planchers et les tables de sa maison pour alimenter son four. Comme il doit faire vivre sa nombreuse famille, il exerce parallèlement la profession d'arpenteur-géomètre. En parcourant, sa chaîne à la main, les marais salants de Saintonge, il observe la faune aquatique dont il s'inspire pour la décoration de ses plats.

Ayant acquis la maîtrise des émaux, il commence à produire la fameuse vaisselle qui a fait sa réputation à partir de 1555. Ses « bassins rustiques » sont de grands plats ornés d'animaux ou de coquillages en relief : un lièvre qui court, une écrevisse qui étend ses longues pattes, un lézard qui grimpe... Il fait la connaissance du connétable Anne de Montmorency, pour lequel il réalise notamment, à Écouen, une grotte à décor céramique représentant plantes et animaux marins. Le connétable le présente à la reine mère Catherine de Médicis qui l'invite, en 1566, à venir travailler à la décoration du nouveau palais des Tuileries. Bénéficiant de la protection royale, B. Palissy échappe au grand massacre des protestants en 1572, mais doit quitter Paris. Il se réfugie à Sedan, d'où il revient bientôt pour donner, à Paris, des cours publics d'histoire naturelle qui attirent savants et érudits. Tandis que ses fils continuent à fabriquer des pièces de céramique dans son atelier, il rédige ses Discours admirables dont un chapitre, intitulé « Art de terre », livre son expérience de potier. Il forme également un « cabinet de curiosités », ébauche d'un musée d'histoire naturelle, qui abrite toutes sortes de « choses admirables et monstrueuses ». En 1586, il est de nouveau emprisonné à cause de ses convictions religieuses. Sommé de se convertir, le vieillard refuse de plier. Il meurt en prison, à la Bastille, vraisemblablement victime de la faim et des mauvais traitements.

Ses poteries émaillées, dites figulines, ornées d'animaux et de plantes moulés au naturel sur des plats et des vases et recouverts de glaçures brillantes, ont été très imitées par ses disciples, puis au xixe s., notamment par Ch. Avisseau. Ses recherches ont amené de notables progrès techniques dans la diversification et le mélange des glaçures.

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france

Timbre émis sous l'impulsion d'Edouard Bonnefous, Ministre des Postes et Télégraphes, membre l'Institut de France et spécialiste de l'Amérique Latine en l'honneur du voyage officiel en janvier 1956 à Paris de Juscelino Kubitschek, Président du Brésil.
François II de Bretagne (Frañsez II en breton), né le 23 juin 1433 au château de Clisson et mort à Couëron le 9 septembre 1488, est un duc de Bretagne. Quatrième enfant et seul fils survivant de Richard d'Étampes, il est comte titulaire d'Étampes et vit à la cour de France lorsqu'il hérite du duché de Bretagne et des comtés de Richemont et de Vertus. L'ordre de succession au trône de Bretagne avait été modifié par le premier traité de Guérande en 1365; pour éviter toute contestation, voire une nouvelle crise de succession, le duc François Ier lui fait épouser sa fille aînée Marguerite, héritière selon la tradition antérieure au traité de Guérande.

Il accède au trône en 1458 après la mort de ses cousins François Ier et Pierre II et de son oncle Arthur III, le connétable de Richemont.
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phare

Le phare de Cordouan se trouve à 7 kilomètres en mer, à égale distance des côtes girondines et charentaises. Il est le plus ancien des phares français encore en activité. Classé monument historique dès 1862 - en même temps que la cathédrale Notre-Dame de Paris - il a été construit sur un îlot rocheux aujourd'hui cadastré parcelle n°1 de la commune du Verdon-sur-Mer. Son architecture grandiose, résultat d'une histoire longue et tourmentée, a fait de Cordouan un Versailles de la mer, un phare unique au monde dont la visite ne peut que susciter l'émerveillement. 

L'histoire du phare de Cordouan reste bien mystérieuse, et son nom même demeure encore une énigme. La tradition rapporte que ce nom lui fut donné parce que les négociants d'Espagne qui venaient charger des vins à bordeaux, en particulier ceux de la ville de Cordoue, demandèrent puis obtinrent qu'une tour soit construite à l'entrée de l'embouchure de la Gironde. Un phare primitif fut ainsi bâti vers 1360 sur les ordres du célèbre prince Noir (Edouard prince de Galles), chef de l'armée anglaise qui occupait alors la Guyenne.

De forme polygonale, il s'élevait à 16 mètres au-dessus du sol et était terminé par une plate-forme sur laquelle on allumait un feu de bois. Un ermite était chargé d'entretenir le feu, et il percevait pour sa peine un droit pour chaque navire qui entrait dans le fleuve. Mais les assauts répétés de l'océan et du vent ne cessaient de détériorer l'édifice. Les gouverneurs successifs de la Guyenne s'inquiétèrent de cette situation, et sollicitèrent l'intervention du roi Henri II puis celle de Catherine de Médicis, en vain. Il fallut attendre le règne d'Henri III et l'année 1584 pour que la reconstruction fut décidée. La tour primitive allait ainsi peu à peu céder la place à un monument grandiose, sans égal à travers le monde.

La plate-forme

De forme circulaire, la plate-forme supporte le mur d'enceinte et la tour . Son périmètre extérieur est occupé par des bâtiments affectés à l'habitation des gardiens. Ils abritent également des groupes électrogènes fournissant le courant au phare. Sous la pierre, des caves voûtées abritent des citernes à eau douce. La plate-forme permet aussi d'admirer la tour, comme un doigt pointé vers le ciel, et de contempler d'un seul regard l'extraordinaire travail des architectes. Le superbe fronton sculpté dans la pierre qui surplombe la porte d'entrée menant au rez-de-chaussée suffit à fixer d'emblée le caractère grandiose et exceptionnel du monument.

Le rez-de-chaussée

La porte du rez-de-chaussée conduit de plein pied à l'intérieur de la tour. Cette première salle de forme sensiblement carrée est complétée à l'Est par un vestibule d'accès, au Nord et au Sud par de petits cabinets éclairés par les fenêtres extérieures, et à l'Ouest par un escalier à vis qui dessert les étages. On ne peut qu'être frappé par la richesse de la décoration. Tête de femme finement ciselée dans la pierre, masques de lions d'où s'échappent des volutes de fleurs et de fruits ainsi que deux fontaines en forme de têtes de lions sculptées dans le bronze en composent les motifs principaux. Les fontaines servent encore aujourd'hui aux gardiens à recueillir l'eau de pluie qui ruisselle le long de la tour, mais ce système sera bientôt remplacé par un osmoseur qui après désalinisation permettra d'obtenir de l'eau douce.

Ier étage

Avant d'accéder à la lanterne , il est nécessaire de gravir les paliers du monumental escalier à vis qui occupe seul à ce niveau le coeur de la tour. Cette partie du phare fut ajoutée à l'édifice d'origine lors des travaux d'exhaussement réalisés par Joseph Teulère en 1789 (voir l'histoire du phare : 1611 - 1790). A cette hauteur, la plupart des pierres font toute l'épaisseur de la tour, et elles sont assemblées de façon si exacte qu'il est impossible de glisser une lame de couteau dans les joints. Nul ne sait vraiment pourquoi cette partie de la tour a reçu le titre d'appartement du roi . De forme carrée, et voûtée en arc de cloître, elle possède les mêmes dimensions que le vestibule du rez-de-chaussée et est dotée comme ce dernier de quatre cabinets orientés aux points cardinaux. Ces cabinets sont pourvus en leur sommet de niches richement décorées comportant des feuillages, des têtes sculptées, ainsi qu'une série d'initiales entrecroisées où figurent les lettres L.M.T en hommage au couple royal Louis XIV et Marie-Thérèse.

L'oculus

Au centre de la pièce se trouve l'oculus - le puits central - par lequel les gardiens acheminaient jadis jusqu'à la lanterne les combustibles nécessaires à son fonctionnement. La salle abrite aujourd'hui une collection de bustes des anciens directeurs du Service des Phares et Balises, aux rangs desquels figure le célèbre Augustin Fresnel (voir l'histoire du phare : 1790 à nos jours), ainsi q'une une vitrine où sont exposés les différents modèles de lampes ayant équipé la lanterne depuis son électrification en 1948. Une porte latérale permet enfin d'accéder à la première galerie extérieure, depuis laquelle on peut admirer le magnifique travail de la pierre réalisé sur cette partie de l'édifice.

La chapelle

La Chapelle Notre-Dame de Cordouan est la dernière salle datant de la construction réalisée par Louis de Foix (voir l'histoire du phare : 1584 - 1611). De forme circulaire, elle épouse la forme de la tour. Son sol est pavé de marbre de Sainte-Anne et de marbre noir, dans l'alternance desquels naissent de larges mosaïques représentant des colonnades supportant des arceaux. La chapelle est coiffée d'une impressionnante voûte sphérique que traverse l'oculus. Les murs de pierre qui entourent la chapelle ont été évidés par endroit et abritent cinq niches de grande taille. Celle située à l'Est contient un autel de marbre blanc. Deux autres accueillent de magnifiques vitraux datant de 1853 figurant Sainte-Sophie, Saint-Michel, Saint-Pétrus et Saint-Anne, et au dessus desquels sont sculptés des monogrammes richement ornementés d'Henri III et d'Henri IV. Les deux dernières niches sont vides, mais contenaient autrefois des bustes de Louis XIV et Louis XV. De part et d'autre de la salle, les carapaces de deux énormes coquillages font office de bénitiers.Enfin, à hauteur de la naissance de la coupole, une petite porte ouvrant sur l'escalier donne accès à la deuxième galerie circulaire extérieure. L'Association pour la Sauvegarde du Phare de Cordouan a redonné une vie sacrée à cette chapelle en y faisant célébrer une messe pour la Noël 1978. Depuis cette date, plusieurs enfants y ont été baptisés.

La Lanterne

La lanterne abrite le système optique du phare . Celui-ci est actuellement équipé d'une lampe de 6000 watts dont la portée est de 21 milles (environ 40 kilomètres), ce qui est considérable. Afin de pouvoir distinguer les phares entre eux, chaque feu possède des caractères propres. Le phare de Cordouan se reconnaît ainsi à son feu à secteurs - blanc, rouge et vert - et au nombre de ses occultations - 3 toutes les 12 secondes. Terme de la visite, la lanterne offre également de magnifiques panoramas sur l'estuaire de la Gironde et sur les côtes girondines et charentaises qui semblent étrangement proches, bien que distante chacune de 7 kilomètres

Sur l'îlot de Cordouan, la tour du XIVème siècle qui servait à guider les navires était en très mauvais état. Elle ne permettait plus l'alimentation d'un fanal à son sommet. Pour éviter les naufrages à l'entrée de l'estuaire, la construction d'un nouveau phare fut confiée par Henri IV à l'ingénieur Louis de Foix.

  • 1584 . Les travaux débutent. Le projet prévoit alors une tour à trois étages.
  • 1593 . Henri IV approuve un somptueux projet : salle importante au rez-de-chaussée, appartements au premier étage, chapelle surmontée d'un lanterneau à l'étage supérieur.

Cette architecture novatrice pour son temps est un véritable tour de force technique. Elle conjugue à la fois coupoles à caisson, chapiteaux composites et riches sculptures. L'édifice, achevé au début du XVIIème siècle, est consolidé et restauré sous le règne de Louis XIV. 1788-1789, L'architecte J. Teulère surélève l'ouvrage, donnant au phare sa silhouette actuelle.

Un peu de technologie

Le phare de Cordouan a accueilli toutes les innovations dans le domaine de l'éclairage. A l'origine. Petit dôme fermé de vitraux, il comportait un bassin posé sur un piédestal où brûlait un combustible constitué d'un mélange de poix et de goudron, puis de blanc de baleine.

  • Au XVIIIème siècle, une lanterne contenant un réchaud à charbon de terre est utilisée.
  • Fin du XVIIIème siècle. J. Teulère mit au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques, constitué de lampes à huile et manoeuvré par une machine dont le combustible était un mélange de blanc de baleine, d'huiles d'olive et de colza.
  • 1823. Le premier appareil lenticulaire à système tournant, mis au point par A. Fresnel, fut expérimenté à Cordouan.
  • Milieu du XIXème siècle. La lanterne est agrandie pour y loger un nouveau système à anneaux catadioptriques. Le feu tournant fonctionne alors au gaz de pétrole.
  • 1950. Le phare est électrifié grâce à deux groupes électrogènes reliés à une lampe de 6000 watts.

Le phare de Cordouan sert toujours de lieu d'essai pour la mise au point de nouveaux types d'ampoules, il se trouve à 7 kilomètres en mer, à égale distance des côtes girondines et charentaises et il est le plus ancien des phares français encore en activité. Classé monument historique dès 1862 - en même temps que la cathédrale Notre-Dame de Paris –, il a été construit sur un îlot rocheux aujourd'hui cadastré parcelle n°1 de la commune du Verdon-sur-Mer.

1360, le début de l'histoire de Cordouan

L'histoire du phare de Cordouan reste bien mystérieuse, et son nom même demeure encore une énigme. La tradition rapporte que ce nom lui fut donné parce que les négociants d'Espagne qui venaient charger des vins à bordeaux, en particulier ceux de la ville de Cordoue, demandèrent puis obtinrent qu'une tour soit construite à l'entrée de l'embouchure de la Gironde.

Un phare primitif fut ainsi bâti vers 1360 sur les ordres du célèbre prince Noir (Edouard, prince de Galles), chef de l'armée anglaise qui occupait alors la Guyenne, pendant la Guerre de Cent Ans. De forme polygonale, il s'élevait à 16 mètres au-dessus du sol et était terminé par une plate-forme sur laquelle on allumait un feu de bois. Un ermite était chargé d'entretenir le feu, et il percevait pour sa peine un droit pour chaque navire qui entrait dans le fleuve.

Mais les assauts répétés de l'océan et du vent ne cessaient de détériorer l'édifice. Les gouverneurs successifs de la Guyenne s'inquiétèrent de cette situation, et sollicitèrent l'intervention du roi Henri II puis celle de Catherine de Médicis, en vain. Il fallut attendre le règne d'Henri III et l'année 1584 pour que la reconstruction fût décidée.

Le XVIe siècle

Ancien horloger devenu architecte et ingénieur, Louis de Foix signe le 2 mars 1584 le contrat par lequel il s'engage à bâtir un nouveau fanal sur l'îlot de Cordouan. En 1585 , après un an de travail avec 200 ouvriers, le premier talus est réalisé avec beaucoup de difficultés. Mais Louis de Foix se retrouve rapidement sans argent. Il se laisse cependant convaincre par les commissaires du roi Henri III de poursuivre les travaux, au besoin sur ses propres deniers, et même d'asseoir sur les fondations un édifice plus beau et plus grand que celui prévu à l'origine. Les commissaires royaux lui promettent une récompense particulière du roi.

En 1589 , Henri III, le dernier roi Valois, meurt et Henri IV, le premier roi Bourbon, monte sur le trône. En 1591 , le phare prend forme, et Louis de Foix lui donne peu à peu l'allure d'un temple dédié à la gloire des deux rois ainsi qu'au caractère catholique de la monarchie française. Mais les travaux sont une nouvelle fois interrompus par manque d'argent. Louis de Foix se rend alors à Paris où il plaide sa cause auprès d'Henri IV. Le 28 juin 1594 , un nouveau contrat est signé. Il prévoit des extensions nouvelles ainsi qu'une plate-forme plus large. Le monument est pratiquement achevé lorsque Louis de Foix meurt en 1603 ou 1604. Son contremaître, François Beuscher, lui succède un temps et les travaux se terminent en 1611. La construction aura durée plus de 25 ans, mais Louis de Foix laisse derrière lui le plus beau phare du monde.

En 1645, soit moins de 35 ans après l'achèvement du monument de Louis de Foix, le phare de Cordouan se trouve dans un état de péril tel que les gardiens refusent de s'aventurer jusqu'à la lanterne afin d'y allumer le feu. A l'époque, les réparations et l'entretien des phares étaient à la charge du roi, et le sort de Cordouan n'intéresse visiblement plus. Un sursaut se produit en 1663, et Colbert fait procéder à d'importants travaux de restauration. Mais au début du règne de Louis XV, l'état du phare laisse de nouveau beaucoup à désirer. En l'absence d'un feu régulier correctement entretenu, les naufrages se multiplient, et la colère des marins et des armateurs va grandissante. Devant les protestations, le phare de Cordouan est rattaché à la circonscription de Bordeaux en 1722.

En 1727 , une nouvelle lanterne est installée et des travaux de consolidation sont entrepris. De 1739 à 1742 , on construit une chaussée de débarquement, et en 1786, on décide de cercler de fer la partie haute de l'édifice qui menace de s'écrouler. La même année, un projet de surélévation du phare voit le jour. L'ingénieur Joseph Teulère, architecte de la ville de Bordeaux, est chargé des travaux. Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques, constitué de lampes à huile et manoeuvré par une machine dont le combustible était un mélange de blanc de baleine, d' huiles d'olive et de colza. De 1786 à 1790 , la tour s'élève ainsi de 60 pieds (20 mètres), et le phare prend sa forme actuelle.

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olivier

Olivier de Serres est né à Villeneuve-de-Berg, petit bourg du Vivarais, en rive droite de la moyenne vallée du Rhône.

Il a passé sa vie au pied du Massif des Coirons, vaste épanchement basaltique du sud du Massif central. C'est le fils de commerçants en tissus de Villeneuve. Il a fait des études poussées de droit. Il a participé, comme officier, aux combats qui l'opposaient, lui et ses coreligionnaires protestants, aux troupes catholiques.

En 1578, à la fin du mois d'août, il arrive avec sa famille et deux ou trois serviteurs dans la ferme du Pradel qu'il a achetée quelques années auparavant et dont il va arrondir patiemment le domaine. Ce retour à la terre d'un intellectuel va être particulièrement fructueux. Olivier de Serres est un diplomate qui sait négocier les trêves entre les deux partis et, de ce fait, on le laisse relativement en paix. Il va consacrer son existence à faire de sa propriété une exploitation modèle et il écrit le résultat de ses lectures très étendues et de ses expériences agro-nomiques personnelles.

Il a non seulement appris les informations dans les livres, mais il les a expériemen-
tées dans son jardin, dans ses étables et dans ses champs.

Son livre Théâtre d'agriculture et mesnage des champs paraît en 1600. C'est la somme des connaissances agronomiques de la fin du XVIe siècle. Olivier de Serres sera l'artisan, au début du règne de Henri IV, de la formidable extension de la culture du mûrier et de l'élevage du ver à soie. Mais ses idées et ses expériences agronomiques dépassaient de loin cette production de luxe. Elles furent ignorées du pouvoir.

Le livre d'Olivier de Serres eut dix-neuf éditions jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes en 1686, après quoi il tomba dans l'oubli. On le redécouvrit à la fin du XVIII e siècle et c'est François de Neufchâteau qui l'édita à nouveau en 1804 sous le timbre de la Société d'Agriculture.

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cartier

Navigateur malouin, premier explorateur du golfe Saint-Laurent en 1534, découvreur du fleuve Saint-Laurent en 1535, commandant de la colonie de Charlesbourg-Royal en 1541–1542, né probablement entre le 7 juin et le 23 décembre 1491 à Saint-Malo (Bretagne) où il décéda en 1557. Cartier navigue sans doute dès sa jeunesse, mais on ne connaît rien de sa carrière avant 1532. Suivant Lanctot, Cartier aurait fait partie des expéditions de Verrazzano en 1524 et en 1528. Les absences de Cartier qui coïncident avec les voyages du célèbre Florentin, l’objectif que l’on fixe à Cartier en 1534, son point d’arrivée à Terre-Neuve qui correspond au point ultime du voyage de 1524, une carte danoise de 1605 et une affirmation du jésuite Biard dans sa relation de 1614 amènent Lanctot à conclure que Cartier a longé le littoral de l’Amérique du Nord en 1524. Poussant plus loin, il affirme que Cartier, après la mort de Verrazzano, a pris le commandement du navire pour rentrer en France.

Plusieurs objections viennent ébranler cette théorie : si Cartier est absent de Saint-Malo pendant les voyages de Verrazzano, il peut facilement se trouver ailleurs que sur la Dauphine ; en outre, l’expédition part de Normandie et l’on voit mal un Breton, à cette époque, s’associer aux armateurs de Dieppe. Pourquoi, dans ses relations de voyages, Cartier ne fait-il jamais allusion à Verrazzano ou au littoral visité en 1524 ? Quand il compare les indigènes ou les produits du Canada avec ceux du Brésil, pourquoi ne mentionne-t-il jamais ceux du littoral nord-américain ? Si Cartier occupait un poste important à bord de la Dauphine, pourquoi son nom n’apparaît-il pas dans la toponymie verrazzanienne qui rappelle tant de personnes de l’entourage du Florentin ? Pourquoi enfin les cartes françaises qui s’inspirent de Cartier pour la vallée du Saint-Laurent laissent-elles de côté la toponymie verrazzanienne pour adopter systématiquement la toponymie espagnole ? La thèse de Lanctot est intéressante, bien qu’elle reste à prouver et qu’elle n’ajoute rien de certain à la connaissance de Cartier.

Lorsqu’en 1532 Jean Le Veneur, évêque de Saint-Malo et abbé du Mont-Saint-Michel, propose à François 1er une expédition vers le Nouveau Monde, il fait valoir que Cartier est déjà allé au Brésil et à la « Terre Neuve ». De fait, les relations de Cartier comportent plusieurs allusions au Brésil qui ne sont pas que des souvenirs livresques ; quant à Terre-Neuve, Cartier en connaissait les parages : un mois avant son départ, il sait qu’il doit atteindre la baie des Châteaux (détroit de Belle-Isle) et il s’y rendra en droiture comme à une étape familière.

La commission délivrée à Cartier en 1534 n’a pas été retrouvée mais un ordre du roi, en mars de cette même année, nous éclaire sur l’objectif du voyage : « descouvrir certaines ysles et pays où l’on dit qu’il se doibt trouver grant quantité d’or et autres riches choses ». La relation de 1534 nous indique un second objectif : la route de l’Asie. À ceux qui prêtent à Cartier en ce premier voyage une préoccupation missionnaire, Lionel Groulx répond : « L’or, le passage à Cathay ! S’il y a une mystique en tout cela. pour employer un mot aujourd’hui tant profané, c’est une mystique de commerçants, derrière laquelle se profile une rivalité politique. » La relation de 1534 ne mentionne aucun prêtre faisant œuvre d’évangélisation auprès des indigènes ; c’eût d’ailleurs été peine perdue, à cause de la barrière linguistique. Faute d’avoir trouvé le rôle de l’équipage, on peut croire à la présence d’au moins un prêtre : en présentant Cartier, l’évêque Le Veneur s’était engagé à fournir les aumôniers et la relation du voyage fait allusion au chant de la messe.

Cartier part de Saint-Malo le 20 avril 1534, avec 2 navires et 61 hommes. Favorisé d’un « bon temps », il traverse l’Atlantique en 20 jours. Du cap de « Bonne Viste » à la baie des Châteaux, il visite des lieux déjà connus et nommés ; puis il entre dans la baie qu’on lui a désignée comme première étape. À dix lieues de là, à l’intérieur, le port de Brest est un lieu d’approvisionnement en eau et en bois pour les pêcheurs de morues. À 100 milles à l’ouest de Belle-Isle, Cartier rencontre un navire de La Rochelle : il lui indique comment retrouver sa route. Cartier n’est pas encore dans un monde tout à fait inconnu, mais il coiffe de noms les accidents géographiques de la côte nord : île Sainte-Catherine, Toute-Îles, havre Saint-Antoine, havre Saint-Servan où il plante une première croix, rivière Saint-Jacques, havre Jacques-Cartier. Pour la terre qu’il voit, il n’a que le plus souverain mépris : « en toute ladite coste du nort, je n’y vy une charetée de terre », « c’est la terre que Dieu donna à Cayn ». Le 15 juin, il fait route « sur le su » et entre dans l’inconnu. Longeant la côte occidentale de Terre-Neuve et semant des noms français, il parvient à ce qui est aujourd’hui le détroit de Cabot, mais sans constater que c’est un passage, et il vire à l’Ouest.

Il rencontre des îles qui lui paraissent plantureuses par comparaison à Terre-Neuve, dont l’île Brion, où il a Peut-être planté une autre croix, et, le 26 juin, il arrive aux îles de la Madeleine, qu’il prend pour le commencement de la terre ferme. Le 29 juin au soir, il aperçoit une autre terre, « de la meilleure tempérance qu’il soict possible de voir, et de grande chaleur » : il découvrait l’île du Prince-Édouard, dont cependant il ne put constater l’insularité.

Puis, il visitera des baies décevantes, ouvertures qui laissent toujours espérer le passage vers l’Asie, mais qui se resserrent à mesure qu’il avance. À la pointe sud de la baye de Chaleurs, il donne le nom de cap d’Espérance « pour l’espoir que abvions de y trouvés passaige ». Du 4 au 9 juillet, il s’y livre à une recherche méthodique, pour constater finalement l’absence de tout passage, ce dont « fusmes dollans et masriz ». Le 14 juillet, il entre dans la baie de Gaspé (demeurée anonyme en 1534). Le séjour prolongé qu’il y fait, jusqu’au 25 juillet, lui permettra d’établir des relations fort importantes avec les Indiens.

Ce ne sont pas les premiers indigènes qu’il rencontre. Le 12 ou le 13 juin, il en avait vu à la « terre de Caïn », qui étaient venus de l’intérieur pour chasser le loup marin et en qui on a cru reconnaître des Béothuks, aujourd’hui disparus ; au début de juillet, il en avait aperçu d’autres sur la côte de l’île du Prince-Édouard ; le 7 juillet, dans la baie des Chaleurs, il avait fait la traite avec des indigènes, probablement des Micmacs. Ceux qu’il approche à Gaspé sont des Iroquois laurentiens, venus en grand nombre pour leur pêche annuelle. Cette nation, maîtresse du Saint-Laurent, entre dans l’histoire. Les Iroquois acceptent avec joie de petits cadeaux et l’alliance est conclue dans les danses et l’allégresse. Le 24 juillet, sur la pointe Penouille, Cartier fait dresser une croix de 30 pieds, aux armes de la France. Si la croix de Saint-Servan et celle de l’île Brion servaient plutôt de points de repère, celle-ci est beaucoup plus qu’une balise : l’importance de la cérémonie fait comprendre que la croix marque la prise de possession du pays au nom de François Ier. Le chef Donnacona proteste : il s’approche du bateau avec son frère et trois de ses fils, pour haranguer les étrangers. On feint de lui offrir une hache. Comme il veut la prendre, on retient son embarcation et on force les Iroquois à monter à bord du navire. Cartier les rassure et obtient d’emmener deux fils de Donnacona, Domagaya et Taignoagny, en promettant de les ramener. On festoie, on se quitte dans les meilleurs termes. Avec ces deux Indiens, qui pourront un jour servir d’interprètes, Cartier sort de la baie de Gaspé le 25 juillet.

Il aurait pu virer à l’Ouest, mais il vire à l’Est, ne croyant voir dans le détroit large de 40 milles, entre la Gaspésie et Anticosti, qu’une « terre rengée, faisant une baye, en manière de demy cercle ». Cartier rate donc la découverte d’un fleuve qui pouvait le conduire loin à l’intérieur du continent. Jusqu’au 29 juillet, il longe puis contourne l’île Anticosti, qu’il prend pour une péninsule. Du 1er au 5 août, il cherche à voir s’il est dans une baie ou dans un passage pour finalement se rendre compte que la terre « se rabat au surouest ». Encore une fois, il est tout près de la découverte du fleuve, mais le mauvais temps se met de la partie et Cartier choisit de se retirer. Après une rencontre avec des Montagnais à la pointe de Natashquan, il file en droiture sur Terre-Neuve et, le 15 août, il entreprend le voyage de retour.

Le premier, Cartier avait fait le tour du golfe. Peut-êtreJean Cabot, les Corte-Real et Fagundes l’avient-ils vu avant lui, mais aucun document ne l’établit. Découvreur du golfe, dont il dressa la carte, Cartier avait entrevu l’arrière-pays. Certes, ses connaissances géographiques restent limitées : il n’a pas aperçu le passage entre Terre-Neuve et le Cap-Breton, il a pris les îles de la Madeleine pour la terre ferme, il n’a pas découvert l’entrée du fleuve. Pour Cartier, cette mer ne possède qu’une seule issue certaine, le détroit de Belle-Isle, et une autre possible, au nord d’Anticosti qu’il n’a pas eu le loisir d’examiner.

Découverte d’une mer intérieure, exploration d’un pays nouveau, alliance avec des indigènes venus de l’Ouest, possibilité immédiate de pénétrer plus avant, concours de deux Indiens qui apprennent à s’exprimer en français, tout cela rendait profitable une seconde expédition, même si Cartier n’avait encore trouvé ni or ni métaux. Rentré à Saint-Malo le 5 septembre 1534, il reçoit dès le 30 octobre une nouvelle commission pour parachever sa découverte, et François 1er verse 3 000ª dans l’entreprise.

En 1534, Cartier n’avait que deux navires et 61 hommes ; en 1535, il a trois navires et un équipage de quelque 110 hommes. À bord de la Grande Hermine, Cartier a pour assistant le maître de nef Thomas Fromont ; il prend avec lui Claude de Pontbriand (fils d’un seigneur de Montréal, du Languedoc), Charles de La Pommeraye, Jehan Poullet, auteur présumé de la relation du deuxième voyage, et quelques gentilshommes. Guillaume Le Marié dirige la Petite Hermine sous le commandement de Macé Jalobert : l’Émérillon a pour chef Guillaume Le Breton Bastille et pour maître Jacques Maingart. L’entreprise a réuni une parenté nombreuse de Cartier et de sa femme, Catherine Des Granches : un neveu, Étienne Noël ; Macé Jalobert, un beau-frère ; Antoine Des Granches, Jacques Maingart et trois autres Maingart, Michel Audiepvre, Michel Philipot, Guillaume et Antoine Aliecte et Jacques Du Bog. Y avait-il des aumôniers ? Le rôle d’équipage présente l’un à la suite de l’autre Dom Guillaume Le Breton et Dom Anthoine. Or le mot Dom était alors réservé aux prêtres séculiers, à moins qu’il ne soit ici l’abréviation de Dominique.

En fait, le voyage sera marqué de cérémonies religieuses, mais, lorsque Donnacona et les siens demanderont le baptême (à un moment qu’il est difficile de préciser), Cartier leur répondra qu’il compte, dans un autre voyage, venir avec des prêtres. Peut-être Dom Le Breton et Dom Anthoine étaient-ils déjà décédés ? Il est tout à fait naturel que dans une expédition aussi nombreuse il y ait eu des aumôniers, mais nulle part on a la preuve certaine de leur présence. Sont aussi du voyage Domagaya et Taignoagny. Pendant leur séjour de huit mois et demi en France, ils ont appris le français, mais n’ont pas encore été baptisés.

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Parti de Saint-Malo le 19 mai 1535, Cartier se retrouve dans le golfe après une longue traversée de 50 jours. Il reprend tout de suite ses recherches, longeant la côte nord. Pour marquer le chemin, il plante une croix dans un havre, à l’ouest de Natashquan. Il s’arrête dans une baie qu’il appelle Saint-Laurent (aujourd’hui Sainte-Geneviève) dont le nom s’étendra bientôt au golfe, puis au fleuve. Enfin, sur l’indication de ses deux guides indigènes, il franchit l’étape capitale le 13 août. Cartier apprend tout le schème géographique du pays : les Indiens lui montrent « le chemin et commancement du grand fleuve de Hochelaga et chemin de Canada », qui va se resserrant à mesure qu’on avance ; de salée, son eau devient douce et provient de si loin qu’on n’a pas souvenance qu’un homme en ait vu la source. Pour Cartier, c’est enfin le passage qu’il cherche.

Tout en examinant les deux rives, Cartier remonte le fleuve. Il aperçoit sur sa droite une rivière « fort parfonde et courante » que ses guides lui disent être le chemin du Saguenay, royaume où l’on trouve du cuivre et sur lequel Donnacona racontera des merveilles. Le 7 septembre, Cartier arrive à l’archipel d’Orléans qui est « le commancement de la terre et prouvynce de Canada », le nom de Canada ne s’appliquant alors qu’à la région actuelle de Québec. Après avoir festoyé avec Donnacona, Cartier choisit de se fixer sur la rivière Sainte-Croix (Saint-Charles), à l’embouchure du ruisseau Lairet. En face s’élève le cap de Stadaconé, site d’une bourgade probablement ouverte à la mode montagnaise, bien qu’elle soit habitée par des Iroquois.

Cartier est impatient de se rendre à Hochelaga. Mais les deux interprètes indigènes ont déjà commencé à intriguer contre les Français. Stadaconé du reste s’inquiète de ce voyage. Donnacona veut s’assurer le monopole du commerce qui va s’organiser, dans l’espoir d’échapper à la domination exercée par Hochelaga sur les Iroquois de la vallée. Par des présents, puis par une mise en scène de sorcellerie, il tente de retenir Cartier. Le 19 septembre, celui-ci part, néanmoins, sur l’Émérillon, mais sans interprètes, ce qui diminuera grandement l’utilité de son voyage. S’arrêtant à Achelacy (région de Portneuf), il contracte alliance avec le chef du lieu. Parvenu au lac qu’il appelle Angoulême (Saint-Pierre), il laisse son navire à l’ancre et continue en barque avec une trentaine d’hommes. Le 2 octobre, il arrive à Hochelaga, ville close et fortifiée à la mode iroquoise, près d’une montagne qu’il nomme mont Royal.

La réception est joyeuse, et prend même l’allure d’une cérémonie religieuse, les Iroquois présentant leurs malades à guérir. Cartier leur lit l’Évangile selon Saint Jean et la Passion du Christ. Sans s’attarder davantage, il visite le saut qui, à l’ouest, bloque la navigation. Les Indiens lui expliquent par signes que d’autres sauts barrent la rivière et qu’un cours d’eau, par où on peut atteindre l’or, l’argent et le cuivre du Saguenay, vient du nord se jeter dans le fleuve. Sans pousser son enquête, Cartier quitte Hochelaga dès le lendemain, 3 octobre. Le 7, il s’arrête à l’embouchure de la rivière de Fouez (Saint-Maurice) et y plante une croix.

Quand Cartier revient à Stadaconé, ses hommes sont à se fortifier. Les indigènes simulent la joie de le revoir, mais l’amitié n’y est plus ; de nouvelles intrigues des interprètes provoquent bientôt une rupture complète. Les relations ne reprennent qu’en novembre, dans la défiance réciproque. Puis, ce fut l’hiver, cet hiver laurentien que les Européens éprouvaient pour la première fois, et qui, par surcroît, fut rigoureux. De la mi-novembre à la mi-avril, les navires furent pris dans les glaces. La neige atteignit quatre pieds et plus. Le fleuve gela jusqu’à Hochelaga. Plus terrible encore que l’hiver, il y eut le scorbut. Il apparut en décembre chez les indigènes de Stadaconé ; malgré la clôture sanitaire qu’on voulut lui opposer. il s’attaqua aux Français. À la mi-février, des 110 hommes de Cartier, il n’y en avait pas plus de 10 en santé ; il en était mort 8, y compris le jeune Philippe Rougemont dont on fit l’autopsie. Et le mal continuait son ravage ; 25 personnes, au total, allaient périr. Cartier et ses hommes allèrent en procession prier devant une image de la Vierge et il promit de se faire pélerin à Roc-Amadour. Enfin, en questionnant habilement Domagaya, qui avait eu le scorbut, Cartier apprit le secret de la tisane d’annedda (cèdre blanc). L’équipage fut rapidement délivré.

Cartier s’occupait à enrichir ses connaissances, au contact des indigènes. Il est le premier à nous renseigner sur la religion et les mœurs des Indiens de la vallée du Saint-Laurent. Le réseau fluvial commence en outre à se dessiner dans son esprit : le Richelieu, alors anonyme, qui vient de la « Floride » le fleuve, sur lequel on peut naviguer trois mois au nord d’Hochelaga, une rivière (l’Outaouais ou Ottawa) qui conduit à de grands lacs et une « mer doulce » ; grandes routes d’eau qui prouvent que la barrière continentale est beaucoup plus large qu’on l’avait cru. Du fabuleux Saguenay, dont la légende était peut-être une survivance de la tradition norvégienne (à moins qu’il ne s’agisse de la région du Mississipi), Cartier note toutes les merveilles qu’on lui décrit. Ce continent est déjà tellement riche en surprises !

Le printemps venu, on prépare le retour en France. Faute d’un équipage assez nombreux, Cartier abandonne la Petite Hermine. On a cru en 1842 en avoir retrouvé les restes, dont une part fut déposée à la Quebec Literary and Historical Society et l’autre, envoyée à Saint-Malo. Mais, comme l’écrivait N.-E. Dionne, il n’a jamais été prouvé que ces débris étaient bien ceux de la Petite Hermine. Avant de partir, Cartier veut consolider les positions françaises, déjà favorisées par l’unité ethnique, linguistique et politique de la vallée laurentienne, mais compromises par la conduite de Donnacona et de ses deux fils. Cartier apprend qu’un rival, Agona, aspire au pouvoir. Le plan de la révolution se dessine : éliminer le parti en place au profit d’Agona. Rusé, Cartier profite d’une cérémonie religieuse – l’érection d’une croix en la fête du 3 mai – pour capturer Donnacona, les interprètes et quelques autres indigènes. Il apaise la foule en promettant de ramener Donnacona dans 10 ou 12 lunes, avec de grands présents du roi.

Le 6 mai, il quitte Sainte-Croix avec ses deux vaisseaux et une dizaine d’Iroquois, dont quatre enfants qu’on lui avait donnés l’automne précédent. Dans sa cargaison, une douzaine de morceaux d’or et des fourrures. Passant cette fois entre l’île Anticosti et la Gaspésie, il constate l’insularité des îles de la Madeleine, alors appelées les Araines, et découvre entre Terre-Neuve et le Cap-Breton le passage qu’il n’avait pas aperçu en 1534. Le 16 juillet 1536, il rentre à Saint-Malo, après une absence de 14 mois. Ce deuxième voyage a rapporté beaucoup plus que le premier : Cartier a découvert un fleuve, par où on peut pénétrer très loin dans le continent il a inauguré une nouvelle voie d’accès au golfe il a vu les ressources naturelles du Saint-Laurent, il en a connu les habitants ; il rentre avec un vieux chef qui se vante d’avoir visité le pays fabuleusement riche du Saguenay ; et il a de l’or.

Dès son retour, Cartier présente un rapport à François Ier : il lui parle d’une rivière de 800 lieues qui peut conduire à l’Asie et fait témoigner Donnacona. Le roi, enthousiaste, lui donne la Grande Hermine. Pourtant, le Malouin ne pourra pas reprendre tout de suite ses explorations. La guerre éclate entre François Ier et Charles Quint : la Savoie fit oublier l’Amérique. Que devient Cartier ? Lanctot lui attribue un mémoire de 1538, dans lequel est exposé un plan de colonisation. Mais aucune preuve documentaire ne vient étayer cette thèse. Lanctot a procédé de la même façon pour tenter de rattacher Cartier, d’une façon dramatique, à l’évasion de Gerald Fitzgerald, ce rebelle d’Irlande, qui se qualifie de roi. Un premier rapport d’espion affirme que Cartier s’est rendu en Irlande chercher Fitzgerald, version que Lanctot se hâte d’accepter ; or, dans un second rapport que rédige le même espion après une enquête plus poussée, le rôle de Cartier ne consiste plus qu’à faire au réfugié les honneurs de Saint-Malo.

Ce n’est que le 17 octobre 1540 que le roi délivre à Cartier une commission pour un troisième voyage. Le découvreur est nommé capitaine général de la nouvelle expédition, qui doit se rendre à « Canada et Ochelaga et jusques en la terre de Saguenay », avec des sujets de « toutes qualitez, artz et industrie », dont une cinquantaine d’hommes qu’il est autorisé à tirer de prison ; on fera de l’exploration et on habitera avec les indigènes « si besoin est ». Cartier se prépare : il entreprend de se faire remettre les 50 prisonniers, il demande à Rome certaines faveurs spirituelles et il fait intervenir le roi pour hâter le recrutement de son équipage Le 15 janvier 1541, une décision royale vient tout changer : le protestant Jean-François de La Rocque de Roberval reçoit une commission qui le substitue à Cartier à la tête d’une grande entreprise de colonisation. Lanctot a soutenu que Cartier restait sur un pied d’égalité avec Roberval, l’un s’occupant de colonisation, l’autre de navigation.

Le texte de la commission est pourtant clair : Roberval est nommé « lieutenant général » du roi, « chef, ducteur, cappitaine » de l’entreprise, avec autorité sur tous ceux qui seront de « ladite entreprise, expedicion et armée », et tous devront faire « foy et serment » de lui obéir ; en outre, dans cette commission, le roi annule celle d’octobre. Cartier devient vraiment le subalterne de Roberval. En mai 1541, Cartier est prêt, mais Roberval n’a pas encore reçu son artillerie. Comme le roi tient à ce que Cartier appareille tout de suite, Roberval donne au Malouin « pleine autorité de partir » et le charge de le représenter. Cartier fait son testament le 19 mai et fait voile le 23 avec cinq navires, dont la Grande Hermine et l’Émérillon. Un espion espagnol estime l’équipage à 1500 hommes. Des compagnons de Cartier, mentionnons deux beaux-frères : Guyon Des Granches, vicomte de Beaupré, et le pilote Macé Jalobert ; un neveu, Étienne Noël ; et la maître de nef Thomas Fromont, dit La Bouille, qui mourra au cours de ce voyage. Aucun des Iroquois qu’il a ramenés en 1536 ne rentre au Canada : ils sont tous morts, à l’exception d’une fillette.

Le 23 août 1541, Cartier reparaît devant Stadaconé. Les Indiens le reçoivent avec force démonstrations de joie. Cartier leur annonce la mort de Donnacona, mais il affirme que les autres Iroquois vivent en France comme des seigneurs et qu’ils n’ont pas voulu revenir, ce qui dut réjouir Agona. Les relations amicales ne tiennent pas pour autant. L’abandon du site de Sainte-Croix s’explique sans doute par cette défiance réciproque. Cartier remonte le fleuve et se fixe à l’extrémité occidentale du cap, à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge. La colonie porte d’abord le nom de Charlesbourg-Royal. Le site parut beaucoup plus avantageux que le premier ; on y trouvait aussi du cèdre blanc et surtout des pierres qu’on prit pour des diamants (d’où le nom de cap aux Diamants) et « certaines feuilles d’un or fin ».

Le 2 septembre, Cartier charge Jalobert et Noël d’aller, avec deux navires, faire rapport en France ; puis il commence deux forts, l’un au pied du cap, l’autre au sommet. Le 7, laissant la colonie sous les ordres du vicomte de Beaupré, il s’embarque pour Hochelaga, saluant en cours de route son ami le chef d’Achelacy à qui il confie deux garçons pour leur faire apprendre la langue. C’étaient les deux premiers Européens à se mettre à l’école des indigènes. Cartier se propose d’examiner les sauts d’Hochelaga afin de les passer le printemps suivant. Les Indiens s’y montrent accueillants comme en 1535, mais Cartier n’a pas d’interprètes. Il ne fait aucun progrès dans la connaissance de l’arrière-pays, en restant aux hypothèses de 1535.

À son retour, Cartier constate que la méfiance des Iroquois s’accentue. Le chef d’Achelacy lui-même l’abandonne. Les Français se mettent en état de défense. Comme la relation de ce voyage s’interrompt brusquement, on ne sait exactement ce qui s’est passé au cours de l’hivernement. Une phrase de cette relation permet de penser qu’il y eut du scorbut, facilement surmonté grâce à la tisane de cèdre blanc ; suivant certains témoignages, les indigènes auraient tenu la colonie en état de siège et se seraient vantés d’avoir tué plus de 35 Français. En juin 1542, Cartier lève le camp. Au port de Saint-Jean (Terre-Neuve), il rencontre Roberval qui s’amène enfin avec sa colonie et qui lui ordonne de rebrousser chemin. Parce qu’il croit transporter de l’or et des diamants ou parce qu’il ne veut pas affronter de nouveau les indigènes, Cartier profite de la nuit pour filer vers la France, privant ainsi Roberval de ressources humaines et d’une expérience précieuses.

La flotte de Cartier était celle des illusions : le minerai d’or n’était que de la pyrite de fer, et les diamants, du quartz, d’où le proverbe « faux comme diamants de Canada ». On ignore si Cartier fut réprimandé pour son indiscipline ; on remarque, en tout cas, qu’il ne fut pas chargé de rapatrier Roberval en 1543 et qu’on ne lui confia plus d’expédition lointaine. Au printemps de 1544, ayant à démêler ses comptes de ceux de Roberval, Cartier comparaît devant un tribunal spécial. Il prouve qu’il s’est montré fidèle dépositaire de l’argent du roi et de Roberval et il se fait rembourser près de 9 000ª, bien que des marchands soutiennent en 1588 que les Malouins n’ont pas encore reçu ce que Cartier déclarait leur avoir payé.

En 1545 paraît le Brief Récit, relation du second voyage, publié sans nom d’auteur et qui ne porte qu’une seule fois, à l’intérieur du texte, le nom de Cartier. Le navigateur aurait à cette époque écrit un « livre en manière de carte marine », qu’on n’a pas retrouvé. Il reçoit le cordelier André Thevet à qui il donne d’abondants renseignements sur le Canada. On a émis l’hypothèse d’une rencontre dont Rabelais aurait tiré du découvreur de quoi alimenter son Pantagruel. Cette hypothèse reçoit de moins en moins de crédit, et le dernier critique à en faire mention, Bernard G. Hoffman, n’y croit pas du tout. Désormais Cartier paraît se consacrer aux affaires et à la mise en valeur de son domaine de Limoilou. Il sert de parrain, il témoigne à la cour de temps à autre. Bon vivant, sans doute, Cartier, dans une note d’un registre d’état civil, est associé aux « bons biberons ». Les documents de cette période le qualifient d’ordinaire de noble homme, ce qui le situe dans la bonne bourgeoisie. Il meurt le 1er septembre 1557, âgé de 66 ans.

Il avait épousé en avril ou en mai 1520 Catherine Des Granches, fille de Jacques Des Granches, chevalier du roi et connétable de Saint-Malo ; elle meurt en avril 1575. Ils semblent n’avoir pas eu d’enfants. C’est un neveu, Jacques Noël, qui essaiera de poursuivre l’œuvre de Cartier. On ne connaît aucun portrait authentique de Cartier. Suivant Lanctot, qui a fait une étude spéciale de l’iconographie de Cartier, huit portraits ont été retenus : un croquis d’environ deux pouces sur la carte dite Harléienne attribuée à Pierre Desceliers et postérieure à 1542 ; un dessin sur la carte Vallard de 1547 ; un croquis d’un pouce dans une édition de Ramusio en 1556 ; un portrait édité en 1836 et fait par Léopold Massard d’après le croquis de Desceliers ; un portrait par François Riss en 1839, reproduit par Théophile Hamel ; un portrait publié par Michelant, tiré d’un dessin qui aurait appartenu à la Bibliothèque nationale et qui serait ensuite disparu ; un médaillon de bois de 20 pouces de diamètre, daté de 1704 et trouvé en 1908 par Clarke dans une vieille maison de la Gaspésie ; enfin, une copie d’un portrait qui appartient à un marquis de Villefranche. Lanctot incline à penser que, de tous ces portraits, le seul authentique serait « le croquis de la carte de Desceliers », les autres n’étant que des décalques plus au moins fidèles ou des représentations fantaisistes.

Les relations des voyages de Cartier posent un problème plus embarrassant encore. La relation du premier voyage a d’abord été publiée en italien par Ramusio en 1565, puis en anglais par Florio en 1580, enfin en français par Raphaël du Petit-Val en 1598 ; c’est ce dernier texte qui servit à Lescarbot. Un manuscrit, conservé à la Bibliothèque nationale (no 841 du fonds Moreau), a été édité par la Quebec Literary and Historical Society en 1843, par Michelant et Ramé en 1867, par H. P. Biggar en 1924, par J. Pouliot en 1934 et enfin par Th. Beauchesne en 1946. Mais ce manuscrit n’est que la copie d’un original aujourd’hui disparu.

La relation du second voyage a été publiée en français dès 1545, mais sans nom d’auteur. Le manuscrit original qui servit à cette édition n’a pas non plus été retrouvé. On conserve a la Bibliothèque nationale trois ‘manuscrits de la relation du deuxième voyage : le no 5 589, le meilleur, celui qu’avait publié Lescarbot et dans lequel Biggar crut retrouver l’original ; le no 5 644, qui est défectueux ; le no 5 653, publié à Québec en 1843 et que d’Avezac a pris pour l’original. Dans une étude récente, Robert Le Blant soutient qu’aucun des trois n’est l’original et que tous trois sont des copies d’un archétype disparu.

Enfin, pour la relation du troisième voyage, nous ne possédons qu’une version anglaise incomplète faite par Hakluyt en 1600 d’après un document aujourd’hui perdu qu’il avait trouvé à Paris vers 1583. La paternité des relations est un autre problème qu’on ne parvient pas à résoudre. Le récit du troisième voyage, dont on n’a que la version anglaise, ne nous livre aucun indice. Pour celui du deuxième voyage, on a proposé comme auteur Jehan Poullet. Probablement originaire de Dol, en Bretagne, il est mentionné pour la première fois le 31 mars 1535, alors qu’il se présente à une assemblée de Saint-Malo pour déposer la liste des membres de la prochaine expédition. Son nom n’apparaît pas sur cette liste, mais on le retrouve quatre fois dans le Brief Récit, publié en 1545. C’est en 1888 que Joüon Des Longrais avance que Poullet, vu « l’exagération évidente de son rôle dans le Brief Récit » a dû participer à la rédaction, et il ajoute : « Peut-être même en est-il l’auteur ».

En 1901, Biggar relance la même thèse. De plus, trouvant une certaine similitude de style entre les récits des deux premiers voyages, Biggar suppose que Poullet est aussi le rédacteur de la relation du premier voyage. En 1949, une autre hypothèse a surgi : Marius Barbeau soutient que Rabelais aurait récrit les relations de Cartier pour les présenter au roi. Bernard G. Hoffman répond qu’elles ne rappellent en rien le style de Rabelais, que la deuxième, relation a nécessairement été envoyée au roi dès 1536, que Rabelais n’a pas connu les voyages de Cartier avant 1538, qu’enfin l’hypothèse est sans fondement.

Le problème serait plus simple si on retrouvait les originaux et surtout si on connaissait mieux Cartier. Pour Biggar, il est évident que les relations, telles que nous les connaissons, ont été tirées d’un livre de bord tenu par Cartier et façonnées en un récit littéraire. Or, soutient Biggar, si Cartier pouvait tenir un livre de bord, il était incapable d’un récit littéraire. On n’a toutefois jamais démontré que Cartier n’avait pas les talents littéraires suffisants : prouver qu’il ne les avait pas serait aussi difficile que de prouver qu’il les avait... Pour l’instant, l’auteur des relations est inconnu et le problème demeure entier.

Cartier a longtemps été salué par les historiens de langue française comme le découvreur du Canada. Cartier a-t-il découvert le Canada ? Si l’on entend par Canada celui du xvie siècle, c’est-à-dire la région qui s’étend à peu près de l’île d’Orléans à Portneuf, c’est bien Cartier qui en est le découvreur, mais en 1535. Or le Canada a varié dans ses dimensions géographiques : sous le Régime français, il s’identifie à l’habitat du Saint-Laurent, de la Gaspésie à la région Vaudreuil-Soulanges ; le découvreur de ce Canada est toujours Cartier. Transformé en 1763 en province de Québec, ce Canada devient le Bas-Canada de 1791 et, en 1840, il se fusionne avec l’Ontario pour former le Canada-Uni : jusqu’à la Confédération, ce qu’on appelle Canada ne commence toujours qu’à la Gaspésie. Par conséquent, on pouvait affirmer jusqu’en 1867 que Cartier était le découvreur du Canada : les historiens de langue française avaient encore parfaitement raison. Mais le Canada n’avait pas fini d’évoluer : par la Confédération de 1867, il s’agrandit du Nouveau-Brunswick, et de la Nouvelle-Écosse ; si cette dernière n’a pas été visitée par Jean Cabot, elle l’a été certainement par les Corte-Real et par Fagundes ; elle est sur les cartes bien avant que Cartier franchisse l’Atlantique. Enfin, depuis 1949, année de l’accession de Terre-Neuve à la Confédération, la découverte du Canada tel qu’il est compose maintenant doit être attribuée à cet Italien Cabot passé au service de l’Angleterre.

Même si ses explorations n’ont pas l’envergure des travaux de Hernando de Soto ou de certains explorateurs sud-américains, Cartier figure parmi les grands noms du xvie siècle. Il est le premier à faire un relevé des côtes du golfe Saint-Laurent, à décrire la vie des Indiens du Nord-Est de l’Amérique du Nord, et, c’est bien là son plus grand mérite, il découvre en 1535 le fleuve Saint-Laurent qui sera l’axe de l’empire français d’Amérique, la route essentielle par laquelle les explorateurs s’élanceront vers la baie d’Hudson, vers l’horizon mystérieux de la mer de l’Ouest et vers le Mississipi. Découvreur d’un des grands fleuves du monde, Cartier est au point de départ de l’occupation par la France des trois quarts d’un continent.
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échecs
C'est à la fin du Xe siècle que ce jeu de guerre, d'origine indienne, est transmis à l'Occident par les Arabes. En moins d'un siècle, les échecs se répandent dans toute la société médiévale. Ils connaissent un grand succès tant auprès de l'aristocratie européenne dont c'est rapidement la distraction favorite, que dans les classes populaires où l'on jouait avec des dés et pour de l'argent. Bien des éléments du jeu arabo-persan déroutent cependant les Occidentaux. Près de deux cents ans seront nécessaires pour transformer ce jeu de guerre en un jeu de cour en adéquation avec les valeurs de la société féodale. Ce sont surtout les pièces qui ont évolué, prenant une forte connotation symbolique : l'échiquier représente la ville nouvelle du Moyen Âge où prennent place les différentes catégories sociales de la société médiévale.

Les règles changent à la Renaissance, se dotant d'une marche plus rapide, telle que nous la connaissons aujourd'hui. Des tournois commencent à être organisés, des champions vénérés, tels le Français Philidor qui, au XVIIIe siècle, initie une nouvelle stratégie confiant aux pions un rôle fondamental.

Le jeu moderne se met en place à partir du XIXe siècle. Des compétitions confrontent les meilleurs joueurs du monde, rassemblés dans une Fédération internationale des échecs créée en 1924. La guerre froide offre une nouvelle symbolique au jeu : les deux blocs s'affrontent à travers leurs champions dans des compétitions fortement médiatisées. Dans les années 1990, les ingénieurs d'IBM conçoivent le programme Deep blue capable d'analyser cinquante milliards de positions en trois minutes. Un défi homme-machine relevé par Garry Kasparov et finalement perdu en 1997.

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aiguille

Selon Salvaing de Boissieu dans Septem miracula Delphinatus, des déesses chassées de l'Olympe seraient venues s'y réfugier  et furent surprises dans le plus simple appareil par le chasseur Ibicus. L'affaire provoqua le courroux de Jupiter qui changea le voyeur en Bouquetin et sépara le mont sacré du reste du Vercors!

Au moyen âge, le Mont Aiguille, baptisé en latin Supereminet Invius qui signifie "Il se dresse, inaccessible", est perçu comme un énorme rocher d'une hauteur prodigieuse.

Les dessinateurs de l'époque le représentent sous la forme d'un champignon ou d'une pyramide renversée. Sous l’ancien Régime, il jouit d’une popularité supérieure à celle des géants des Alpes, ignorés du plus grand nombre.

En 1211, Gervais de Tilbury, neveu du roi d'Angleterre Henri II, le décrit comme un mont inaccessible duquel choit une source transparente; au sommet, de l’herbe verdoie et l’on y voit parfois des draps blancs, étendus pour sécher, selon l’usage des lavandières. Les lambeaux de neige qui subsistent au printemps sur la prairie sommitale et l'imagination du narrateur juché sur la cime  du grand Veymont suffisent pour accréditer la légende des lavandières du Mont Aiguille.

Certaines des légendes qui s’y rapportent ont pu retenir l’attention des princes. La plate-forme sommitale apparaissait en effet, dans bien des esprits, comme une sorte d’Eden, un territoire préservé du monde profane.

 

A la fin du Moyen-age en 1490, le jeune roi Charles VIII impressionné par la silhouette de cette tour rocheuse lors d'un voyage de Lyon à Notre Dame d'Embrum, pour accomplir un pèlerinage sur les traces de de son père, le roi Louis XI le pieux, charge Antoine de Ville, seigneur de Dompjulien, spécialiste de l’assaut des places-fortes, de se risquer à l’ascension de la divine montagne. Cette expédition, authentifiée par un acte notarié, a été réalisée à la fin du mois de juin 1492. Yves Lévy, huissier de son état effectue le constat depuis le bas "Ne voulant pas s'exposer d'y monter par le danger qu'il y avait d'y périr et par l'impossibilité d'y arriver de peur  qu'il ne parût tenter le seigneur...". Antoine de Ville se fait assister par Sébastien de Carrecte, prédicateur apostolique, Reynaud, escalleur du roi (échelleur), Cathelin Servet, maître tailleur de pierres de l'église Sainte Croix de Montélimar, Pierre Arnaud maître charpentier de Montélimar, Guillaume Sauvage, laquais, Jean Lobret, habitant de Die, François de Bosco, aumônier. L'ascension est réalisée par cette équipe de "spécialistes" au moyen d'échelles, de cordes et de grappins.  Ils découvrirent "un beau pré qui demanderait 40 hommes pour le faucher, avec des fleurs de couleurs et de parfums divers, et une belle garenne de chamois". Antoine de Ville et ses compagnon séjournèrent plusieurs jours sur la prairie sommitale, y burent et y mangèrent, firent dire des messes, baptisèrent le mont "Agulle Fort", érigèrent 3 croix et bâtirent une petite maison de pierres sèches.
L’événement est aujourd’hui considéré comme l’acte de naissance de l’alpinisme. Il est cependant difficile de savoir ce qui a pu motiver une telle entreprise conquérante. Sans doute la date de cette ascension –correspondant à un autre événement majeur de la prise de possession de l’espace (la découverte du « nouveau monde » par Christophe Colomb)– témoigne-t-elle des motivations des souverains de l’époque désireux d’étendre leurs prérogatives sur des territoires nouveaux, assimilés, dans l’imaginaire de l’époque, au paradis terrestre. 
Rabelais évoque dans son Quart Livre quelques années plus tard l'expédition et la région. Il évoque une contrée "scabreuse, pierreuse, montueuse, infertile, mal plaisante à l'oeil, très difficile aux pieds et un peu moins inaccessible que le mont du Dauphiné, ainsi dit pour ce qu'il est en forme de potiron", son ascension, et la surprise des grimpeurs trouvant au sommet un vieux bélier, sans doute apporté là après avoir été enlevé tout agneau par quelque aigle ou duc chat-huant".

1940 La partie la plus haute du Mont Aiguille s'écroule, le sommet descend 11 mètres.

1957, un avion se pose sur le Mont Aiguille

Le 27 août 1957, Henri Giraud, virtuose de pilotage en montagne formé par Hermann Geiger le pilote des glaciers, pose un petit Piper J 3 américain sur la prairie sommitale. Henri Giraud avait commencé par escalader le Mont Aiguille par la voie normale. quelques jours plus tard 2 hélicoptères déposaient du matériel et des hommes pour aménager une piste sommaire de 80 mètres de long, 20 de large. Le même jour il  effectuera 3 rotations successives avant de récidiver sur la neige en 1959, accumulant au total 53 atterrissages entre 1957 et 1975 sur le porte-avion Mont aiguille